Al-Ahram Hebdo, Dossier | A la recherche d’une formule magique
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Dossier

Emigration clandestine. Un accord avec l’Italie tente de trouver une issue au problème. Il reste cependant que l’ampleur du phénomène est difficile à contrôler.

A la recherche d’une
formule magique

« Nous avons une proposition pour un partenariat gagnant-gagnant sur la main-d’œuvre entre l’Afrique du Nord et l’Europe ». Une déclaration qui ne manque pas d’optimisme faite par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid. Elle intervient à point nommé à l’heure où la question de l’émigration clandestine bat son plein et se manifeste sous les formes les plus tragiques de naufrage en mer. Le ministre faisait allusion aux accords qui régissent l’immigration entre l’Europe et le Sud méditerranéen. Il a cité l’exemple du partenariat entre l’Egypte et l’Italie qui permet, avec des quotas, d’envoyer de jeunes Egyptiens travailler légalement pour trois ou quatre ans dans des secteurs ciblés, comme le tourisme ou la construction. Il s’agit de l’un des exemples les plus réussis dans ce domaine.

C’est en novembre 2005 que l’Italie a signé cet accord avec l’Egypte. Rome a, en effet, mis en place ce  système de quotas afin de renforcer la coopération avec les pays d’origine et de transit contre l’immigration clandestine, tout en répondant aux besoins de main-d’œuvre des entreprises italiennes. Ces quotas sont définis par régions, provinces, types de main-d’œuvre et catégories d’emplois. Pour Aïcha Abdel-Hadi, ministre de la Main-d’œuvre, « ce projet est excellent. L’Union européenne l’a même pris pour exemple pour appliquer d’autres accords ». En effet, sur ce même exemple, l’Egypte en a pu signer deux autres, l’un avec la Grèce et l’autre avec Chypre. Un troisième avec la Bulgarie est actuellement en étude.

Selon l’accord, le quota de l’Egypte à été évalué à 7 000 personnes par an. Le choix des jeunes se fait sur plusieurs étapes. Les candidats doivent d’abord remplir un formulaire sur le site Internet www.immigration.gov.eg avec leurs coordonnées et leurs spécialités. D’un autre côté, les entreprises italiennes envoient par l’intermédiaire du ministère italien du Travail et de la Solidarité, demandant de la main-d’œuvre en précisant le nombre et le domaine voulus. Ensuite, le ministère égyptien de la Main-d’œuvre commence à contacter un nombre généralement supérieur à celui qui est demandé pour les préparer à être interviewés devant une commission qui vient spécialement de l’Italie. Après la sélection, ces jeunes peuvent aux frais de l’Etat italien suivre pendant quatre mois des cours d’italien à l’institut Don Bosco. Enfin, les organismes sécuritaires commencent leur travail. Une fois celui-ci terminé et les visas prêts, une photocopie des contrats est envoyée au ministère de la Main-d’œuvre avant le départ de ces personnes afin de garantir leurs séjours. C’est uniquement à ce moment que ces jeunes ont le droit de partir. un itinéraire qui demande sans doute de la patience et de la persévérance.

Un système important qui est cependant critiqué pour sa lenteur. C’est du côté italien que les choses vont très mollo à cause de la vérification sécuritaire. Chose qui n’a d’ailleurs pas été niée par la ministre elle-même. « Cette lenteur est vraiment le seul aspect négatif qui se trouve dans ce système, mais nous avons quand même pu légaliser le séjour de 5 000 Egyptiens qui y résidait illégalement».

Un exemple à suivre ?

De toute façon, l’initiative a pu prouver sa réussite. Ce qui a poussé la France à lancer son propre projet. Le président français Nicolas Sarkozy a proposé de créer « une union méditerranéenne » qui serait selon lui une « union économique, politique et culturelle et dont les axes principaux seraient l’environnement, le développement durable, le dialogue entre les cultures, la croissance économique, le développement social et l’espace sécuritaire méditerranéen ». Etant encore au stade de la discussion, la forme institutionnelle que prendra l’union méditerranéenne reste encore floue mais, comme l’a expliqué Alain Le Roy, l’ambassadeur chargé par Sarkozy de la mise en œuvre de l’union méditerranéenne, cette union s’adresse « à l’ensemble des Etats volontaires riverains de la Méditerranée, mais sera à géométrie variable ». Cinq domaines potentiels ont jusqu’à présent été identifiés à savoir l’agriculture et la pêche, l’industrie, l’immigration choisie, l’investissement et la protection civile.

Pour Wahid Abdel-Méguid, vice-président du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, derrière le projet de Sarkozy se cachent de nombreux soucis qui occupent les Français et dont le plus important serait l’affaire de l’immigration clandestine non pas seulement en direction de la France mais aussi en direction de toute l’Europe. Ce projet a été accueilli à bras ouvert par l’Egypte.

Les spécialistes estiment que cette initiative française pourrait dans le fond être beaucoup plus rentable que le processus de Barcelone créé en 1995 et qui n’a pas réalisé grand-chose depuis. Cet accord mettait aussi le point sur la lutte contre l’immigration clandestine : « La coopération dans le domaine de l’immigration clandestine, de la lutte contre le terrorisme, du trafic de drogues, de la criminalité internationale et de la corruption » n’a pas pu faire grand-chose dans ce domaine, souligne Abdel-Méguid. En effet, les conditions politiques dans lesquelles ce projet a été créé, à savoir l’accord d’Oslo, ont provoqué son échec. Lancé avec l’espoir d’appliquer un processus de paix dans la région, il n’a jamais abouti.

Tirant les leçons de l’échec au moins relatif du processus de Barcelone, l’ambition de l’Union méditerranéenne sera cependant limitée à institutionnaliser des projets économiques, par le biais, par exemple, d’une agence méditerranéenne de l’eau, voire d’une banque méditerranéenne d’investissement. Il ne s’agit donc pas de construire un projet politique. « Le projet français doit prendre cet accord comme leçon pour ne pas retomber dans le piège et cela en prenant en considération à la fois les propriétés européennes et celles des pays du Sud méditerranéen », affirme Abdel-Méguid.

Deux initiatives sûrement positives qui visent à diminuer le taux de l’immigration clandestine. Mais il ne faut pas s’attendre à ce que cela représente une formule magique. Il y aura toujours des jeunes desperados qui, ne pouvant pas répondre aux conditions exigées, tenteront d’échapper illégalement à leurs conditions de vie difficiles.

Chaimaa Abdel-Hamid

Retour au sommaire

 

Aymane Zohry, chercheur en matière d’émigration à l’Université américaine du Caire, estime que le chômage n’explique pas à lui seul l’émigration clandestine.

« Dans le contexte politique actuel, les jeunes se sentent marginalisés »

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi l’émigration clandestine a-t-elle pris beaucoup de dimensions ces derniers jours ?

Aymane Zohry : L’émigration clandestine est devenue un véritable phénomène et ceci est dû à plusieurs facteurs qui ne se résument pas par le seul aspect économique. Le chômage et le revenu réduit ne constituent que des éléments voilant d’autres facteurs beaucoup plus importants. Il y a ce fait que les études universitaires ne garantissent plus que le diplômé trouve un emploi bien rémunéré, et ceci dans une atmosphère socio-politique de plus en plus désespérante. La chose la plus étonnante que j’ai remarquée en menant mon travail sur le terrain, c’est que les jeunes souhaitent émigrer parce qu’ils rêvent de s’enrichir assez vite. Une vie très aisée est devenue un stéréotype pour eux. Ils le vivent tous les jours et cette idée s’est renforcée par le retour d’anciens émigrants enrichis vivant dans des maisons de luxe, possédant des voitures et de plus accèdent à un statut social plus privilégié.

Que voulez-vous dire par la situation socio-politique ? N’était-ce pas toujours le cas ?

— Dans le contexte politique actuel, les jeunes se sentent davantage marginalisés. Ils ont ce sentiment d’avoir fait leur devoir. Ils ont fait des études scolaires puis universitaires, obtenu dans beaucoup de fois de très bonnes notes et pensaient que ceci faciliterait leur entrée sur le marché du travail. Sur le terrain, ils se heurtent à autre chose et le résultat immédiat, c’est qu’ils n’arrivent pas à jeter les bases de l’avenir dont ils ont rêvé. Le problème prend des dimensions plus importantes encore car ces dits « éduqués » ne le sont pas vraiment.

Je préfère les appeler « titulaires de diplômes ». Car la qualité de l’éducation est actuellement en question en Egypte. Beaucoup de diplômés n’arrivent pas à écrire de simples rédactions ni en arabe ni en anglais, n’arrivent non plus à élaborer leurs idées et ni les formuler. En plus, ils sont en majorité ignorants lorsqu’il s’agit de nouvelles technologies.

Quelle issue donc ?

— Il est temps de diffuser un message réel à nos jeunes concertant les différents horizons, domaines et besoins du marché du travail au lieu de les laisser tomber dans des illusions. Le proverbe anglais dit : « Knowledge is power » (la connaissance c’est la force).

Il faudrait peut-être parallèlement lancer une campagne alertant les jeunes sur les inconvénients de l’émigration clandestine, leur faire voir la réalité des choses et que la vie n’est pas forcément rose ailleurs. La fondation d’un Conseil national d’émigration serait aussi une solution afin d’établir une politique nationale claire et unifier les efforts diversifiés des différentes organisations travaillant dans le domaine. Le but ultime de ce conseil serait l’établissement d’une « industrie orientée sur l’émigration », à l’instar de celle appliquée aux Philippines et dans d’autres pays de l’Est de l’Asie.

La coopération entre l’Egypte et l’Italie est aussi un exemple à suivre avec d’autres pays européens. En 2007, l’Italie a offert à l’Egypte 7 000 opportunités de travail à travers un système de « quota ». Pourtant, seules 5 000 personnes se sont présentées et 200 seulement ont été qualifiées ! Il faut voir l’affaire comme une question de sécurité nationale, car les émigrants égyptiens constituent une source principale de revenus. On compte 5,3 milliards de dollars l’argent transféré vers l’Egypte l’an dernier.

Propos recueillis par Mavie Maher

 

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.