Al-Ahram Hebdo, Evénement | Une volte-face équivoque
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Evénement

Islamistes. Avec la publication par un chef du Djihad d’une révision bannissant la violence en tant que méthode, des questions se posent sur l’authenticité de ce revirement. Enquête. 

Une volte-face équivoque 

Dix ans après le lancement de l’initiative d’arrêt de la violence lancée par la Gamaa Islamiya en 1997, Sayed Imam, fondateur du Djihad (l’autre groupe islamiste armé clandestin) vient de publier un ouvrage gigantesque intitulé Rationaliser l’action djihadiste en Egypte et dans le monde, où il procède à une révision des fondements théologiques qui ont guidé durant des années la pensée du Djihad. Ces révisions tirent plutôt leur importance du rang de leur auteur. Ancien émir du Djihad, Sayed Imam a publié dans les années 1980 un livre intitulé Al-Omda fi edad al-oda considéré comme la doctrine du Djihad. Or, dans son ouvrage actuel, il remet en doute les principes qu’il avait déjà lui-même établis. L’importance de ces révisions théologiques provient également de l’influence qu’elles peuvent avoir sur les autres groupes islamistes et certains membres du Djihad à l’étranger.

Sayed Imam, connu dans les milieux djihadistes sous le nom du Dr Fadl ou Abdel-Qader bin Abdel-Aziz, est né en août 1950 dans le gouvernorat de Béni-Soueif au sud du Caire. Il fait des études à la faculté de médecine de l’Université du Caire et obtient son diplôme en 1974 avec la mention excellent. Imam préférait travailler dans l’anonymat au point que la plupart des membres du Djihad croyaient qu’Aymane Al-Zawahri, l’actuel numéro 2 d’Al-Qaëda, était l’émir du groupe. Le nom de Sayed Imam est apparu brusquement sur la scène en 1981, lorsqu’il a été accusé d’implication avec les autres membres du Djihad dans l’assassinat du président Anouar Al-Sadate. Il a été cependant acquitté par le tribunal après avoir réussi à prouver qu’il était hors d’Egypte pendant les faits. Son nom figure encore devant les tribunaux en 1998 dans le procès des revenants d’Albanie. Il avait été alors condamné par contumace à 25 ans de prison. Après les attaques du 11 septembre 2001, Sayed Imam est arrêté au Yémen le 28 octobre de cette même année. Interrogé par les renseignements américains, il est rapatrié en Egypte le 28 février 2004, où il purge sa peine de prison.

Dans son ouvrage, Sayed Imam remet en question tous les fondements théologiques du Djihad qui autorisaient l’assassinat des étrangers et des touristes et le pillage de leurs biens pour financer le Djihad. Il interdit formellement la « trahison » des étrangers à l’intérieur de leurs pays. « Le prophète Mohamad et ses compagnons après lui n’ont jamais ordonné à des musulmans de tuer les habitants de la Perse ni même ceux de La Mecque avant qu’elle ne soit conquise », assure Sayed Imam. Pour lui, les attaques contre les pays non musulmans ne sont pas en accord avec les fondements de l’islam. « Les musulmans qui effectuent les attentats dans des pays non musulmans sont entrés dans ces pays avec un visa de travail ou de tourisme ou pour étudier. Commettre des attentats revient donc à trahir les habitants de ces pays. Or, la trahison est condamnée par l’islam qu’elle soit envers des musulmans ou des non musulmans. En outre, ces attaques peuvent blesser ou tuer des musulmans qui vivent dans ces pays », assure Sayed Imam qui considère également comme illicites les attaques contre les touristes. « L’islam demande à ses adeptes de bien traiter les chrétiens. Si un chrétien attaque un musulman, il faut le traiter avec la justice », estime encore Sayed Imam. Et d’ajouter que les chrétiens en Egypte sont des « voisins et des collègues de travail » et que Maria la Copte une épouse du prophète, était chrétienne, ce qui inspire le respect envers les chrétiens. Rien dans la charia ne demande de tuer les juifs ou les chrétiens sauf s’il s’agit d’un cas de légitime défense. Il est en outre permis aux musulmans d’établir des relations commerciales avec eux et de se marier avec des membres de leur communauté.

 

Un revirement douteux ?

Ces révisions théologiques alimentent un débat parmi les observateurs. S’agit-il d’un véritable mea-culpa ou bien c’est le fruit d’un marché conclu avec l’Etat ? Quel sera l’impact de ces révisions sur les islamistes du Djihad et de la Qaëda qui se trouvent à l’étranger ? Certains observateurs doutent de la sincérité de ces révisions. « Il est possible que ces révisions soient le fruit d’un accord entre l’Etat et certains membres du Djihad toujours emprisonnés ou bien qu’elles aient été faites sous la pression des appareils de sécurité ou même la torture », explique Ahmad Al-Moslémani, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Il pense que ce sont les services de sécurité qui ont laissé filtrer les nouvelles de ces révisions. Amr Al-Chobaki, chercheur spécialiste des islamistes, n’exclut pas cette hypothèse. « Plusieurs militants djihadistes ont annoncé leur repentir. En échange, l’Etat les libère et s’en sert ensuite pour affronter d’autres mouvements islamistes comme les Frères musulmans », pense Al-Chobaki. Il ne s’agit cependant que d’une hypothèse. Car ce n’est pas la première fois que des révisions soient faites au niveau des fondements théologiques des groupes islamistes. La Gamaa Islamiya a été la première en 1997 à renoncer à la violence et a été suivie par le Djihad quelques années plus tard. Ces développements montrent que les groupes islamistes sont entrés dans un long processus de mutation s’écartant de la violence. « Il serait difficile de croire qu’un leader comme Sayed Imam puisse succomber à la pression ou même à la torture. Ces gens croient en effet qu’ils ont un message doctrinaire à délivrer. Dans ce contexte, il est difficile de croire à un marché conclu avec l’Etat », souligne Diaa Rachwane, spécialiste des questions islamistes au CEPS.

Le Djihad est l’un des deux principaux groupes armés clandestins en Egypte avec la Gamaa Islamiya. Il est responsable de plusieurs attentats sanglants dans les 1980 et 90. Plusieurs dirigeants du groupe se sont rendus en Afghanistan au milieu des années 1980 afin de lutter contre l’occupation soviétique de ce pays. En 1998, le Djihad emmené par Aymane Al-Zawahri forme avec Al-Qaëda le front mondial de lutte contre les juifs et les croisés. Les révisions de Sayed Imam sapent les fondements doctrinaires de Al-Qaëda. Amr Al-Chobaki pense que malgré l’importance historique de ces révisons, elles n’auront pas un grand impact sur Al-Qaëda. « Le but du Djihad était de renverser le pouvoir tandis que celui de Al-Qaëda consiste à lancer des attaques vengeresses contre certains pays impies. Je crois qu’il faut faire la différence entre les deux », conclut Al-Chobaki.

Chérine Abdel-Azim


 

Le Djihad et la Gamaa 

Les deux principaux groupes armés clandestins, la Gamaa islamiya et le Djihad, ont fait leur apparition dans les années 1970. Chacun de ces deux groupes avait ses propres mécanismes d’action. Ils avaient cependant le même slogan : l’ennemi proche (le gouvernement) est plus digne d’être combattu que l’ennemi lointain. Chacun avait sa façon de réagir. Par exemple, la Gamaa fondée avant le Djihad œuvrait dans les universités afin de mobiliser le plus grand nombre d’adeptes. En revanche, les membres du Djihad venaient pour la plupart de l’institution militaire. Cela explique leur utilisation des moyens sophistiqués comme les bombes à retardement et les attaques kamikazes alors que la Gamaa utilisait des moyens plus simples comme les mitrailleuses.

Les attentats du Djihad étaient dirigés contre les hauts responsables de l’Etat comme ceux perpétrés contre le premier ministre et le ministre de l’Intérieur en 1993. Alors que les attaques de la Gamaa étaient toujours dirigées contre de jeunes policiers ou bien visaient le secteur du tourisme qui a un rôle important dans l’économie égyptienne. C’est pour cette raison que la Gamaa était installée dans le sud de l’Egypte et s’est propagée vers les zones sauvages et les banlieues du Caire. Alors que le Djihad a commencé dans les gouvernorats et a été fondé officiellement au Caire. Mais en été de 1981, les deux groupes se sont mis d’accord sur la nécessité de se réunir pour réaliser un but commun : mettre fin au régime du président Sadate. Et ils se sont unis sous le nom de Gamaa Al-Djihad. Ce groupe a réussi le 6 octobre 1981 à assassiner Sadate. Mais cette union n’a pas duré longtemps et en 1984 des divergences ont eu lieu entre les membres emprisonnés des deux groupes sur plusieurs questions idéologiques. Mais le point de divergence le plus marquant a été celui sur l’émirat du groupe. Tandis la Gamaa trouvait que le cheikh aveugle Omar Abdel-Rahmane en était digne, le Djihad voulait Aboud Al-Zomor.

Chérine Abdel-Azim

 

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.