Réformes.
Abdelhamid Temmar, ministre
algérien de l’Industrie et de la Promotion des
investissements, a assisté à la 2e rencontre MENA-OCDE,
tenue au Caire les 27 et 28 novembre. Il dresse le bilan de
l’ouverture économique en cours de son pays et expose les
prochaines mesures.
« En Algérie, l’investissement est libre, sans aucune
restriction »
Al-Ahram
Hebdo : L’Algérie libéralise depuis quelques années son
économie après une longue période de fermeture et de
violences internes. Comment cela a-t-il été entrepris ?
Abdelhamid Temmar :
Oui, la transformation a commencé il y a 10 ans. Pour cela,
il fallait d’abord assurer la stabilité politique et
sociale, car nous étions sortis des années 1990, d’une
situation très difficile. Nous avons dépensé quelque 30
milliards de US$ pour le développement local dans certaines
régions et pour garantir le calme. Nous avons partiellement
reconstruit les infrastructures indispensables. Il y avait
des écoles qu’il fallait ouvrir. Il fallait donner aux
pauvres et aux plus démunis la possibilité de reprendre
leurs activités. Mais pour conserver la stabilité sociale,
il fallait aussi de la stabilité macro-économique et c’est
ce que nous avons fait de 2000 à 2004. Pour cela, le cours
élevé du pétrole nous a bien aidés.
— Cette performance a-t-elle donc été possible grâce au
pétrole ?
— Pour arriver à la stabilité économique, la balance des
paiements et le budget doivent être équilibrés, le taux de
change doit être aussi stable que possible, tout comme
l’inflation, et ainsi de suite. Pour cela, le pétrole a été
très important. Puis, nous avons démarré les grandes
transformations structurelles. A savoir, moderniser le
système financier, ouvrir le marché des capitaux, régler le
problème de propriété des terrains. Nous commençons à nous
occuper de la production pour également stabiliser le marché
des biens et services. Nous avons ainsi promulgué une
nouvelle loi sur l’investissement, qui est devenue l’une des
plus modernes de la sous-région. Nous avons repris la
privatisation du secteur public. De plus, nous avons entamé,
depuis un an et demi, un programme de mise à niveau de nos
entreprises.
— Avec toutes ces réalisations, le programme des réformes
semble sans fin ...
— Oui, car ce n’est pas suffisant. Nous avons avant tout
besoin de ressources humaines qualifiées. Alors, nous avons
dépensé près de 6 milliards de US$ uniquement pour
moderniser nos universités et envoyer des étudiants à
l’étranger. Nous dépensons actuellement quelque chose comme
140 milliards de dollars dans l’infrastructure, l’eau, la
construction, les routes, les autoroutes, les ports, les
aéroports, l’électricité et le gaz. Et ce n’est pas toujours
suffisant. A côté, il faut réformer l’administration
publique parce que la transformation pour mettre le secteur
privé en avant, pour libéraliser l’économie, est faite par
l’Etat, le gouvernement. Donc, il faut des agences de l’Etat
qui soient aussi efficaces que possible. C’est un grand
problème que nous n’arrivons pas encore à résoudre, car il
faut là changer les mentalités.
— Qu’en est-il du chômage, le plus grand défi des pays
arabes ?
— Notre taux de chômage en 2000 s’élevait à 31 %, alors que
cette année il est à 11 %, soit le même que le taux de la
sous-région.
— Mais les privatisations n’ont-elles pas négativement
influencé le taux de chômage ?
— J’ai un aveu à faire à vos lecteurs : j’ai perdu mon poste
de ministre de la Privatisation il y a quelque temps parce
que justement les populations pensaient que cela allait se
produire. Mais maintenant que nous avons privatisé quelque
350 entreprises en 24 mois, on s’aperçoit que nous n’avons
pas perdu d’emplois, mais qu’au contraire, il y a plus de
recrutement dans les entreprises. En plus, quand on vend une
entreprise, ses dettes sont achetées par le nouveau
propriétaire. Et maintenant dans les syndicats, qui sont
forts, tout le monde est pour la privatisation.
— Y a-t-il des secteurs exclus du programme de
privatisation ?
— Non. Et je veux dire qu’en Algérie par rapport à d’autres
pays de la région, quand un investisseur étranger vient,
nous ne lui demandons pas de garant algérien. En Algérie,
l’investissement est libre, sans aucune restriction. Vous
allez là où vous voulez comme vous voulez, pour le montant
que vous voulez.
— Et comment les investisseurs en général et les
étrangers en particulier ont-ils réagi à vos réformes ?
— En 22 mois, après la promulgation de la loi sur
l’investissement, l’investissement hors pétrole a
pratiquement doublé. Nous avons des investissements
anglo-américains dans le domaine du pétrole. Mais nous avons
également des investisseurs à partir de plusieurs pays
européens, des investisseurs turcs et beaucoup
d’investisseurs arabes. Nous avons un grand producteur
égyptien d’acier qui va bientôt s’installer en Algérie, qui
est le groupe Ezz. Nous sommes actuellement en phase de
discussion.
— Certains investisseurs chinois ou même égyptiens
installés en Algérie ont amené avec eux une partie de leur
main-d’œuvre. La main-d’œuvre algérienne souffre-t-elle d’un
manque de formation ?
— Je ne crois pas. De tous les pays du Maghreb, nous avons
été pendant un temps les plus industrialisés. Je crois que
seule la main-d’œuvre de certaines activités a un besoin de
formation supplémentaire pour gagner en expertise.
— Comme dans le secteur touristique, où le potentiel de
votre pays est vraiment sous-exploité ...
— Concernant le tourisme, nous avons vraiment commencé à
nous y investir il y a 2 ans. Nous avons privatisé tous nos
hôtels et discutons maintenant de la réalisation de grands
projets arabes. Il s’agit de deux ou trois milliards de
dollars par projet. Et nous relançons maintenant tous les
petits hôtels. Nous en sommes juste au début et bien sûr nos
frères marocains, tunisiens et égyptiens sont plus avancés
que nous dans le domaine.
Propos recueillis par Marwa Hussein