Climat.
L’édition 2007/2008 du Rapport Mondial sur le Développement
Humain (RMDH) lancé le 5 décembre au Caire, confirme
l’urgence de l’adaptation au changement climatique,
notamment pour les pays en voie de développement.
S’adapter ou apprendre à flotter !
«
La lutte contre les changements climatiques : la solidarité
humaine dans un monde divisé » est le titre du nouveau
rapport du Programme des Nations-Unies pour le Développement
(PNUD). Le rapport a voulu insister sur le fait que même si
le monde est divisé, il est écologiquement interdépendant et
par conséquent, il faut réfléchir à la meilleure façon de
gérer ensemble ce défi.
L’impact humain et économique actuel du changement
climatique dans le monde, les scénarios de l’avenir :
peut-on éviter le pire ? Le changement climatique
annulera-t-il les progrès enregistrés dans la lutte contre
la pauvreté ? Et le coût de l’action contre le coût de
l’inaction, qu’attend-on des médias ? Telles sont les
questions que pose le rapport.
En effet, ce rapport intervient à un moment-clé des
négociations visant à parvenir à un accord multilatéral pour
l’après 2012, date à laquelle arrivera à terme la période
d’engagement du protocole de Kyoto.
Pour Cécilia Ugaz, coordinatrice de la rédaction du rapport
et conseillère principale pour les politiques au bureau du
Rapport mondial sur le développement humain à New York, le
RMDH apporte quelques bonnes nouvelles. Par exemple, le
nombre de personnes qui survivent avec moins d’un dollar par
jour a baissé de 29 % en 1990 à 18 % en 2004. 135 millions
de personnes ont échappé à la pauvreté de 1999 à 2005. En ce
qui concerne la mortalité des nouveaux-nés, elle est passée
de 106 cas sur 1 000 à 83 cas sur 1 000 et ce de 1990 à
2004. Mais les bonnes nouvelles ne compensent pas les
mauvaises.
Le rapport a relevé que l’effondrement des systèmes
agricoles de plus en plus exposés à la sécheresse, à
l’augmentation des températures va entraîner 600 millions de
personnes supplémentaires dans la malnutrition. D’ici 2080,
1,8 milliard de personnes supplémentaires pourraient être
victimes du stress hydrique. On prévoit aussi le déplacement
de 332 millions de personnes vivant dans les zones côtières
du fait des inondations et des tempêtes tropicales.
« Plus de 70 millions de personnes vivant au Bangladesh, 22
millions au Vietnam et 6 millions en Egypte, pourraient être
touchées par des inondations dues au réchauffement de la
planète », explique Cécilia Ugaz.
Afin d’éviter les changements climatiques dangereux, les
auteurs du RMDH appellent les gouvernements à se fixer un
objectif collectif. Ils prônent un seuil de 2° centigrades
au-dessus des niveaux pré-industriels (le niveau actuel se
situe à 0,7°C).
Mais pour limiter à 2° l’élévation des températures, il y a
des mesures strictes qui doivent être prises. « Les pays
développés devraient réduire leurs émissions de Gaz à Effet
de Serre (GES) d’au moins 80 % d’ici 2050 et de 30 % d’ici
2020 par rapport aux niveaux de 1990. Quant aux pays en voie
de développement, ils devraient réduire leurs émissions de
20 % d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990. A condition
que ces réductions commencent à partir de 2020 et soient
soutenues à travers la coopération internationale en matière
de financement et de transfert des technologies à faible
émission de carbone », préconise Cécilia Ugaz.
Défi plus grand pour les pays en développement
Faute d’agir de toute urgence pour atténuer les changements
en cours, le monde ne pourra pas éviter un changement
climatique dangereux. Les pays en développement sont
confrontés à des défis d’adaptation bien plus rudes. Les
inégalités en matière de capacité de s’adapter au changement
climatique sont de plus en plus apparentes. Dans la partie
riche du monde, l’adaptation consiste à construire des
infrastructures sophistiquées de défense contre les aléas du
climat. « En Hollande, qui est un pays très plat et souvent
au-dessous du niveau de la mer, il y a des gens qui
investissent déjà dans les maisons flottantes », indique
Jean Fabre, directeur adjoint au bureau du PNUD à Genève.
Dans d’autres parties du monde, ce sont les habitants
eux-mêmes qui doivent apprendre à flotter !
« Alexandrie, la ville égyptienne, est un exemple type. Elle
est aussi menacée par la montée de la mer et même plus,
toute la salinité de la mer va remonter à l’intérieur du
fleuve. Pire encore, la salinisation du sol va exercer une
grande difficulté à faire pousser quoi que ce soit »,
explique toujours Jean Fabre. Il est donc indispensable de
prendre des mesures d’adaptation dès maintenant, donc il ne
faut pas attendre que la catastrophe soit là, il faut
prévenir pour éviter les dégâts humains, écologiques et
financiers.
Il est à reconnaître que la planification de l’adaptation au
changement climatique pose des problèmes sérieux aux
gouvernements des pays en développement à plusieurs niveaux.
En Egypte, l’inondation du Delta pourrait transformer le
secteur agricole. Alors, pour répondre au changement
climatique, il faudra intégrer l’adaptation dans tous les
aspects de l’élaboration des politiques. Cependant, les
capacités de planification des secteurs de l’information, de
l’infrastructure et de l’assurance pour la protection
sociale sont très limitées.
Donc, la nécessité d’une action internationale dans le
domaine de l’adaptation est une exigence.
C’est pourquoi le rapport a avancé quelques
recommandations-clés, comme mettre en place des politiques
viables pour le budget du carbone. « Cela peut se réaliser
en fixant un prix sur le carbone grâce à une taxe ou des
programmes de marché de permis d’émission alignés sur les
objectifs nationaux de budget du carbone », propose le Dr
Mohamad Bayoumi, assistant du représentant du PNUD au Caire.
« Il est indispensable par ailleurs de renforcer le cadre de
coopération internationale et ce en créant, par exemple, un
fonds d’atténuation des changements climatiques pour
mobiliser 25 à 50 milliards de dollars annuellement pour
soutenir les transitions dans les pays en voie de
développement », explique le Dr Bayoumi.
La dernière recommandation-clé du RMDH est de mettre
l’adaptation au changement climatique au centre du cadre des
accords post-Kyoto 2012 et des partenariats internationaux
pour la réduction de la pauvreté.
A dire vrai, le nouveau rapport du PNUD est comme l’a
qualifié Jean Fabre, un cadeau que le PNUD fait aux
gouvernements, aux Médias, aux ONG et à tout le monde.
Profitons-en.
Propos recueillis à Genève par Dalia Abdel-Salam