Liban.
La majorité et l’opposition se sont accordées pour la
nomination du chef de l’armée, Michel Sleimane, pour la
présidentielle. Un amendement de la Constitution est
toutefois nécessaire.
Vers une sortie de crise
Après
plusieurs semaines de crise jalonnée par six reports de la
session parlementaire prévue pour l’élection du président de
la République, un compromis semble en effet enfin trouvé.
Les dirigeants libanais ont désigné dimanche le chef de
l’armée, le général Michel Sleimane, candidat à la
présidence, ce qui pourrait débloquer la crise politique qui
paralyse le pays. La coalition anti-syrienne au pouvoir
s’était auparavant opposée à la candidature du général
Michel Sleimane, privilégiée, dans le cadre de la recherche
d’un candidat de compromis, par l’opposition emmenée par le
Hezbollah et soutenue par la Syrie. « Il y a des progrès
dans les discussions qui rendent probable un vote vendredi.
Le général Michel Sleimane serait élu président », a déclaré
une source politique haut placée. Le Parlement est en effet
de nouveau convoqué vendredi prochain pour élire un nouveau
chef de l’Etat après l’expiration du mandat d’Emile Lahoud
le 23 novembre dernier.
Or, si l’opposition et la majorité sont finalement parvenues
à s’entendre sur un nom, il reste encore un obstacle à
franchir pour l’élection du général Sleimane qui ne peut se
faire sans un amendement constitutionnel. Le scrutin
pourrait donc être retardé de quelques jours pour permettre
le vote de l’amendement. Pour ce, la majorité parlementaire
anti-syrienne va préparer une pétition en faveur de cet
amendement. Il s’agit là d’une condition sine qua non pour
l’élection du chef de l’armée, car en vertu de l’article 49
de la Constitution libanaise, il est interdit à un haut
fonctionnaire de devenir chef de l’Etat, sauf s’il
démissionne de son poste deux ans avant l’élection,
conformément à la Constitution. Bien que la coalition au
pouvoir eût été au départ opposée à tout amendement
constitutionnel — d’autant que l’élection et la réélection
de l’ex-président Emile Lahoud, ancien chef de l’armée,
avaient requis en 1998 et 2004 des amendements imposés par
la Syrie, ancienne puissance de tutelle —, sa position a
changé, faute d’alternative. « Nous devons obtenir la
signature d’au moins dix députés. Mais nous attendons la
réaction de l’opposition, car nous préférons avoir des
signatures de notre côté et de l’autre camp », a déclaré le
ministre des Télécommunications et député Marwan Hamadé.
L’opposition
menée par le Hezbollah et soutenue par Damas et Téhéran n’a
pas encore officiellement annoncé son soutien au chef de
l’armée, bien que l’un de ses piliers, le chrétien Michel
Aoun, lui-même candidat à la présidence, ait récemment
appuyé sa candidature. De même, un haut responsable du
Hezbollah a indiqué samedi que le mouvement chiite a
beaucoup d’estime pour le général Michel Sleimane, une
déclaration qui augmente encore les chances du commandant en
chef des armées d’accéder à la présidence du Liban.
Du côté de la majorité, on intensifie les efforts pour
préparer l’amendement de la Constitution. « Des contacts
sont en cours, car nous préférons que cette question fasse
l’objet d’un consensus et d’un large rassemblement », a
précisé M. Hamadé, indiquant que celle-ci « pourrait être
tranchée très rapidement ou prendre beaucoup de temps ». «
Cela dépend de la bonne volonté de l’opposition, mais nous
ne voulons pas que les choses traînent », a ajouté le
ministre. Mais il a aussi indiqué que si l’opposition ne
signe pas la pétition, la coalition au pouvoir le fera toute
seule.
Un candidat neutre
Seul candidat de compromis acceptable aux yeux des deux
camps, M. Sleimane, 59 ans, a de bonnes relations avec le
Hezbollah. Sa nomination avait d’abord été rejetée par la
coalition au pouvoir qui s’est engagée à réduire l’influence
de la Syrie au Liban depuis le retrait de l’armée syrienne
en 2005. Mais elle voit désormais Sleimane comme la seule
option viable, de préférence à une vacance du pouvoir qui
pourrait déstabiliser le pays.
D’ordinaire très discret dans ses déplacements, le général
Sleimane a dernièrement multiplié les rencontres avec des
hommes politiques et des dignitaires religieux, parmi
lesquels l’influent patriarche maronite, communauté dont est
issu le président. Bien que certains l’accusent d’être un
allié de Damas, il est resté neutre tout au long de la crise
autour de la présidentielle, appelant ses troupes à rester à
l’écart des disputes politiques.
Reste la question de la répartition des postes au sein du
gouvernement qui sera formé après l’élection présidentielle.
Certains membres de l’alliance d’opposition, y compris le
dirigeant chrétien Michel Aoun, réclament par avance la
nomination de ce gouvernement. Une épreuve de plus que les
différentes parties libanaises devront surmonter pour éviter
le chaos qui menace leur pays .
Abir
Taleb