Golfe-Iran.
Téhéran mise sur une amélioration de ses relations avec ses
voisins arabes. Un enjeu de taille pour ce pays soumis à des
pressions internationales.
Début de réchauffement
Une première. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a
fait le déplacement pour participer au sommet annuel du
Conseil de Coopération du Golfe (CCG) qui s’est tenu lundi
et mardi à Doha, au Qatar. Bien avant son arrivée, M.
Ahmadinejad a annoncé être porteur de propositions « pour
l’expansion de la coopération et des garanties de sécurité
pour la région », sans autres précisions. M. Ahmadinejad est
le premier chef d’Etat étranger à participer à un sommet de
ce groupe régional depuis sa création en 1981. Le sommet du
CCG a réuni les chefs d’Etat d’Arabie saoudite, des Emirats
arabes unis, du Koweït, de Qatar, Bahreïn et d’Oman.
Signe d’un tournant dans les relations irano-arabes ou
volonté de renforcer la position de l’Iran, soumis à de
multiples pressions et critiques à cause du dossier
nucléaire et du soutien au Hezbollah au Liban ? Les deux à
la fois. Certes, l’Iran souffle le chaud et le froid, il
tente de tirer profit de l’axe sunnite jugé allié des
Etats-Unis tout en continuant ses projets nucléaires.
Isolé sous la pression des Etats-Unis qui affirment garder
toutes les options ouvertes, y compris militaires, pour
l’empêcher de se doter de la bombe atomique, l’Iran a
multiplié les initiatives pour rassurer ses voisins arabes
sur le caractère pacifique de son projet nucléaire. M.
Ahmadinejad, qui n’a pas manqué de le rappeler lors de son
déplacement en novembre à Riyad pour le sommet de l’Opep, a
dépêché récemment son ministre des Affaires étrangères,
Manouchehr Mottaki, dans la région.
Malgré ces assurances, les monarchies du CCG — des pays
sunnites dont les relations avec l’Iran chiite ont été
souvent empreintes de méfiance — redoutent les risques que
fait courir la confrontation entre Téhéran et les Etats-Unis,
fortement présents militairement dans les eaux du Golfe et
dans des pays arabes.
« Les Etats du CCG suivent de près le dossier nucléaire
iranien, qui les inquiète pour les conséquences politiques
et en matière de sécurité à cause du bras de fer entre
l’Iran et la communauté internationale, mais aussi pour le
danger écologique que représente le programme pour la région
s’il ne respecte pas les normes internationales », a déclaré
le ministre émirati des Affaires étrangères, cheikh Abdallah
bin Zayed Al Nahyane.
Le ministre a redit, dans un entretien publié dimanche par
le quotidien qatari Al-Charq, que les pays du CCG
souhaitaient une solution pacifique à la crise sur le
programme nucléaire de l’Iran, menacé
d’une troisième série de sanctions de l’Onu.
« Nous souhaitons un règlement (...) par un dialogue sérieux
qui prend en considération les intérêts de toutes les
parties, y compris ceux des voisins de l’Iran », a-t-il
souligné, résumant ainsi la position du CCG favorable au
droit de l’Iran à un programme nucléaire civil, mais sous
strict contrôle international.
Ils exigent de Téhéran des garanties sur la nature de ses
activités nucléaires et ont proposé de créer un consortium
international pour fournir de l’uranium enrichi aux pays du
Moyen-Orient qui en feraient la demande.
L’Iran a entretenu des relations difficiles avec les pays du
Golfe, notamment à cause du soutien de certains d’entre eux
à l’Iraq après qu’il eut attaqué la République islamique.
Outre ce passé assez perturbé, un différend oppose toujours
les Emirats à l’Iran accusé d’occuper illégalement trois
îles dans le Golfe. Les Emirats arabes unis ont réaffirmé
leur détermination à récupérer les trois îles stratégiques
dans le Golfe et proposé un dialogue direct avec Téhéran ou
un arbitrage international pour régler ce conflit, a
rapporté l’agence officielle WAM. « Nous continuons à
demander (à la direction iranienne) d’entrer dans des
négociations bilatérales directes ou de porter l’affaire
devant la Cour Internationale de la Justice (CIJ, qui siège
à La Haye). Nous nous engageons à accepter les résultats de
l’arbitrage, quels qu’ils soient », a conclu cheikh Khalifa.
L’Iran avait pris le contrôle de ces îles en 1971, juste
avant la proclamation de l’Etat des Emirats après le départ
des forces britanniques. Les trois îles contrôlent l’accès
au détroit d’Ormuz, entre l’Iran et les Emirats.
Côté économique, lors d’une réunion conjointe à huis clos,
les ministres des Affaires étrangères et des Finances du CCG
« ont décidé de maintenir la date de 2010 pour le lancement
de la monnaie unique », a déclaré à l’AFP un membre d’une
délégation. « Se joindront au projet ceux qui seront prêts
en 2010 », a ajouté la même source, soulignant que la
décision avait été « prise sur l’insistance de l’Arabie
saoudite », le premier producteur et exportateur de brut
dans le monde.
La faiblesse actuelle du billet vert aggrave l’inflation et
affecte les recettes pétrolières des monarchies du CCG.
C’est pourquoi l’abandon de l’indexation de leurs monnaies
sur le billet vert a été à plusieurs reprises évoqué.
Outre le lancement d’un marché commun et d’une monnaie
unique, le sommet a notamment évoqué la situation en Iraq,
le conflit du Proche-Orient après la réunion internationale
organisée par les Etats-Unis à Annapolis, près de
Washington .
Rania
Adel