Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le choix de l’objectivité
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

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Egypte

Médias. Le service arabe de la BBC célèbre aujourd’hui, au Caire, avec élégance et en présence de hautes personnalités, son 70e anniversaire, en attendant un prochain lancement de son émission télévisée.  

Le choix de l’objectivité 

Big Ben sonne 9h. « Honna London » (ici Londres), annonce avec une voix à la fois profonde et veloutée le speaker de la BBC. Une voix qui, au fil des années, est devenue synonyme de cette onde courte, que les Egyptiens préfèrent surnommer Radio London. Sur les cafés du Caire, les clients se taisent à la première sonnerie de la grande cloche du Clock Tower de Westminester. Ils tendent les oreilles à l’écoute d’une radio qui s’est procuré pendant longtemps le monopole de l’objectivité, même si au début ce n’était pas le but visé.

C’était un jour de janvier, la British Braoadcasting Corporation décide de lancer son service en arabe, le premier en langue étrangère. C’était au temps de l’entre-deux guerres. La propagande italienne en langue arabe battait son plein. « L’honneur de la Grande-Bretagne était ébranlé et son prestige au Proche-Orient touché », dit l’historien Younane Labib Rizq. Les Britanniques ne voulaient pas rester silencieux, ils lancent l’Arabe et « c’était le début d’une guerre parallèle à celle des tranchées ». Le lendemain de son lancement, le Giornale d’Italia ne ménage  pas ses critiques et y voit même « une offensive contre l’Italie ». Le Daily Telegrahp riposte et affirme que « le bulletin arabe de la BBC serait aussi précis qu’honnête ». Ce qui a été vraiment le cas. Au premier jour, seules 15 minutes, et le lendemain, la transmission passe à 55 minutes. On l’écoute au Yémen, en Syrie, en Turquie. En Egypte, « les Egyptiens étaient peu enthousiastes face aux horaires des bulletins qui interféraient avec celui de la diffusion du Coran par Radio Le Caire », affirme l’historien.

Le speaker présente la nouvelle radio, elle mélangera infos, musique et interviews. Un morceau de musique indienne suivi d’une égyptienne. Le premier bulletin suscite immédiatement une grave polémique dans le Royaume-Uni. « Un Arabe palestinien a été exécuté sur ordre du tribunal militaire britannique », annonce le speaker. A ce moment-là, l’ambassadeur britannique en Arabie saoudite était l’invité du roi Abdel-Aziz pour témoigner de la naissance de la jeune onde. « A l’intérieur de la tente, nous nous sommes tous tus et dispersés sans un seul mot », écrit plus tard l’ambassadeur. L’Empire britannique commençait à douter de l’utilité de diffuser une info « vraie », mais qui nuirait aux intérêts britanniques. La BBC opterait finalement pour l’indépendance. Le défi majeur était en 1956, lorsque le gouvernement voulait s’en servir pour sa propre propagande contre Nasser. Le président égyptien venait de nationaliser le Canal de Suez et les Britanniques orchestraient une offensive tripartite avec la France et Israël contre les Egyptiens. Nasser qui, lui aussi, est un auditeur fidèle de la BBC, comme l’a affirmé plus tard son directeur de bureau, Sami Charaf, apprend la leçon et décide de lancer la Voix des Arabes, pour contourner les « missionnaires de la guerre ».

Mais cette guerre froide s’est poursuivie de plus belle lors de la guerre de juin 1967 et au lendemain de celle-ci. Ecouter la BBC était une sorte de trahison. Finalement avec l’apaisement politique, la BBC figura de nouveau au tableau d’honneur.

La Britannique continue, et en dépit du succès de la Voix des Arabes, à attirer les Egyptiens. Ils tentent sans cesse de trouver l’onde qui devenait de plus en plus faible. Les radios devenaient multiples. Dans le Golfe, la « Sawa » américaine est plus forte à capter surtout et en audience par la MBC FM. En Egypte, la radio a reculé devant une invasion de télé satellitaire. La radio ne fait plus partie de la culture des jeunes Egyptiens. La radio d’infos au moins. Les chansons prennent le devant dans tout un nouveau contexte : « radio de voiture ». C’est désormais au volant que les Egyptiens écoutent « le vieil » outil de média. Et là aussi la chanson règne : Nogoum FM ou Radio Aghani !

Elle a toujours ses fidèles, mais peut-être moins nombreux. La « Londonienne » en est consciente. 75 ans après le lancement de son service mondial et 70 ans après celui en arabe, la BBC est en plein défi. Elle s’apprête à une nouvelle aventure, une télé en arabe. Elle sera la dernière à arriver sur le marché derrière les Américains, les Allemands, les Français et même les Russes. Mais avec ses lettres de noblesse fondées sur la neutralité, elle compte s’élever sur la première marche du podium.

Samar Al-Gamal

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