Optimisme naïf
Salama A. Salama
16etats
arabes sont partis pour Annapolis pour prouver leurs bonnes
intentions, en réponse à des pressions américaines et
internationales provoquant un climat d’optimisme naïf. Ils
ont voulu croire que cette fois-ci, les chances de
négociations entre Palestiniens et Israéliens seraient plus
sérieuses et iraient inéluctablement dans le sens de la
création des deux Etats et de la réalisation de la paix.
Surtout que l’Administration américaine a fait preuve d’une
détermination à réaliser les engagements du président Bush
concernant les deux Etats. Personne ne peut maintenant
prétendre que les pays arabes sont sortis de
cette conférence moins sceptiques.
Les Etats-Unis ont imposé un communiqué conjoint après
l’échec d’Olmert et Abbass à s’accorder sur une formule de
document commun autour des dossiers-clés de litiges. Les
Etats-Unis se sont contentés d’annoncer l’amorce d’un
nouveau round de négociations sur tous les dossiers sans
aucune exception, avec pour échéance la fin de l’année 2008.
Ainsi que de former un comité de suivi pour concrétiser les
engagements entre les deux parties, conformément à la
Feuille de route. Ce comité pourrait être présidé
éventuellement par un général américain et mis sous tutelle
des Etats-Unis et du Quartette. Abstraction faite du contenu
de l’allocution de Bush à Annapolis et celles de Abbass et
d’Olmert porteuses d’espoirs, de promesses et d’engagements
verbaux sans aucune garantie, sans oublier les fausses
projections médiatiques. Personne ne peut nier que la
plupart des références auxquelles les Arabes se sont
attachés sont tombées dans l’oubli. A l’exception de la
Feuille de route qui a longtemps nourri les illusions et les
fantasmes. Il est plus que jamais évident, par l’allocution
de Bush, que tout ce qui importe à son administration, c’est
d’infliger une défaite aux extrémistes et aux terroristes.
Ce, dans le cadre d’une grande stratégie américaine misant
sur l’avenir de la région, et
visant à soutenir le camp arabe modéré face à la montée de
l’influence iranienne.
L’Administration Bush a eu recours à la méthode adoptée par
l’Administration Clinton au cours des négociations
Barak/Arafat, vieilles de 7 ans. Il n’en demeure pas moins
que Bush n’a ni la capacité ni l’intention de faire comme
Clinton. Ce qui signifie qu’il va laisser les Israéliens et
les Palestiniens se confronter les uns aux autres, et
affronter chacun sa situation interne.
Il ne semble pas qu’Olmert, qui s’est mis à répéter le même
refrain des concessions douloureuses de ses prédécesseurs,
soit capable de faire face à ses opposants des partis
extrémistes de droite au sein de son gouvernement. Ceci l’a
empêché de parvenir à un accord avec Abbass tout au long des
rencontres qui les ont réunis avant Annapolis. D’ailleurs,
des voix en Israël appelant à la tenue de nouvelles
élections se multiplient. Ces dernières seront désormais un
premier pas pour se désengager d’Annapolis et de ses effets.
Cependant, le problème d’Olmert paraît moins grave que celui
de Abbass qui est confronté à une division interne aiguë
dans les rangs palestiniens. Personne ne connaît la
référence sur laquelle s’appuie Abbass dans ses négociations
avec Olmert qui demandera d’appliquer la première clause de
la Feuille de route, celle de porter un coup fatal aux
éléments terroristes et de les éradiquer complètement. Ou en
d’autres termes de liquider le Hamas en échange de
l’ouverture des points de passage, de l’arrêt des
implantations et des raids israéliens et de la levée de
l’embargo.
Le scénario des Arabes se répète. Ils vont à toutes les
conférences auxquelles ils sont invités sous prétexte qu’ils
ne veulent pas laisser passer une seule chance pour prouver
leurs bonnes intentions à la communauté internationale. Mais
le résultat est le même. Ils n’ont récolté d’Annapolis que
des promesses vaines et des paroles creuses. De même, la
présence de 47 Etats à Annapolis ne représente aucune
pression ni sur Israël ni sur les Etats-Unis qui accordent
la priorité à la question iranienne et à la situation en
Iraq.
Quant à la Syrie qui a conditionné sa présence à Annapolis à
l’inscription de la question du Golan à l’ordre du jour,
elle n’a rien perdu ni gagné.