Médias.
Le service arabe de la BBC célèbre aujourd’hui, au Caire,
avec élégance et en présence de hautes personnalités, son
70e anniversaire, en attendant un prochain lancement de son
émission télévisée.
Le choix de l’objectivité
Big
Ben sonne 9h. « Honna London »
(ici Londres), annonce avec une voix à la fois profonde et
veloutée le speaker de la BBC. Une voix qui, au fil des
années, est devenue synonyme de cette onde courte, que les
Egyptiens préfèrent surnommer
Radio London. Sur les cafés du Caire, les clients se taisent
à la première sonnerie de la grande cloche du
Clock Tower
de Westminester. Ils tendent les
oreilles à l’écoute d’une radio qui s’est procuré pendant
longtemps le monopole de l’objectivité, même si au début ce
n’était pas le but visé.
C’était un jour de janvier, la British
Braoadcasting Corporation décide de lancer son
service en arabe, le premier en langue étrangère. C’était au
temps de l’entre-deux guerres. La propagande italienne en
langue arabe battait son plein. « L’honneur de la
Grande-Bretagne était ébranlé et son prestige au
Proche-Orient touché », dit l’historien
Younane Labib
Rizq. Les Britanniques ne
voulaient pas rester silencieux, ils lancent l’Arabe et «
c’était le début d’une guerre parallèle à celle des
tranchées ». Le lendemain de son lancement, le
Giornale d’Italia
ne ménage pas ses critiques et y voit même « une
offensive contre l’Italie ». Le Daily
Telegrahp riposte et affirme que
« le bulletin arabe de la BBC serait aussi précis qu’honnête
». Ce qui a été vraiment le cas. Au premier jour, seules 15
minutes, et le lendemain, la transmission passe à 55
minutes. On l’écoute au Yémen, en Syrie, en Turquie. En
Egypte, « les Egyptiens étaient peu enthousiastes face aux
horaires des bulletins qui interféraient avec celui de la
diffusion du Coran par Radio Le Caire », affirme
l’historien.
Le speaker présente la nouvelle radio, elle mélangera infos,
musique et interviews. Un morceau de musique indienne suivi
d’une égyptienne. Le premier bulletin suscite
immédiatement une grave polémique
dans le Royaume-Uni. « Un Arabe palestinien a été exécuté
sur ordre du tribunal militaire britannique », annonce le
speaker. A ce moment-là, l’ambassadeur britannique en Arabie
saoudite était l’invité du roi Abdel-Aziz pour témoigner de
la naissance de la jeune onde. « A l’intérieur de la tente,
nous nous sommes tous tus et dispersés sans un seul mot »,
écrit plus tard l’ambassadeur. L’Empire britannique
commençait à douter de l’utilité de diffuser une info «
vraie », mais qui nuirait aux intérêts britanniques. La BBC
opterait finalement pour l’indépendance. Le défi majeur
était en 1956, lorsque le gouvernement voulait s’en servir
pour sa propre propagande contre Nasser. Le président
égyptien venait de nationaliser le Canal de Suez et les
Britanniques orchestraient une offensive tripartite avec la
France et Israël contre les Egyptiens. Nasser qui, lui
aussi, est un auditeur fidèle de la BBC, comme l’a affirmé
plus tard son directeur de bureau, Sami Charaf, apprend la
leçon et décide de lancer la Voix des Arabes, pour
contourner les « missionnaires de la guerre ».
Mais cette guerre froide s’est poursuivie de plus belle lors
de la guerre de juin 1967 et au lendemain de celle-ci.
Ecouter la BBC était une sorte de trahison. Finalement avec
l’apaisement politique, la BBC figura de nouveau au tableau
d’honneur.
La Britannique continue, et en dépit du succès de la Voix
des Arabes, à attirer les Egyptiens. Ils tentent sans cesse
de trouver l’onde qui devenait de plus en plus faible. Les
radios devenaient multiples. Dans le Golfe, la « Sawa »
américaine est plus forte à capter surtout et en audience
par la MBC FM. En Egypte, la radio a reculé devant une
invasion de télé satellitaire. La radio ne fait plus partie
de la culture des jeunes Egyptiens. La radio d’infos au
moins. Les chansons prennent le devant dans tout un nouveau
contexte : « radio de voiture ». C’est désormais au volant
que les Egyptiens écoutent « le vieil » outil de média. Et
là aussi la chanson règne : Nogoum FM ou Radio Aghani !
Elle a toujours ses fidèles, mais peut-être moins nombreux.
La « Londonienne » en est consciente. 75 ans après le
lancement de son service mondial et 70 ans après celui en
arabe, la BBC est en plein défi. Elle s’apprête à une
nouvelle aventure, une télé en arabe. Elle sera la dernière
à arriver sur le marché derrière les Américains, les
Allemands, les Français et même les Russes. Mais avec ses
lettres de noblesse fondées sur la neutralité, elle compte
s’élever sur la première marche du podium.
Samar
Al-Gamal