Portes.
Douze menuisiers du nord et du sud de la Méditerranée ont
été sollicités par l’Organisation allemande du développement
(GTZ), afin de participer au projet « Porte ouverte pour
artisanat et dialogue ».
Sesasme ouvre-toi !
Derrière les portes, il y a des gens qui vivent, qui
s’aiment, qui se querellent, il y a des meubles, une
cacophonie de voix, des odeurs de soupe … L’on se rend
compte à quel point la porte est limite, mais aussi lien
entre soi et le monde, en voyant le résultat d’un atelier de
menuiserie organisé par l’organisation allemande œuvrant
dans le champ du développement, GTZ. Cherchant à explorer
cette forte symbolique des portes, l’association a rassemblé
12 artisans de la Méditerranée (soit 3 par pays, du Maroc,
d’Egypte, du Portugal et d’Espagne). Chaque équipe a
confectionné, au bout d’une dizaine de jours, une porte
représentative de sa culture et du style artisanal de son
pays. Et le résultat de ce travail collectif fera objet
d’une exposition itinérante laquelle se tiendra tout au long
de l’année 2008, d’abord au Caire en février prochain,
ensuite en Allemagne, au Maroc (durant le festival de Fez
pour la musique sacrée), en Espagne et enfin au Portugal.
Usant du motif d’Al-Mafrouka, figure quadrangulaire
d’arabesque commune au pourtour méditerranéen, les quatre
portes sont exposées autour d’un carreau bien centré.
Sobriété, fine ornementation, austérité ou cadence, les
styles se convoitent, faisant dialoguer les cultures
différemment.
Déjà, sur le chantier, tenu à la maison-atelier de Ramsès,
Wissa Wassef à Haraniya (sur la route de Saqqara), les
menuisiers se côtoyaient, dépassant la barrière de la
langue. L’Espagnol, Manuel Martinez, 64 ans, laissait son
équipe de temps en temps pour aider autrui. Bougeant d’un
groupe à l’autre, il était toujours disposé à prêter
conseil, parlant exclusivement espagnol. Son équipe a choisi
de reproduire la porte de la demeure de l’écrivain Lope de
Vega, ayant vécu à Madrid au seizième siècle. « Modèle de
porte typiquement castillan, elle est assez austère, avec
des petits rectangles en pin, noyer et du verre soufflé »,
précise Luis Ramirez, qui est aussi formateur, diplômé en
histoire de l’art.
Les Européens se servent plus des machines à comparer avec
leurs homologues du sud de la Méditerranée, leur style se
veut plus dénudé de manière générale. Pourtant, tout le
monde est prêt à philosopher sur l’imaginaire des portes ou
l’influence des Arabes dans la Péninsule ibérique. « Une
porte comme celle des Egyptiens, j’en ai déjà fait. Les
Arabes sont partis d’Andalousie au quinzième siècle ! »,
lance Ramirez, montrant du doigt ses collègues égyptiens qui
ont fait une porte simulant les vagues de la mer, avec une
incrustation de bois azizi, accouplé « en amoureux » sans
glu ni clou.
Se proclamant aussi d’une même lignée arabo-andalouse, le
jeune Marocain Anas Al-Ghouat, 24 ans, a sculpté la partie
supérieure de sa porte comme une dentelle. C’est du cèdre,
le bois du Maroc ! Il évoque la valeur de la porte en tant
que point de passage de l’entrée et de la sortie : « C’est
la première et la dernière chose que l’on voit dans une
maison. Pourtant, chez nous les Marocains, elle doit restée
simple, beaucoup moins ornée que les meubles ou les
plafonds, plus chargés ». Il ajoute : « Hommes du désert,
nous aimons garder les enjolivures pour l’intérieur ».
Travaillant avec son père, également présent sur le
chantier, il conçoit son métier comme une passion. « Je suis
né dedans ! A l’âge de 4 ans, j’ai commencé à fréquenter
l’atelier de mon père. J’ai plus tard effectué des études
universitaires en Chimie (la science des Arabes) pour
ensuite l’abandonner pour l’artisanat traditionnel (aussi
l’art des Arabes) », raconte Al-Ghouat junior.
Les Portugais, eux, ont travaillé une porte originale en
bois de châtaignier, combinant les quatre formes les plus
répandues dans leur pays. Elle est en fait dotée d’une sorte
de moucharabieh, signe de promiscuité. C’est à la fois
l’expression de la séparation et de la relation, de
l’échange et de la rupture. En ouvrant une porte, l’on doit
faire face à une constante, celle de la perméabilité de la
culture humaine aux influences les plus diverses.
Dalia
Chams