Al-Ahram Hebdo, Voyages | Sesasme ouvre-toi ! 
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 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

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Portes. Douze menuisiers du nord et du sud de la Méditerranée ont été sollicités par l’Organisation allemande du développement (GTZ), afin de participer au projet « Porte ouverte pour artisanat et dialogue ».  

Sesasme ouvre-toi !  

Derrière les portes, il y a des gens qui vivent, qui s’aiment, qui se querellent, il y a des meubles, une cacophonie de voix, des odeurs de soupe … L’on se rend compte à quel point la porte est limite, mais aussi lien entre soi et le monde, en voyant le résultat d’un atelier de menuiserie organisé par l’organisation allemande œuvrant dans le champ du développement, GTZ. Cherchant à explorer cette forte symbolique des portes, l’association a rassemblé 12 artisans de la Méditerranée (soit 3 par pays, du Maroc, d’Egypte, du Portugal et d’Espagne). Chaque équipe a confectionné, au bout d’une dizaine de jours, une porte représentative de sa culture et du style artisanal de son pays. Et le résultat de ce travail collectif fera objet d’une exposition itinérante laquelle se tiendra tout au long de l’année 2008, d’abord au Caire en février prochain, ensuite en Allemagne, au Maroc (durant le festival de Fez pour la musique sacrée), en Espagne et enfin au Portugal. Usant du motif d’Al-Mafrouka, figure quadrangulaire d’arabesque commune au pourtour méditerranéen, les quatre portes sont exposées autour d’un carreau bien centré.

Sobriété, fine ornementation, austérité ou cadence, les styles se convoitent, faisant dialoguer les cultures différemment.

Déjà, sur le chantier, tenu à la maison-atelier de Ramsès, Wissa Wassef à Haraniya (sur la route de Saqqara), les menuisiers se côtoyaient, dépassant la barrière de la langue. L’Espagnol, Manuel Martinez, 64 ans, laissait son équipe de temps en temps pour aider autrui. Bougeant d’un groupe à l’autre, il était toujours disposé à prêter conseil, parlant exclusivement espagnol. Son équipe a choisi de reproduire la porte de la demeure de l’écrivain Lope de Vega, ayant vécu à Madrid au seizième siècle. « Modèle de porte typiquement castillan, elle est assez austère, avec des petits rectangles en pin, noyer et du verre soufflé », précise Luis Ramirez, qui est aussi formateur, diplômé en histoire de l’art.

Les Européens se servent plus des machines à comparer avec leurs homologues du sud de la Méditerranée, leur style se veut plus dénudé de manière générale. Pourtant, tout le monde est prêt à philosopher sur l’imaginaire des portes ou l’influence des Arabes dans la Péninsule ibérique. « Une porte comme celle des Egyptiens, j’en ai déjà fait. Les Arabes sont partis d’Andalousie au quinzième siècle ! », lance Ramirez, montrant du doigt ses collègues égyptiens qui ont fait une porte simulant les vagues de la mer, avec une incrustation de bois azizi, accouplé « en amoureux » sans glu ni clou.

Se proclamant aussi d’une même lignée arabo-andalouse, le jeune Marocain Anas Al-Ghouat, 24 ans, a sculpté la partie supérieure de sa porte comme une dentelle. C’est du cèdre, le bois du Maroc ! Il évoque la valeur de la porte en tant que point de passage de l’entrée et de la sortie : « C’est la première et la dernière chose que l’on voit dans une maison. Pourtant, chez nous les Marocains, elle doit restée simple, beaucoup moins ornée que les meubles ou les plafonds, plus chargés ». Il ajoute : « Hommes du désert, nous aimons garder les enjolivures pour l’intérieur ». Travaillant avec son père, également présent sur le chantier, il conçoit son métier comme une passion. « Je suis né dedans ! A l’âge de 4 ans, j’ai commencé à fréquenter l’atelier de mon père. J’ai plus tard effectué des études universitaires en Chimie (la science des Arabes) pour ensuite l’abandonner pour l’artisanat traditionnel (aussi l’art des Arabes) », raconte Al-Ghouat junior.

Les Portugais, eux, ont travaillé une porte originale en bois de châtaignier, combinant les quatre formes les plus répandues dans leur pays. Elle est en fait dotée d’une sorte de moucharabieh, signe de promiscuité. C’est à la fois l’expression de la séparation et de la relation, de l’échange et de la rupture. En ouvrant une porte, l’on doit faire face à une constante, celle de la perméabilité de la culture humaine aux influences les plus diverses.

Dalia Chams

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