Emigration clandestine.
Un accord avec l’Italie tente de trouver une issue au
problème. Il reste cependant que l’ampleur du phénomène est
difficile à contrôler.
A la recherche d’une
formule magique
«
Nous avons une proposition pour un partenariat
gagnant-gagnant sur la main-d’œuvre entre l’Afrique du Nord
et l’Europe ». Une déclaration qui ne manque pas d’optimisme
faite par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Rachid
Mohamad Rachid. Elle intervient à point nommé à l’heure où
la question de l’émigration clandestine bat son plein et se
manifeste sous les formes les plus tragiques de naufrage en
mer. Le ministre faisait allusion aux accords qui régissent
l’immigration entre l’Europe et le Sud méditerranéen. Il a
cité l’exemple du partenariat entre l’Egypte et l’Italie qui
permet, avec des quotas, d’envoyer de jeunes Egyptiens
travailler légalement pour trois ou quatre ans dans des
secteurs ciblés, comme le tourisme ou la construction. Il
s’agit de l’un des exemples les plus réussis dans ce
domaine.
C’est en novembre 2005 que l’Italie a signé cet accord avec
l’Egypte. Rome a, en effet, mis en place ce système de
quotas afin de renforcer la coopération avec les pays
d’origine et de transit contre l’immigration clandestine,
tout en répondant aux besoins de main-d’œuvre des
entreprises italiennes. Ces quotas sont définis par régions,
provinces, types de main-d’œuvre et catégories d’emplois.
Pour Aïcha Abdel-Hadi, ministre de la Main-d’œuvre, « ce
projet est excellent. L’Union européenne l’a même pris pour
exemple pour appliquer d’autres accords ». En effet, sur ce
même exemple, l’Egypte en a pu signer deux autres, l’un avec
la Grèce et l’autre avec Chypre. Un troisième avec la
Bulgarie est actuellement en étude.
Selon l’accord, le quota de l’Egypte à été évalué à 7 000
personnes par an. Le choix des jeunes se fait sur plusieurs
étapes. Les candidats doivent d’abord remplir un formulaire
sur le site Internet www.immigration.gov.eg avec leurs
coordonnées et leurs spécialités. D’un autre côté, les
entreprises italiennes envoient par l’intermédiaire du
ministère italien du Travail et de la Solidarité, demandant
de la main-d’œuvre en précisant le nombre et le domaine
voulus. Ensuite, le ministère égyptien de la Main-d’œuvre
commence à contacter un nombre généralement supérieur à
celui qui est demandé pour les préparer à être interviewés
devant une commission qui vient spécialement de l’Italie.
Après la sélection, ces jeunes peuvent aux frais de l’Etat
italien suivre pendant quatre mois des cours d’italien à
l’institut Don Bosco. Enfin, les organismes sécuritaires
commencent leur travail. Une fois celui-ci terminé et les
visas prêts, une photocopie des contrats est envoyée au
ministère de la Main-d’œuvre avant le départ de ces
personnes afin de garantir leurs séjours. C’est uniquement à
ce moment que ces jeunes ont le droit de partir. un
itinéraire qui demande sans doute de la patience et de la
persévérance.
Un système important qui est cependant critiqué pour sa
lenteur. C’est du côté italien que les choses vont très
mollo à cause de la vérification sécuritaire. Chose qui n’a
d’ailleurs pas été niée par la ministre elle-même. « Cette
lenteur est vraiment le seul aspect négatif qui se trouve
dans ce système, mais nous avons quand même pu légaliser le
séjour de 5 000 Egyptiens qui y résidait illégalement».
Un exemple à suivre ?
De toute façon, l’initiative a pu prouver sa réussite. Ce
qui a poussé la France à lancer son propre projet. Le
président français Nicolas Sarkozy a proposé de créer « une
union méditerranéenne » qui serait selon lui une « union
économique, politique et culturelle et dont les axes
principaux seraient l’environnement, le développement
durable, le dialogue entre les cultures, la croissance
économique, le développement social et l’espace sécuritaire
méditerranéen ». Etant encore au stade de la discussion, la
forme institutionnelle que prendra l’union méditerranéenne
reste encore floue mais, comme l’a expliqué Alain Le Roy,
l’ambassadeur chargé par Sarkozy de la mise en œuvre de
l’union méditerranéenne, cette union s’adresse « à
l’ensemble des Etats volontaires riverains de la
Méditerranée, mais sera à géométrie variable ». Cinq
domaines potentiels ont jusqu’à présent été identifiés à
savoir l’agriculture et la pêche, l’industrie, l’immigration
choisie, l’investissement et la protection civile.
Pour Wahid Abdel-Méguid, vice-président du Centre des Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, derrière le
projet de Sarkozy se cachent de nombreux soucis qui occupent
les Français et dont le plus important serait l’affaire de
l’immigration clandestine non pas seulement en direction de
la France mais aussi en direction de toute l’Europe. Ce
projet a été accueilli à bras ouvert par l’Egypte.
Les spécialistes estiment que cette initiative française
pourrait dans le fond être beaucoup plus rentable que le
processus de Barcelone créé en 1995 et qui n’a pas réalisé
grand-chose depuis. Cet accord mettait aussi le point sur la
lutte contre l’immigration clandestine : « La coopération
dans le domaine de l’immigration clandestine, de la lutte
contre le terrorisme, du trafic de drogues, de la
criminalité internationale et de la corruption » n’a pas pu
faire grand-chose dans ce domaine, souligne Abdel-Méguid. En
effet, les conditions politiques dans lesquelles ce projet a
été créé, à savoir l’accord d’Oslo, ont provoqué son échec.
Lancé avec l’espoir d’appliquer un processus de paix dans la
région, il n’a jamais abouti.
Tirant les leçons de l’échec au moins relatif du processus
de Barcelone, l’ambition de l’Union méditerranéenne sera
cependant limitée à institutionnaliser des projets
économiques, par le biais, par exemple, d’une agence
méditerranéenne de l’eau, voire d’une banque méditerranéenne
d’investissement. Il ne s’agit donc pas de construire un
projet politique. « Le projet français doit prendre cet
accord comme leçon pour ne pas retomber dans le piège et
cela en prenant en considération à la fois les propriétés
européennes et celles des pays du Sud méditerranéen »,
affirme Abdel-Méguid.
Deux initiatives sûrement positives qui visent à diminuer le
taux de l’immigration clandestine. Mais il ne faut pas
s’attendre à ce que cela représente une formule magique. Il
y aura toujours des jeunes desperados qui, ne pouvant pas
répondre aux conditions exigées, tenteront d’échapper
illégalement à leurs conditions de vie difficiles.
Chaimaa Abdel-Hamid