Al-Ahram Hebdo, Egypte | Premiers signes d’un nouveau temps 
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 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

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Egypte

Tortures. Deux verdicts sévères prononcés la semaine dernière contre des policiers viennent soulager l’opinion publique. Même si de nombreuses autres affaires restent encore classées sans suite.  

Premiers signes d’un nouveau temps  

Le 27 novembre, trois policiers impliqués dans un crime de torture ont été condamnés à 7 ans de prison ferme et, par conséquent, démis de leurs fonctions. Selon le Parquet général, les accusés ont arrêté sans motif un citoyen et l’ont torturé jusqu’à la mort. Ils ont par ailleurs été accusés d’avoir falsifié l’autorisation du Parquet de perquisitionner au domicile de la victime. Le Parquet s’est basé sur le rapport du médecin légiste qui a mentionné l’existence de blessures, de fractures mortelles et d’hémorragie interne. Il a également prouvé que la victime a été frappée à la tête par un instrument solide. Ce qui a choqué le plus dans cette histoire, c’est que la victime n’était accusée d’aucun crime et que la police cherchait seulement à exercer des pressions sur son frère, un délinquant en fuite, pour l’obliger à se rendre.

L’affaire, qui a eu lieu dans le gouvernorat de Mansoura, dans le village de Telbana, remonte au mois de juin dernier, lorsque la police fait une descente chez Nasser Al-Saïdi, 35 ans, et le roue violemment de coups au vu des habitants du village avant de le conduire au commissariat de police, où il subit d’autres sévices. Hospitalisé dans un état critique, il est décédé 24 heures plus tard. La séquence vidéo, prise alors qu’il rendait l’âme, et diffusée sur plusieurs chaînes satellites, n’a fait qu’envenimer le ressentiment de l’opinion publique contre l’institution policière.

Le 6 novembre, un premier verdict prononcé contre le lieutenant Islam Nabih, policier au commissariat de Boulaq Al-Dakrour, au Caire, et un sous-officier avait partiellement soulagé l’opinion. Tous deux ont été condamnés à trois ans de prison ainsi qu’à une amende pour avoir torturé un chauffeur de microbus, lui aussi détenu sans motif, et agressé sexuellement. Il s’agit de la fameuse affaire Emad Al-Kabir, dévoilée en janvier 2006 grâce à la vidéo d’un téléphone portable. Pour la première fois, des images de torture et d’agression sexuelle pratiquées sur une victime avaient été diffusées sur Internet.

De son côté, le ministre de l’Intérieur, Habib Al-Adeli, a toujours qualifié ces actes de « dérives individuelles qui ne représentent pas la politique du ministère », tout en promettant de punir tout agent de police impliqué dans de tels actes. Des déclarations qui sont réitérées à l’issue de chaque affaire de torture dévoilée ...

 

Pratique jugée systématique

Reste à savoir si le recours de plus en plus fréquent à la justice suffira à limiter les cas de torture dans les commissariats de police. Une pratique jugée systématique par les organisations de défense des droits de l’homme. Selon Mohamad Zarée, responsable au Centre d’aide des prisonniers, l’impact de ces jugements sans précédent sera considérable. « Autrefois, les peines variaient entre six mois et un an de prison avec sursis et dans la plupart des cas, on se contentait d’imposer une amende. C’est pour cela qu’après ces dernières condamnations, les policiers hésiteront à commettre de tels actes car ils risqueront non seulement la peine de prison, mais aussi de ruiner leur carrière », estime Zarée.

Il estime également que le ministère de l’Intérieur est sérieux dans sa lutte contre les dérives des policiers. Mais cela ne réduit pas l’importance de s’attaquer aux racines du problème. Si ces pratiques reflètent une détérioration du niveau professionnel des policiers et agents de sécurité qui ont recours à ces pratiques comme le moyen le plus facile pour arracher des aveux à des suspects, il faut chercher à améliorer leur formation professionnelle et à leur fournir des moyens financiers et techniques leur permettant de mener à bien les investigations dont ils sont chargés.

Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH), se félicite de ces verdicts qui ont sans doute rassuré la société. Un pas pour aider à faire comprendre que les services de sécurité ne représentent pas une autorité divine et que le citoyen peut enfin espérer avoir un droit de regard sur leurs activités. Pour lui, c’est bien le fruit des efforts déployés par les organisations des droits de l’homme et des campagnes médiatiques. Mais selon Seada, la torture qui représente un phénomène persistant ne s’arrêtera pas grâce à ces deux verdicts : « Ces procès ont été instrumentalisés pour manipuler l’opinion publique. Mais il existe des centaines de cas de torture dont personne n’entend parler. Les plaintes des victimes sont souvent négligées et finissent par être classées ».

Il rappelle que son organisation avait présenté en 2003 un projet d’amendement du code pénal pour durcir les peines dans les crimes de torture en conformité avec la charte internationale pour la lutte contre la torture ratifiée par l’Egypte. « Si l’Etat prend au sérieux le respect des droits de l’homme et met un terme aux abus sécuritaires, l’ensemble des lois offrant un terrain fertile à la torture doivent être reconsidérées », conclut Abou-Seada.

May Al-Maghrabi

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