Inondation.
Pour cause de montée des eaux et d’absence de réseaux
d’égouts, deux villages de Guiza vivent depuis des semaines
les pieds dans l’eau. Un problème récurrent au moment où 4
50 villages manquent d’infrastructures sanitaires.
Reportage.
A défaut d’égout, ramez !
Cela
fait trois mois que les habitants du village Fahmiya à Guiza
souffrent d’une montée grandissante d’eau souterraine. Ce
petit village est séparé du Nil par l’autoroute. En
sillonnant ses ruelles, on constate que les rez-de-chaussée
et le premier étage de toutes les habitations sans exception
sont envahis par les eaux. Les échoppes et les mini-marchés
n’ont pas échappé à cette crue qui a par ailleurs inondé les
terrains agricoles du village. Les habitants ont retroussé
leurs manches, les femmes aussi bien que les hommes, versant
tant bien que mal des sacs de sable pour tenter d’endiguer
les torrents d’eau. Même les enfants participent à ce boulot
qui devient une tâche quotidienne depuis septembre dernier.
Date du début du cauchemar dans lequel vivent
jusqu’aujourd’hui quelque 20 000 habitants. Bien qu’habitués
à cette montée des eaux saisonnière due à la crue des eaux
du Nil, ces derniers font face cette année à une vraie
catastrophe. « J’avais acheté une trentaine de sacs de
sable, autrefois c’était suffisant, mais cette année, l’eau
ne cesse de monter. J’ai dû aller acheter une cinquantaine
de sacs supplémentaires pour barricader les lieux mais en
vain », raconte Mona Dessouqi qui a investi la petite somme
de 150 L.E. dans son initiative. Mona fut surprise
d’apprendre que son cas n’était pas unique et que tous les
habitants de son village sont aux prises avec le même
danger. Jour après jour, le niveau de l’eau augmente et les
habitants ont fini par reconnaître les limites de leurs
efforts. Ceux qui résident dans des habitations de deux
étages, ont déserté le premier et transporté leurs meubles
au deuxième étage. Ceux qui n’ont pas un deuxième étage sont
les plus malheureux, certains ont dû aller loger chez des
parents, ou louer des maisons à l’extérieur du village. Mais
la majorité n’appartient à aucune de ces deux catégories,
aucun choix donc ne lui est offert que de continuer à lutter
contre les eaux.
Ce n’est que depuis deux semaines seulement que les
responsables ont réagi. « Nous avons présenté des plaintes
auprès de la municipalité et contacté nos deux députés
parlementaires, lesquels d’ailleurs sont issus du PND, pour
que les responsables viennent à notre secours. Le lendemain,
une commission technique composée de membres des ministères
de l’Habitat, de l’Agriculture et de l’Irrigation est venue
voir la situation sur le terrain. Ils ont décidé de creuser
un canal pour évacuer ses eaux vers le Nil », souligne le
maire du village, Ahmad Mansour.
Le ministère de la Solidarité sociale a été le grand absent
de cette commission. Bien que 91 familles soient victimes de
ce désastre, aucune n’a été indemnisée par le ministère,
d’après le président de la municipalité, Eweis Al-Sayed. «
Ils nous affirment qu’il ne s’agit pas d’un tremblement de
terre, mais d’un problème provisoire qui a besoin de temps
pour être résolu », répète Al-Sayed sur un ton critique.
Pour les habitants, c’est lui le responsable en tant que
représentant de l’exécutif. Il explique que le village n’est
pas doté d’un réseau de drainage sanitaire. Le réseau promis
en 2005 par le gouvernement et qui aurait dû être achevé
cette année, reste un projet. « Ce genre de projets
rencontre beaucoup d’obstacles non seulement au niveau
financier mais aussi au niveau bureaucratique. Les travaux
s’interrompent à chaque remaniement ministériel ou
changement de gouverneur », dénonce encore le président de
la municipalité. Dans un village voisin, l’installation d’un
réseau de drainage a commencé en 1983 pour se terminer en
2001, rappelle-t-il pour suggérer que la solution ne sera
pas pour demain. 4 500 villages sur les 7 000 d’Egypte sont
privés de réseaux sanitaires et 40 % des citoyens en sont
privés.
Chorafa dans les eaux usées
A quelques kilomètres plus loin de Fahmiya, le village
Chorafa vit un problème encore plus grave. Ici, ce n’est
plus les eaux d’une crue, mais les eaux immondes provenant
d’un bassin géant situé à 3 kilomètres du village et conçu
pour collecter les eaux usées du Grand Caire. L’origine du
problème est à chercher dans le réseau de tuyaux conduisant
ses eaux, après leur traitement, vers le Nil, qui passe sous
le village. « Le problème est que le bassin à proximité du
village achemine quotidiennement de 55 000 m3 d’eau traitée
dans le Nil. Après le blocage du réseau de tuyaux, cette
même quantité d’eau est directement déversée chaque jour
dans le village », affirme un haut responsable au ministère
de l’Irrigation.
Une odeur nauséabonde plane sur le village. La boue et l’eau
polluée dévastent les lieux. « Beaucoup de bâtiments, déjà
précaires, ont été sévèrement touchés et représentent un
risque pour ceux qui y habitent. 350 familles ont déserté
leurs maisons laissant derrière eux meubles et appareils
électroménagers ... tout ce qu’ils possèdent », s’indigne le
maire du village, Hamdi Okacha. Il énumère les dégâts :
l’une des deux écoles du village a fermé ses portes, l’unité
sanitaire n’est plus opérationnelle, la vie agricole s’est
arrêtée avec 1 850 feddans complètement détériorés ... la
liste est longue.
Sauter de pierre en pierre pour traverser une rue inondée,
voici le quotidien des habitants. Ils ont dressé des tas de
pierres en guise de passerelle au-dessus des eaux qui
peuvent atteindre un niveau de 50 cm. « Nous perdons parfois
notre équilibre en marchant sur ces pierres, notamment les
femmes et les personnes âgées. Tomber dans ces eaux polluées
peut provoquer des allergies et des maladies respiratoires
», lâche Adel Abdel-Alim, instituteur au village.
Les habitants ont envoyé des plaintes au gouverneur de Guiza
et au premier ministre. « On s’est contenté de nous envoyer
des pompiers, mais les eaux ne cessent d’augmenter »,
dénonce encore le maire. Pour faire entendre leurs voix, les
habitants menacent de descendre dans la rue. « Au cas où
notre problème ne serait pas résolu, nous allons organiser
un sit-in sur l’autoroute reliant Le Caire à la Haute-Egypte.
C’est notre unique moyen pour que les autorités répondent à
nos demandes », menacent les villageois.
Héba
Nasreddine