Al-Ahram Hebdo,Société | Le secouriste du social
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 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

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Société

Initiative. Le Centre égyptien de soutien des ONG vient de prendre de l’élan, notamment depuis que son financement est à cent pour cent égyptien. Il vise à offrir toute sorte d’assistance aux associations qui ont souvent du mal à opérer face à un gouvernement peu enclin à les admettre.

Le secouriste du social

Améliorer le niveau de vie des démunis, créer des offres d’emploi pour lutter contre le chômage, augmenter les compétences des jeunes désirant lancer des micro-projets, protéger l’environnement et les réserves naturelles, promouvoir les projets de planning familial, lutter contre la propagation des épidémies et maladies contagieuses, appliquer le principe de l’éducation pour tous, créer chez le citoyen une culture de lutte pour ses droits, des rêves simples et des droits parmi les plus élémentaires. Pourtant, ils sont loin d’être accessibles dans notre société. Tel a été le constat du Centre égyptien de soutien des ONG (Egyptian NGO Support Center). Créé en janvier 2004, il avait pour seul but au début, comme l’indique son nom, de favoriser le rôle que doit jouer la société civile égyptienne. Convaincu que l’Etat n’est plus capable de réaliser tout seul les plans de développement, ce centre a réalisé que le seul partenaire apte à jouer ce rôle n’est que les ONG. Bien que l’Egypte soit l’un des pays pionniers dans ce domaine, ayant connu l’action civile depuis le début des années 1800, aujourd’hui, le rôle de ce secteur est très modeste. Et les raisons sont nombreuses : les bouleversements politiques ayant eu lieu dans la société égyptienne suite à la Révolution de 1952 ont fait que la priorité du pouvoir était toujours de préserver la sécurité pour garantir la stabilité du régime.

Mais, cette situation a duré longtemps. L’Etat a tout fait pour serrer l’étau promulguant en continu des lois qui lui garantissent un contrôle total sur les ONG. De la loi 32 de l’année 1964 jusqu’à la loi 84 de l’année 2002, le pouvoir n’a cessé d’arracher à la société civile tous ses privilèges. Il existe même des voix qui appellent aujourd’hui à la modification de la loi en vigueur, voulant imposer plus de surveillance sur les ONG et exigeant la promulgation d’une législation plus stricte pour réglementer de près ce secteur. Une situation qui contraste avec ce qui se passe ces dix dernières années sur la scène mondiale. Dans tous les pays du monde, les experts sont arrivés au même constat : la participation de la société civile est une évidence, une nécessité, voire un besoin. La globalisation et le libre marché ont eu un impact négatif sur plusieurs catégories de la population, en les marginalisant de plus en plus. La classe moyenne a presque disparu. Cela a rendu indispensable l’existence d’un secteur qui puisse revendiquer les droits de ces laissés-pour-compte. « Tout rassemblement pacifique regroupant des personnes qui partagent la même culture et les mêmes besoins est une ONG. Ces citoyens peuvent jouer un rôle très efficace tout en faisant parvenir la voix de leur groupe aux preneurs de décision. Ils peuvent aussi faire pression pour changer une loi, faire face aux dépassements exercés par le pouvoir et réclamer plus de liberté », explique Chérif Ghoneim, président du Centre égyptien de soutien des ONG. Mais cela est loin d’être le cas en Egypte. Nombreux sont ceux qui préfèrent ne pas rejoindre une ONG et ce, à cause des restrictions imposées par l’Etat pour entraver leur fonctionnement. La loi actuelle qui gère les ONG donne à l’Etat le droit d’arrêter et de mettre en prison toute personne membre dans une ONG pour infraction financière ou administrative.

Une chose très fréquente en Egypte car les personnes qui adhèrent à ce genre d’associations manquent souvent de compétence et d’expérience.

 

La formation d’abord

« La plupart du personnel de ces ONG est constitué de personnes à la retraite qui veulent par leur participation dans ce domaine profiter de leur temps libre en le consacrant à ce genre de bénévolat. Leur manque d’expérience explique donc pourquoi les erreurs qu’elles commettent peuvent être multiples », explique Ghoneim.

Mais l’Etat utilise souvent ce prétexte pour suspendre le travail des ONG qui le dérange tout en se servant de ces erreurs pour porter atteinte à la réputation des activistes et à leur honnêteté tout en les accusant d’escroquerie.

D’où l’idée du Centre égyptien de soutien des ONG. Cette initiative vise, en premier lieu, à rendre le personnel travaillant dans ce secteur plus professionnel, plus qualifié et plus capable de jouer son rôle. En effet, dans toutes les ONG égyptiennes, à savoir les 22 000, le problème est le même. Le manque de ressources financières et le personnel non qualifié.

Dans tous les domaines d’action, dans le Delta comme en Haute-Egypte, toutes les associations ont besoin de fonds pour mettre en application leurs projets. Mais, le besoin le plus vital est celui de la formation et l’assistance technique pour améliorer le niveau de performance du personnel.

« Il est inutile de fournir à ce personnel des fonds sans lui apprendre à élaborer des programmes et à étudier les besoins de sa communauté. La plupart des ONG en difficulté ont choisi de lancer des projets qui ne répondent pas du tout aux vrais besoins de leur cible. C’est à nous de les guider, de leur donner les bonnes informations sur la structure démographique de la communauté qu’ils désirent servir, de leur faire une liste de priorités des besoins et des services, de les renforcer au niveau structurel, avant de leur trouver les fonds nécessaires », commente Rania Pétro, responsable des relations publiques et de la communication. Un objectif qui fait de cette initiative une expérience unique en son genre. Ce centre joue le rôle d’intermédiaire entre le secteur privé, les donateurs étrangers d’une part et les ONG d’autre part. L’Union européenne, l’aide américaine (USAID), et plus de 45 entreprises installées en Egypte et dans le monde arabe offrent des dons, une assistance technique, des informations et des programmes d’entraînement aux ONG en besoin.

L’action sur le terrain

C’est en fait le personnel du centre qui prend en charge de contacter ces ONG. « Mon rôle c’est d’apprendre d’abord à ces associations que nous existons et que nous pouvons les aider. Ensuite, nous commençons à travailler ensemble tout en étudiant les services que nous pouvons leur fournir. Nous demandons à ces ONG de faire des propositions de projets, ensuite, nous les mettons en contact avec les entreprises qui vont les financer. Et c’est à ces entreprises de choisir la meilleure offre », explique Rania.

Aujourd’hui, les bureaux dépendant du centre sont éparpillés dans tous les coins d’Egypte. Du Caire à Assiout, et du Sud-Sinaï à Port-Saïd, les habitants de ces régions peuvent frapper aux portes de ce centre pour demander assistance.

Des efforts qui ont porté leurs fruits. Des milliers d’associations ont reçu des fonds et des milliers d’autres ont obtenu une formation technique et professionnelle, grâce au rôle d’intermédiaire joué par le centre. Des associations de développement de région bédouine ont été créées au nord du Sinaï, des offres d’emploi ont été créées dans la région d’Al-Qosseir, en collaboration avec le secteur privé, un programme d’amélioration des compétences techniques a été élaboré pour les ouvriers de Sohag, parrainé par l’association des hommes d’affaires de la ville, des chances d’exportation de marchandises ont été créées pour les petits commerçants à la ville du 6 Octobre, un programme de développement des produits laitiers et d’aviculture a été organisé à Charqiya, sponsorisé par l’association des femmes d’affaires, des projets de protection des réserves naturelles dans la région de la mer Rouge ont été envisagés grâce à des investisseurs italiens ainsi que des projets de planning familial offerts par le Croissant-Rouge égyptien. Et ce, sans compter la nouvelle initiative Le Nil qui vise à améliorer les talents de managers chez les membres des ONG.

Mais, le plus grand acquis c’est la prise de conscience qui est née au sein des ONG sur le rôle qu’elles doivent jouer dans leurs propres communautés. « Dans la ville de Port-Saïd, les membres des ONG ont réussi à changer la loi qui gère les micro-projets. En faisant pression sur le membre du Parlement qui les représente, ils ont pu atteindre leur but. A Alexandrie, les femmes qui travaillent dans des ONG spécialisées dans les besoins des handicapés ont réussi à exempter les jeunes handicapés de passer à l’examen médical nécessaire pour le service militaire. Et ce, en désignant un représentant de leur association dans le comité d’examen. D’autres associations au Fayoum ont réussi à exempter les enfants de femmes qui assument seules leurs familles des frais scolaires », énumère Ghoneim.

Des acquis qui révèlent à quel point la société civile peut être un participant actif dans le développement du pays. L’important, c’est de l’aider à jouer ce rôle. Mais pour le faire, il faut commencer par changer l’ambiance dans laquelle travaillent ces ONG, un autre objectif du Centre égyptien de soutien des ONG. Pour elles, un nouveau champ d’action dans lequel elles travailleront bientôt c’est la sensibilisation envers les lois et les décisions qui influencent de près le quotidien du citoyen.

« La personne qui désire adhérer à une ONG ne doit pas être constamment poursuivie et menacée par les services de sécurité. Les fonctionnaires du ministère des Affaires sociales doivent agir de façon plus ouverte et plus flexible avec ces membres, mettant de côté les procédures bureaucratiques qui nous font perdre énormément de temps ».

Mais avant tout cela, changer le cadre juridique dans lequel fonctionnent ces ONG s’avère une priorité. Il s’agit d’alléger les charges bureaucratiques qui leur sont imposées. « Il est inutile par exemple de créer de nouveaux projets pour les jeunes, à l’exemple de nombreux d’entre eux parrainés par les ONG, si on va les voir obligés de payer des pots-de-vin et d’obtenir une centaine de signatures sur leurs papiers. En leur mettant les bâtons dans les roues, ils ne seront jamais capables d’investir leurs temps et efforts dans la réussite de leurs projets », s’indigne Ghoneim.

Aujourd’hui, les responsables de ce centre sont en train d’envisager des programmes qui se basent sur le dialogue avec le gouvernement, le Parlement et les preneurs de décision. Cela annoncera peut-être le début d’une renaissance de la société civile.

Amira Doss

 




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