Al-Ahram Hebdo,Environnement | S’adapter ou apprendre à flotter !
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

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Environnement

Climat. L’édition 2007/2008 du Rapport Mondial sur le Développement Humain (RMDH) lancé le 5 décembre au Caire, confirme l’urgence de l’adaptation au changement climatique, notamment pour les pays en voie de développement. 

S’adapter ou apprendre à flotter ! 

« La lutte contre les changements climatiques : la solidarité humaine dans un monde divisé » est le titre du nouveau rapport du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD). Le rapport a voulu insister sur le fait que même si le monde est divisé, il est écologiquement interdépendant et par conséquent, il faut réfléchir à la meilleure façon de gérer ensemble ce défi.

L’impact humain et économique actuel du changement climatique dans le monde, les scénarios de l’avenir : peut-on éviter le pire ? Le changement climatique annulera-t-il les progrès enregistrés dans la lutte contre la pauvreté ? Et le coût de l’action contre le coût de l’inaction, qu’attend-on des médias ? Telles sont les questions que pose le rapport.

En effet, ce rapport intervient à un moment-clé des négociations visant à parvenir à un accord multilatéral pour l’après 2012, date à laquelle arrivera à terme la période d’engagement du protocole de Kyoto.

Pour Cécilia Ugaz, coordinatrice de la rédaction du rapport et conseillère principale pour les politiques au bureau du Rapport mondial sur le développement humain à New York, le RMDH apporte quelques bonnes nouvelles. Par exemple, le nombre de personnes qui survivent avec moins d’un dollar par jour a baissé de 29 % en 1990 à 18 % en 2004. 135 millions de personnes ont échappé à la pauvreté de 1999 à 2005. En ce qui concerne la mortalité des nouveaux-nés, elle est passée de 106 cas sur 1 000 à 83 cas sur 1 000 et ce de 1990 à 2004. Mais les bonnes nouvelles ne compensent pas les mauvaises.

Le rapport a relevé que l’effondrement des systèmes agricoles de plus en plus exposés à la sécheresse, à l’augmentation des températures va entraîner 600 millions de personnes supplémentaires dans la malnutrition. D’ici 2080, 1,8 milliard de personnes supplémentaires pourraient être victimes du stress hydrique. On prévoit aussi le déplacement de 332 millions de personnes vivant dans les zones côtières du fait des inondations et des tempêtes tropicales.

« Plus de 70 millions de personnes vivant au Bangladesh, 22 millions au Vietnam et 6 millions en Egypte, pourraient être touchées par des inondations dues au réchauffement de la planète », explique Cécilia Ugaz.

Afin d’éviter les changements climatiques dangereux, les auteurs du RMDH appellent les gouvernements à se fixer un objectif collectif. Ils prônent un seuil de 2° centigrades au-dessus des niveaux pré-industriels (le niveau actuel se situe à 0,7°C).

Mais pour limiter à 2° l’élévation des températures, il y a des mesures strictes qui doivent être prises. « Les pays développés devraient réduire leurs émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) d’au moins 80 % d’ici 2050 et de 30 % d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990. Quant aux pays en voie de développement, ils devraient réduire leurs émissions de 20 % d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990. A condition que ces réductions commencent à partir de 2020 et soient soutenues à travers la coopération internationale en matière de financement et de transfert des technologies à faible émission de carbone », préconise Cécilia Ugaz.

 

Défi plus grand pour les pays en développement

Faute d’agir de toute urgence pour atténuer les changements en cours, le monde ne pourra pas éviter un changement climatique dangereux. Les pays en développement sont confrontés à des défis d’adaptation bien plus rudes. Les inégalités en matière de capacité de s’adapter au changement climatique sont de plus en plus apparentes. Dans la partie riche du monde, l’adaptation consiste à construire des infrastructures sophistiquées de défense contre les aléas du climat. « En Hollande, qui est un pays très plat et souvent au-dessous du niveau de la mer, il y a des gens qui investissent déjà dans les maisons flottantes », indique Jean Fabre, directeur adjoint au bureau du PNUD à Genève.

Dans d’autres parties du monde, ce sont les habitants eux-mêmes qui doivent apprendre à flotter !

« Alexandrie, la ville égyptienne, est un exemple type. Elle est aussi menacée par la montée de la mer et même plus, toute la salinité de la mer va remonter à l’intérieur du fleuve. Pire encore, la salinisation du sol va exercer une grande difficulté à faire pousser quoi que ce soit », explique toujours Jean Fabre. Il est donc indispensable de prendre des mesures d’adaptation dès maintenant, donc il ne faut pas attendre que la catastrophe soit là, il faut prévenir pour éviter les dégâts humains, écologiques et financiers.

Il est à reconnaître que la planification de l’adaptation au changement climatique pose des problèmes sérieux aux gouvernements des pays en développement à plusieurs niveaux. En Egypte, l’inondation du Delta pourrait transformer le secteur agricole. Alors, pour répondre au changement climatique, il faudra intégrer l’adaptation dans tous les aspects de l’élaboration des politiques. Cependant, les capacités de planification des secteurs de l’information, de l’infrastructure et de l’assurance pour la protection sociale sont très limitées.

Donc, la nécessité d’une action internationale dans le domaine de l’adaptation est une exigence.

C’est pourquoi le rapport a avancé quelques recommandations-clés, comme mettre en place des politiques viables pour le budget du carbone. « Cela peut se réaliser en fixant un prix sur le carbone grâce à une taxe ou des programmes de marché de permis d’émission alignés sur les objectifs nationaux de budget du carbone », propose le Dr Mohamad Bayoumi, assistant du représentant du PNUD au Caire.

« Il est indispensable par ailleurs de renforcer le cadre de coopération internationale et ce en créant, par exemple, un fonds d’atténuation des changements climatiques pour mobiliser 25 à 50 milliards de dollars annuellement pour soutenir les transitions dans les pays en voie de développement », explique le Dr Bayoumi.

La dernière recommandation-clé du RMDH est de mettre l’adaptation au changement climatique au centre du cadre des accords post-Kyoto 2012 et des partenariats internationaux pour la réduction de la pauvreté.

A dire vrai, le nouveau rapport du PNUD est comme l’a qualifié Jean Fabre, un cadeau que le PNUD fait aux gouvernements, aux Médias, aux ONG et à tout le monde. Profitons-en.

Propos recueillis à Genève par Dalia Abdel-Salam

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3 questions à

Jean Fabre, directeur adjoint au bureau du PNUD à Genève. 

« Les médias doivent préparer le public à l’adaptation » 

Al-Ahram Hebdo : Quelle est la nouveauté du rôle des médias dans cette édition 2007/2008 du rapport ?

Jean Fabre : Ce que l’on a fait cette année, c’est une véritable étude en profondeur qui analyse la façon dont les médias ont traité du changement climatique jusqu’ici et l’influence qu’ils ont, positive ou négative, sur les gens, sur la situation et sur les mesures qui ont été prises ou qui n’ont pas été prises.

Et quel en est le bilan ?

— Les médias se sont intéressés au problème depuis longtemps mais au début, ils ont relativement peu couvert le sujet. Il y a 75 ans, en 1932, est apparu le premier article sur le sujet, c’était dans le New York Times et au début, la couverture de cette question était basée sur ce que les scientifiques disaient et puis, à partir des années 1980 et 90, la couverture s’est faite davantage en prenant ce que des individus avaient à dire sur le sujet, en essayant d’avoir une certaine objectivité et en opposant ceux qui pensent que les changements climatiques sont d’origine humaine à ceux qui pensent que le changement climatique est créé par la nature elle-même. Les médias ont donné très largement un point égal aux uns et aux autres sans se poser nécessairement la question de savoir si les uns ou les autres avançaient leurs arguments en fonction d’intérêt corporatiste ou s’ils regardaient vraiment l’intérêt général. Le résultat est qu’on a une population qui est souvent sceptique. Les gens recevant l’information ont l’impression que c’est un débat qui n’est pas tranché, alors que l’évidence scientifique est de plus en plus grande sur le fait que ces changements sont effectivement provoqués par l’activité humaine.

Qu’attendez-vous donc des médias ?

— C’est d’abord de traiter l’information un peu autrement que ce qu’ils font à l’heure actuelle. Les médias ont tendance à vouloir illustrer les problèmes à travers des exemples humains, ce qui rapproche les choses des gens et permet de mieux comprendre. Les médias doivent expliquer aux gens la nature du problème et en quoi ça les affecte, va affecter leurs enfants, affecter encore plus leurs petits-enfants, et donc il faut aujourd’hui agir et passer au-delà du plan local et relier les exemples locaux aux problèmes globaux. Nous souhaitons aussi que les médias commencent des investigations au plan local sur les mesures qui ont été prises pour faire face au réchauffement, sur les politiques qui sont en cours, sur les technologies qui sont utilisées et voir si elles sont compatibles avec la situation dans laquelle on est. Il faut aussi porter une attention aux mesures qui sont à prendre pour s’adapter, parce que si les médias n’en parlent pas, les mesures ne seront pas prises et on se trouvera pris au dépourvu par la suite. Les médias doivent commencer une opération de prévention contre les catastrophes auprès du public et le préparer à l’adaptation.

Dalia Abdel-Salam

 




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