Initiative.
Le Centre égyptien de soutien des ONG vient de prendre de
l’élan, notamment depuis que son financement est à cent pour
cent égyptien. Il vise à offrir toute sorte d’assistance aux
associations qui ont souvent du mal à opérer face à un
gouvernement peu enclin à les admettre.
Le secouriste du social
Améliorer
le niveau de vie des démunis, créer des offres d’emploi pour
lutter contre le chômage, augmenter les compétences des
jeunes désirant lancer des micro-projets, protéger
l’environnement et les réserves naturelles, promouvoir les
projets de planning familial, lutter contre la propagation
des épidémies et maladies contagieuses, appliquer le
principe de l’éducation pour tous, créer chez le citoyen une
culture de lutte pour ses droits, des rêves simples et des
droits parmi les plus élémentaires. Pourtant, ils sont loin
d’être accessibles dans notre société. Tel a été le constat
du Centre égyptien de soutien des ONG (Egyptian NGO Support
Center). Créé en janvier 2004, il avait pour seul but au
début, comme l’indique son nom, de favoriser le rôle que
doit jouer la société civile égyptienne. Convaincu que l’Etat
n’est plus capable de réaliser tout seul les plans de
développement, ce centre a réalisé que le seul partenaire
apte à jouer ce rôle n’est que les ONG. Bien que l’Egypte
soit l’un des pays pionniers dans ce domaine, ayant connu
l’action civile depuis le début des années 1800,
aujourd’hui, le rôle de ce secteur est très modeste. Et les
raisons sont nombreuses : les bouleversements politiques
ayant eu lieu dans la société égyptienne suite à la
Révolution de 1952 ont fait que la priorité du pouvoir était
toujours de préserver la sécurité pour garantir la stabilité
du régime.
Mais, cette situation a duré longtemps. L’Etat a tout fait
pour serrer l’étau promulguant en continu des lois qui lui
garantissent un contrôle total sur les ONG. De la loi 32 de
l’année 1964 jusqu’à la loi 84 de l’année 2002, le pouvoir
n’a cessé d’arracher à la société civile tous ses
privilèges. Il existe même des voix qui appellent
aujourd’hui à la modification de la loi en vigueur, voulant
imposer plus de surveillance sur les ONG et exigeant la
promulgation d’une législation plus stricte pour réglementer
de près ce secteur. Une situation qui contraste avec ce qui
se passe ces dix dernières années sur la scène mondiale.
Dans tous les pays du monde, les experts sont arrivés au
même constat : la participation de la société civile est une
évidence, une nécessité, voire un besoin. La globalisation
et le libre marché ont eu un impact négatif sur plusieurs
catégories de la population, en les marginalisant de plus en
plus. La classe moyenne a presque disparu. Cela a rendu
indispensable l’existence d’un secteur qui puisse
revendiquer les droits de ces laissés-pour-compte. « Tout
rassemblement pacifique regroupant des personnes qui
partagent la même culture et les mêmes besoins est une ONG.
Ces citoyens peuvent jouer un rôle très efficace tout en
faisant parvenir la voix de leur groupe aux preneurs de
décision. Ils peuvent aussi faire pression pour changer une
loi, faire face aux dépassements exercés par le pouvoir et
réclamer plus de liberté », explique Chérif Ghoneim,
président du Centre égyptien de soutien des ONG. Mais cela
est loin d’être le cas en Egypte. Nombreux sont ceux qui
préfèrent ne pas rejoindre une ONG et ce, à cause des
restrictions imposées par l’Etat pour entraver leur
fonctionnement. La loi actuelle qui gère les ONG donne à l’Etat
le droit d’arrêter et de mettre en prison toute personne
membre dans une ONG pour infraction financière ou
administrative.
Une chose très fréquente en Egypte car les personnes qui
adhèrent à ce genre d’associations manquent souvent de
compétence et d’expérience.
La formation d’abord
« La plupart du personnel de ces ONG est constitué de
personnes à la retraite qui veulent par leur participation
dans ce domaine profiter de leur temps libre en le
consacrant à ce genre de bénévolat. Leur manque d’expérience
explique donc pourquoi les erreurs qu’elles commettent
peuvent être multiples », explique Ghoneim.
Mais l’Etat utilise souvent ce prétexte pour suspendre le
travail des ONG qui le dérange tout en se servant de ces
erreurs pour porter atteinte à la réputation des activistes
et à leur honnêteté tout en les accusant d’escroquerie.
D’où l’idée du Centre égyptien de soutien des ONG. Cette
initiative vise, en premier lieu, à rendre le personnel
travaillant dans ce secteur plus professionnel, plus
qualifié et plus capable de jouer son rôle. En effet, dans
toutes les ONG égyptiennes, à savoir les 22 000, le problème
est le même. Le manque de ressources financières et le
personnel non qualifié.
Dans tous les domaines d’action, dans le Delta comme en
Haute-Egypte, toutes les associations ont besoin de fonds
pour mettre en application leurs projets. Mais, le besoin le
plus vital est celui de la formation et l’assistance
technique pour améliorer le niveau de performance du
personnel.
« Il est inutile de fournir à ce personnel des fonds sans
lui apprendre à élaborer des programmes et à étudier les
besoins de sa communauté. La plupart des ONG en difficulté
ont choisi de lancer des projets qui ne répondent pas du
tout aux vrais besoins de leur cible. C’est à nous de les
guider, de leur donner les bonnes informations sur la
structure démographique de la communauté qu’ils désirent
servir, de leur faire une liste de priorités des besoins et
des services, de les renforcer au niveau structurel, avant
de leur trouver les fonds nécessaires », commente Rania
Pétro, responsable des relations publiques et de la
communication. Un objectif qui fait de cette initiative une
expérience unique en son genre. Ce centre joue le rôle
d’intermédiaire entre le secteur privé, les donateurs
étrangers d’une part et les ONG d’autre part. L’Union
européenne, l’aide américaine (USAID), et plus de 45
entreprises installées en Egypte et dans le monde arabe
offrent des dons, une assistance technique, des informations
et des programmes d’entraînement aux ONG en besoin.
L’action sur le terrain
C’est en fait le personnel du centre qui prend en charge de
contacter ces ONG. « Mon rôle c’est d’apprendre d’abord à
ces associations que nous existons et que nous pouvons les
aider. Ensuite, nous commençons à travailler ensemble tout
en étudiant les services que nous pouvons leur fournir. Nous
demandons à ces ONG de faire des propositions de projets,
ensuite, nous les mettons en contact avec les entreprises
qui vont les financer. Et c’est à ces entreprises de choisir
la meilleure offre », explique Rania.
Aujourd’hui, les bureaux dépendant du centre sont éparpillés
dans tous les coins d’Egypte. Du Caire à Assiout, et du
Sud-Sinaï à Port-Saïd, les habitants de ces régions peuvent
frapper aux portes de ce centre pour demander assistance.
Des efforts qui ont porté leurs fruits. Des milliers
d’associations ont reçu des fonds et des milliers d’autres
ont obtenu une formation technique et professionnelle, grâce
au rôle d’intermédiaire joué par le centre. Des associations
de développement de région bédouine ont été créées au nord
du Sinaï, des offres d’emploi ont été créées dans la région
d’Al-Qosseir, en collaboration avec le secteur privé, un
programme d’amélioration des compétences techniques a été
élaboré pour les ouvriers de Sohag, parrainé par
l’association des hommes d’affaires de la ville, des chances
d’exportation de marchandises ont été créées pour les petits
commerçants à la ville du 6 Octobre, un programme de
développement des produits laitiers et d’aviculture a été
organisé à Charqiya, sponsorisé par l’association des femmes
d’affaires, des projets de protection des réserves
naturelles dans la région de la mer Rouge ont été envisagés
grâce à des investisseurs italiens ainsi que des projets de
planning familial offerts par le Croissant-Rouge égyptien.
Et ce, sans compter la nouvelle initiative Le Nil qui vise à
améliorer les talents de managers chez les membres des ONG.
Mais, le plus grand acquis c’est la prise de conscience qui
est née au sein des ONG sur le rôle qu’elles doivent jouer
dans leurs propres communautés. « Dans la ville de
Port-Saïd, les membres des ONG ont réussi à changer la loi
qui gère les micro-projets. En faisant pression sur le
membre du Parlement qui les représente, ils ont pu atteindre
leur but. A Alexandrie, les femmes qui travaillent dans des
ONG spécialisées dans les besoins des handicapés ont réussi
à exempter les jeunes handicapés de passer à l’examen
médical nécessaire pour le service militaire. Et ce, en
désignant un représentant de leur association dans le comité
d’examen. D’autres associations au Fayoum ont réussi à
exempter les enfants de femmes qui assument seules leurs
familles des frais scolaires », énumère Ghoneim.
Des acquis qui révèlent à quel point la société civile peut
être un participant actif dans le développement du pays.
L’important, c’est de l’aider à jouer ce rôle. Mais pour le
faire, il faut commencer par changer l’ambiance dans
laquelle travaillent ces ONG, un autre objectif du Centre
égyptien de soutien des ONG. Pour elles, un nouveau champ
d’action dans lequel elles travailleront bientôt c’est la
sensibilisation envers les lois et les décisions qui
influencent de près le quotidien du citoyen.
« La personne qui désire adhérer à une ONG ne doit pas être
constamment poursuivie et menacée par les services de
sécurité. Les fonctionnaires du ministère des Affaires
sociales doivent agir de façon plus ouverte et plus flexible
avec ces membres, mettant de côté les procédures
bureaucratiques qui nous font perdre énormément de temps ».
Mais avant tout cela, changer le cadre juridique dans lequel
fonctionnent ces ONG s’avère une priorité. Il s’agit
d’alléger les charges bureaucratiques qui leur sont
imposées. « Il est inutile par exemple de créer de nouveaux
projets pour les jeunes, à l’exemple de nombreux d’entre eux
parrainés par les ONG, si on va les voir obligés de payer
des pots-de-vin et d’obtenir une centaine de signatures sur
leurs papiers. En leur mettant les bâtons dans les roues,
ils ne seront jamais capables d’investir leurs temps et
efforts dans la réussite de leurs projets », s’indigne
Ghoneim.
Aujourd’hui, les responsables de ce centre sont en train
d’envisager des programmes qui se basent sur le dialogue
avec le gouvernement, le Parlement et les preneurs de
décision. Cela annoncera peut-être le début d’une
renaissance de la société civile.
Amira
Doss