Al-Ahram Hebdo, Enquête | A défaut d’égout, ramez !
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

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Enquête

Inondation. Pour cause de montée des eaux et d’absence de réseaux d’égouts, deux villages de Guiza vivent depuis des semaines les pieds dans l’eau. Un problème récurrent au moment où 4 50 villages manquent d’infrastructures sanitaires. Reportage.

A défaut d’égout, ramez !

Cela fait trois mois que les habitants du village Fahmiya à Guiza souffrent d’une montée grandissante d’eau souterraine. Ce petit village est séparé du Nil par l’autoroute. En sillonnant ses ruelles, on constate que les rez-de-chaussée et le premier étage de toutes les habitations sans exception sont envahis par les eaux. Les échoppes et les mini-marchés n’ont pas échappé à cette crue qui a par ailleurs inondé les terrains agricoles du village. Les habitants ont retroussé leurs manches, les femmes aussi bien que les hommes, versant tant bien que mal des sacs de sable pour tenter d’endiguer les torrents d’eau. Même les enfants participent à ce boulot qui devient une tâche quotidienne depuis septembre dernier. Date du début du cauchemar dans lequel vivent jusqu’aujourd’hui quelque 20 000 habitants. Bien qu’habitués à cette montée des eaux saisonnière due à la crue des eaux du Nil, ces derniers font face cette année à une vraie catastrophe. « J’avais acheté une trentaine de sacs de sable, autrefois c’était suffisant, mais cette année, l’eau ne cesse de monter. J’ai dû aller acheter une cinquantaine de sacs supplémentaires pour barricader les lieux mais en vain », raconte Mona Dessouqi qui a investi la petite somme de 150 L.E. dans son initiative. Mona fut surprise d’apprendre que son cas n’était pas unique et que tous les habitants de son village sont aux prises avec le même danger. Jour après jour, le niveau de l’eau augmente et les habitants ont fini par reconnaître les limites de leurs efforts. Ceux qui résident dans des habitations de deux étages, ont déserté le premier et transporté leurs meubles au deuxième étage. Ceux qui n’ont pas un deuxième étage sont les plus malheureux, certains ont dû aller loger chez des parents, ou louer des maisons à l’extérieur du village. Mais la majorité n’appartient à aucune de ces deux catégories, aucun choix donc ne lui est offert que de continuer à lutter contre les eaux.

Ce n’est que depuis deux semaines seulement que les responsables ont réagi. « Nous avons présenté des plaintes auprès de la municipalité et contacté nos deux députés parlementaires, lesquels d’ailleurs sont issus du PND, pour que les responsables viennent à notre secours. Le lendemain, une commission technique composée de membres des ministères de l’Habitat, de l’Agriculture et de l’Irrigation est venue voir la situation sur le terrain. Ils ont décidé de creuser un canal pour évacuer ses eaux vers le Nil », souligne le maire du village, Ahmad Mansour.

Le ministère de la Solidarité sociale a été le grand absent de cette commission. Bien que 91 familles soient victimes de ce désastre, aucune n’a été indemnisée par le ministère, d’après le président de la municipalité, Eweis Al-Sayed. « Ils nous affirment qu’il ne s’agit pas d’un tremblement de terre, mais d’un problème provisoire qui a besoin de temps pour être résolu », répète Al-Sayed sur un ton critique. Pour les habitants, c’est lui le responsable en tant que représentant de l’exécutif. Il explique que le village n’est pas doté d’un réseau de drainage sanitaire. Le réseau promis en 2005 par le gouvernement et qui aurait dû être achevé cette année, reste un projet. « Ce genre de projets rencontre beaucoup d’obstacles non seulement au niveau financier mais aussi au niveau bureaucratique. Les travaux s’interrompent à chaque remaniement ministériel ou changement de gouverneur », dénonce encore le président de la municipalité. Dans un village voisin, l’installation d’un réseau de drainage a commencé en 1983 pour se terminer en 2001, rappelle-t-il pour suggérer que la solution ne sera pas pour demain. 4 500 villages sur les 7 000 d’Egypte sont privés de réseaux sanitaires et 40 % des citoyens en sont privés.

 

Chorafa dans les eaux usées

A quelques kilomètres plus loin de Fahmiya, le village Chorafa vit un problème encore plus grave. Ici, ce n’est plus les eaux d’une crue, mais les eaux immondes provenant d’un bassin géant situé à 3 kilomètres du village et conçu pour collecter les eaux usées du Grand Caire. L’origine du problème est à chercher dans le réseau de tuyaux conduisant ses eaux, après leur traitement, vers le Nil, qui passe sous le village. « Le problème est que le bassin à proximité du village achemine quotidiennement de 55 000 m3 d’eau traitée dans le Nil. Après le blocage du réseau de tuyaux, cette même quantité d’eau est directement déversée chaque jour dans le village », affirme un haut responsable au ministère de l’Irrigation.

Une odeur nauséabonde plane sur le village. La boue et l’eau polluée dévastent les lieux. « Beaucoup de bâtiments, déjà précaires, ont été sévèrement touchés et représentent un risque pour ceux qui y habitent. 350 familles ont déserté leurs maisons laissant derrière eux meubles et appareils électroménagers ... tout ce qu’ils possèdent », s’indigne le maire du village, Hamdi Okacha. Il énumère les dégâts : l’une des deux écoles du village a fermé ses portes, l’unité sanitaire n’est plus opérationnelle, la vie agricole s’est arrêtée avec 1 850 feddans complètement détériorés ... la liste est longue.

Sauter de pierre en pierre pour traverser une rue inondée, voici le quotidien des habitants. Ils ont dressé des tas de pierres en guise de passerelle au-dessus des eaux qui peuvent atteindre un niveau de 50 cm. « Nous perdons parfois notre équilibre en marchant sur ces pierres, notamment les femmes et les personnes âgées. Tomber dans ces eaux polluées peut provoquer des allergies et des maladies respiratoires », lâche Adel Abdel-Alim, instituteur au village.

Les habitants ont envoyé des plaintes au gouverneur de Guiza et au premier ministre. « On s’est contenté de nous envoyer des pompiers, mais les eaux ne cessent d’augmenter », dénonce encore le maire. Pour faire entendre leurs voix, les habitants menacent de descendre dans la rue. « Au cas où notre problème ne serait pas résolu, nous allons organiser un sit-in sur l’autoroute reliant Le Caire à la Haute-Egypte. C’est notre unique moyen pour que les autorités répondent à nos demandes », menacent les villageois.

Héba Nasreddine

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