Iran .
La crise du nucléaire entre Téhéran et la communauté
internationale est de nouveau dans l’impasse. Une nouvelle
série de sanctions contre la République islamique est
prévue.
Durcissements réciproques
L’Iran
se trouve une fois de plus cette semaine sous la menace
d’une nouvelle série de sanctions internationales
probablement plus lourdes que celles déjà imposées à
Téhéran. C’est ce vers quoi semblent s’acheminer les six
grandes puissances chargées du dossier nucléaire iranien
réunies au niveau des directeurs politiques des ministères
des Affaires étrangères, samedi dernier, à Paris. Bien
qu’ils ne soient pas parvenus à une décision sur l’adoption
de nouvelles sanctions lors de cette réunion, les hauts
diplomates sont convenus d’en adopter une nouvelle série «
très prochainement ». « Nous avons des éléments qui nous
permettent de penser qu’il y aura une solution à court
terme. Un texte de compromis circulera entre les capitales
la semaine prochaine », a affirmé un diplomate
français, se disant « optimiste » sur la possibilité de voir
adoptée à l’Onu une troisième résolution sanctionnant l’Iran
« dans les semaines à venir ». Même la Chine et la Russie,
deux alliés traditionnels et partenaires commerciaux de
Téhéran, se sont montrées cette semaine plus flexibles quant
à l’application de nouvelles sanctions.
Il s’agirait là de la troisième résolution visant à obliger
l’Iran à suspendre son programme nucléaire, après celles de
décembre 2006 et mars 2007, qui interdisaient l’exportation
d’armes iraniennes, restreignaient les déplacements de
responsables iraniens et gelaient les avoirs à l’étranger de
28 personnes et entités liées aux programmes nucléaires.
Or, selon Mohamad Abbass, expert politique spécialisé dans
le dossier iranien, « les grandes puissances ne pourront pas
infliger des pertes plus lourdes à Téhéran. Les nouvelles
sanctions ne comporteront rien de nouveau, elles seront dans
la même logique des deux précédentes et porteront toujours
sur le gel des avoirs, des restrictions imposées aux banques
et des restrictions sur le déplacement des responsables
iraniens. Même si ces sanctions économiques ont plongé le
pays dans l’inflation, le chômage et la stagnation
économique, les leaders iraniens ne feront jamais marche
arrière. Déjà, ils sont sûrs et certains que Washington ne
pourra jamais frapper Téhéran ».
La décision des Six d’imposer des sanctions à Téhéran
survient dans un climat alourdi par la réunion infructueuse,
la veille, entre le représentant de l’Union européenne,
Javier Solana, et le responsable iranien du dossier
nucléaire, Saïd Jalili. Un échec qualifié de « désastre »
par certains diplomates. Selon les experts, la décision des
Six est même un résultat direct de cette rencontre échouée.
Vendredi, M. Solana a jugé très « décevante » sa rencontre
avec Jalili. « Tout ce que Ali Larijani (prédécesseur de
Jalili) avait proposé était lettre morte et il faut repartir
de zéro », a déploré Javier Solana. Déjà, confier le dossier
nucléaire à un homme aussi réticent comme Jalili et en
éloigner un autre assez flexible comme Larijani n’a qu’un
seul sens : la République islamique n’est pas prête à céder
ses droits nucléaires. Cette fois-ci encore, un nouveau
facteur a fortifié la position de Jalili et l’a incité à se
raidir dans ses négociations avec Solana, à savoir la
publication mi-novembre du rapport « positif » d’Al-Baradei,
directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique
(AIEA) qui a affirmé que la coopération entre l’Iran et
l’AIEA a connu des progrès, appelant à des efforts
internationaux pour résoudre la crise iranienne
pacifiquement. « Si après le rapport positif d’Al-Baradei
certains pays veulent durcir le climat, ils en assumeront la
responsabilité devant la communauté internationale », a
prévenu M. Jalili.
Le lendemain de la rencontre infructueuse Jalili-Solana, le
chemin était bien pavé devant les Etats-Unis qui ont saisi
l’occasion du raidissement iranien pour convaincre les
grandes puissances, et surtout Moscou et Pékin, de la
nécessité d’imposer une nouvelle série de sanctions à un
Téhéran têtu. « Face à cet entêtement iranien, la Russie et
la Chine n’ont pas pu résister aux pressions américaines et
étaient obligées d’obtempérer pour préserver aussi leurs
intérêts avec les Américains. En effet, elles ne pourront
jamais défendre Téhéran à l’infini. Toutefois, une chose est
sûre : ces deux pays ne permettront jamais l’imposition de
graves sanctions comme celles relatives au pétrole iranien
pour ne pas nuire à leurs intérêts », explique M. Abbass.
L’enjeu des législatives
Malgré ces pressions croissantes, l’intransigeance des
leaders iraniens après 18 mois de pourparlers reste toujours
la même. Dimanche, Saïd Jalili a averti qu’une nouvelle
résolution n’empêcherait pas Téhéran de poursuivre son
programme d’enrichissement d’uranium. Le même jour, le
ministère iranien des Affaires étrangères a affirmé que de
nouvelles sanctions n’aideront pas à résoudre le contentieux
sur le nucléaire. « Si ces puissances cherchent à priver
l’Iran de ses droits, les résolutions et les sanctions
seront stériles », a déclaré le porte-parole du ministère,
Mohamad Ali Hossein.
Téhéran est donc arrivé à un point de non-retour, surtout à
l’approche des législatives prévues en mars 2008 : « Le
président iranien a fait du dossier nucléaire un élément-clé
de sa campagne électorale et a réussi à gagner le soutien du
peuple à ce sujet pour garantir à son courant conservateur
une majorité au Parlement. Ahmadinejad tient à ce que
le Parlement soit toujours dominé par les conservateurs,
sinon, les réformateurs, une fois majoritaires, entraverait
la politique de son gouvernement », analyse Mohamad Abbass.
Dans la logique iranienne donc, rien n’est laissé au hasard.
Téhéran compte sur les revenus de son pétrole pour amenuiser
les pertes économiques que de nouvelles sanctions risquent
d’infliger. D’autant plus que le prix du pétrole ne cesse de
grimper. « Les Iraniens réussissent à trouver des détours
pour limiter au maximum l’impact des sanctions. N’oublions
pas aussi que l’Iran a des frontières avec deux pays plongés
dans le chaos, l’Iraq et l’Afghanistan, ce qui permet la
fraude des marchandises et des fonds vers l’Iran », explique
M. Abbass. Et de conclure : « La nouvelle série de sanctions
ne risque pas d’être la dernière. Le bras de fer entre
l’Iran et la communauté internationale persistera jusqu’au
jour où Téhéran achèvera l’enrichissement de l’uranium. Là,
ce sera le point non-retour et toutes les pressions seront
insensées » .
Maha
Al-Cherbini