L’accord de Naivasha se meurt
Hassan Abou-Taleb
L’accord
de Naivasha signé en janvier 2005 entre le gouvernement du
salut et le Mouvement populaire de libération du Soudan
(SPLM) a connu dernièrement des hauts et des bas. En effet,
le manque de confiance commence à gagner du terrain entre
les deux parties. Et l’accord qui était considéré comme un
modèle pour résoudre les crises du Soudan au terme de la
guerre civile qui a duré plus de 20 ans est devenu un
fardeau pour l’avenir de la paix, de la démocratie et de la
construction d’un nouveau Soudan. Dans ces circonstances,
les messages contradictoires portent préjudice plus qu’ils
ne rendent service. De plus, les menaces échangées aggravent
le problème et les invitations à l’internationalisation de
la crise et à l’appel au pouvoir étranger compliquent encore
plus les choses.
La crise a commencé lorsque le mouvement populaire a accusé
son partenaire, à la conférence nationale, d’avoir violé
plusieurs clauses importantes de l’accord de Naivasha. Il
l’a accusée de ne pas avoir retiré les forces de l’armée du
Soudan de certains emplacements du sud, d’avoir
intentionnellement retardé la formation des forces hybrides,
de ne pas adopter la transparence en ce qui concerne les
revenus du pétrole, les quantités de production du sud, de
ne pas s’être retiré de la région pétrolière d’Abeyi située
sur les frontières communes et de ne pas la remettre au
gouvernement du sud. Il l’a accusée aussi d’avoir retardé le
recensement démographique selon lequel sera effectué le
référendum sur le droit à l’autodétermination. De plus, le
gouvernement du sud a exprimé sa volonté de changer certains
ministres dans le gouvernement national car il les suspecte
de prendre le parti du nord aux dépens du sud. La conférence
nationale a nié ces accusations et a répondu en disant que
ses forces armées s’étaient retirées de 83 % des territoires
desquels elles devaient se retirer alors que le mouvement de
libération n’a retiré ses forces que de 7 % des territoires
desquels il devait se retirer.
Pour ce qui est du retrait de la région d’Abeyi, la
conférence nationale a déclaré que ceci n’arrivera pas, car
elle dépend du nord selon les frontières de 1956.
Malgré les rencontres qui ont réuni le président Al-Bachir
et son vice-président Silva Kir au terme desquelles ils ont
convenu de certains points pour sortir de la crise et pour
le retour des ministres du sud au gouvernement, le mouvement
populaire a campé sur ses positions. Il insiste à résoudre
avant tout les points en suspens. Ce qui signifie attendre
jusqu’à la résolution du problème de la région d’Abeyi qui
nécessite à son tour un dialogue politique, économique,
technique, géographique et historique qui durera un certain
temps. La position du mouvement populaire ressemble plus à
un chantage politique davantage qu’à une volonté de
s’attacher à l’accord de Naivasha comme modèle pour résoudre
les problèmes du Soudan.
Au début de la crise soulevée par le mouvement populaire en
suspendant la participation de ses ministres au gouvernement
national jusqu’à la résolution de tous les problèmes, le
président Omar Al-Bachir et son vice-président Silva Kir
avaient exprimé une certaine flexibilité et une certaine
sagesse à la fois. Ils avaient déclaré qu’ils tenaient à
l’accord de Niavasha, à la non-internationalisation et au
dialogue pour résoudre les problèmes relatifs à la mise en
application de l’accord. Ce sont les principes qui ont
favorisé il y a quatre semaines un certain optimisme que la
crise était passagère et qu’elle ne laisserait pas de grande
influence. Mais cet optimisme s’est rapidement dissipé pour
laisser place à une certaine léthargie qui s’est transformée
petit à petit en un genre d’anticipation liée à
l’éventualité d’une escalade verbale qui précède l’escalade
effective sur le terrain.
Indices de guerre
Il semble que nous soyons ces jours-ci entrés dans une
période de transition de la simple escalade verbale à
l’escalade effective. Deux indices le démontrent.
Premièrement, on commence à reparler indirectement des
préparatifs de guerre si elle est imposée à une partie ou à
une autre. En effet, le président Al-Bachir a déclaré dans
son discours prononcé dans la ville de Madani au sud de
Khartoum le 17 novembre dernier : « Nous ne commencerons pas
les agressions ou la guerre. Mais celui qui commencera en
assumera la responsabilité ». Le mouvement populaire a
rétorqué : « S’ils veulent revenir à la guerre, nous sommes
prêts ». De plus, les sudistes ont accueilli Kir à son
retour des Etats-Unis avec les tambours de la guerre.
Citer le terme de la guerre de cette manière implique qu’il
faut se préparer au pire. Nous nous trouvons face à un
revirement dangereux qui ne s’accorde nullement avec les
prétentions de tenir à l’accord de Naivasha, à la paix et au
dialogue. D’autant plus que les problèmes qui constituent
les principales raisons de cette crise ne peuvent pas être
résolus par la force. Si 20 ans de guerre n’ont pu réaliser
la victoire pour l’une des parties, comment ces parties
peuvent-elles s’imaginer que la guerre pourra taire l’autre
partie ou qu’elles pourront prendre par la force ce qu’elles
n’ont pas pu prendre par les négociations, le dialogue ou
les compromis ?
Deuxièmement, le mouvement populaire entoure d’un grand
mystère la nature de la visite du vice-président et
président du gouvernement du sud, Silva Kir aux Etats-Unis,
au cours de laquelle il a rencontré le président Bush. Il
paraît que ce dernier a incité Kir à déployer de plus grands
efforts pour régler la crise du Darfour et à parrainer
l’accord des groupes rebelles pour parvenir à une solution
qui contribuerait à réaliser la paix au Darfour. Si ceci
était vrai, il n’y aurait aucun problème. Mais il s’agit de
toutes les circonstances qui ont entouré la visite et son
organisation. A-t-il vraiment dit aux cadres du mouvement à
Washington qu’en cas de séparation, le sud sera un bon
voisin du nord ? Il est évident que les deux parties ont des
intentions cachées qui, semble-t-il, ne sont pas dans
l’intérêt de l’union qui, selon le prélude de l’accord de
Niavasha, doit être attrayante. Ce sont des indices qui
préparent le choix de la séparation avant la date, qui sera
décidée par le référendum de 2011. Dans ce cas, il n’y aura
pas de bon voisinage ni de partage des ressources. Il y aura
une guerre sanglante. Le gouvernement du sud et le mouvement
populaire réalisent parfaitement que l’accord de Naivasha
fonde malgré toutes les manœuvres la séparation politique
pacifique à travers le référendum. Pourquoi donc hâter la
séparation avant que les sudistes n’acquièrent l’expérience
nécessaire pour la gestion du pays et l’organisation des
relations internationales ? Par conséquent, il est évident
que la complication des relations avec le nord est pour
l’intérêt de certaines forces influentes du sud qui
considèrent que le moment de la crise implique la
conjugaison des efforts et la désinformation exercée sur
plusieurs questions qu’il ne faut pas dévoiler à l’opinion
publique sudiste.