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 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

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Iran . La crise du nucléaire entre Téhéran et la communauté internationale est de nouveau dans l’impasse. Une nouvelle série de sanctions contre la République islamique est prévue.

Durcissements réciproques

L’Iran se trouve une fois de plus cette semaine sous la menace d’une nouvelle série de sanctions internationales probablement plus lourdes que celles déjà imposées à Téhéran. C’est ce vers quoi semblent s’acheminer les six grandes puissances chargées du dossier nucléaire iranien réunies au niveau des directeurs politiques des ministères des Affaires  étrangères, samedi dernier, à Paris. Bien qu’ils ne soient pas parvenus à une décision sur l’adoption de nouvelles sanctions lors de cette réunion, les hauts diplomates sont convenus d’en adopter une nouvelle série « très prochainement ». « Nous avons des éléments qui nous permettent de penser qu’il y aura une solution à court terme. Un texte de compromis circulera entre les capitales la semaine prochaine  », a affirmé un diplomate français, se disant « optimiste » sur la possibilité de voir adoptée à l’Onu une troisième résolution sanctionnant l’Iran « dans les semaines à venir ». Même la Chine et la Russie, deux alliés traditionnels et partenaires commerciaux de Téhéran, se sont montrées cette semaine plus flexibles quant à l’application de nouvelles sanctions.

Il s’agirait là de la troisième résolution visant à obliger l’Iran à suspendre son programme nucléaire, après celles de décembre 2006 et mars 2007, qui interdisaient l’exportation d’armes iraniennes, restreignaient les déplacements de responsables iraniens et gelaient les avoirs à l’étranger de 28 personnes et entités liées aux programmes nucléaires.

Or, selon Mohamad Abbass, expert politique spécialisé dans le dossier iranien, « les grandes puissances ne pourront pas infliger des pertes plus lourdes à Téhéran. Les nouvelles sanctions ne comporteront rien de nouveau, elles seront dans la même logique des deux précédentes et porteront toujours sur le gel des avoirs, des restrictions imposées aux banques et des restrictions sur le déplacement des responsables iraniens. Même si ces sanctions économiques ont plongé le pays dans l’inflation, le chômage et la stagnation économique, les leaders iraniens ne feront jamais marche arrière. Déjà, ils sont sûrs et certains que Washington ne pourra jamais frapper Téhéran ».

La décision des Six d’imposer des sanctions à Téhéran survient dans un climat alourdi par la réunion infructueuse, la veille, entre le représentant de l’Union européenne, Javier Solana, et le responsable iranien du dossier nucléaire, Saïd Jalili. Un échec qualifié de « désastre » par certains diplomates. Selon les experts, la décision des Six est même un résultat direct de cette rencontre échouée. Vendredi, M. Solana a jugé très « décevante » sa rencontre avec Jalili. « Tout ce que Ali Larijani (prédécesseur de Jalili) avait proposé était lettre morte et il faut repartir de zéro », a déploré Javier Solana. Déjà, confier le dossier nucléaire à un homme aussi réticent comme Jalili et en éloigner un autre assez flexible comme Larijani n’a qu’un seul sens : la République islamique n’est pas prête à céder ses droits nucléaires. Cette fois-ci encore, un nouveau facteur a fortifié la position de Jalili et l’a incité à se raidir dans ses négociations avec Solana, à savoir la publication mi-novembre du rapport « positif » d’Al-Baradei, directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) qui a affirmé que la coopération entre l’Iran et l’AIEA a connu des progrès, appelant à des efforts internationaux pour résoudre la crise iranienne pacifiquement. « Si après le rapport positif d’Al-Baradei certains pays veulent durcir le climat, ils en assumeront la responsabilité devant la communauté internationale », a prévenu M. Jalili.

Le lendemain de la rencontre infructueuse Jalili-Solana, le chemin était bien pavé devant les Etats-Unis qui ont saisi l’occasion du raidissement iranien pour convaincre les grandes puissances, et surtout Moscou et Pékin, de la nécessité d’imposer une nouvelle série de sanctions à un Téhéran têtu. « Face à cet entêtement iranien, la Russie et la Chine n’ont pas pu résister aux pressions américaines et étaient obligées d’obtempérer pour préserver aussi leurs intérêts avec les Américains. En effet, elles ne pourront jamais défendre Téhéran à l’infini. Toutefois, une chose est sûre : ces deux pays ne permettront jamais l’imposition de graves sanctions comme celles relatives au pétrole iranien pour ne pas nuire à leurs intérêts », explique M. Abbass.

L’enjeu des législatives

Malgré ces pressions croissantes, l’intransigeance des leaders iraniens après 18 mois de pourparlers reste toujours la même. Dimanche, Saïd Jalili a averti qu’une nouvelle résolution n’empêcherait pas Téhéran de poursuivre son programme d’enrichissement d’uranium. Le même jour, le ministère iranien des Affaires étrangères a affirmé que de nouvelles sanctions n’aideront pas à résoudre le contentieux sur le nucléaire. « Si ces puissances cherchent à priver l’Iran de ses droits, les résolutions et les sanctions seront stériles », a déclaré le porte-parole du ministère, Mohamad Ali Hossein.

Téhéran est donc arrivé à un point de non-retour, surtout à l’approche des législatives prévues en mars 2008 : « Le président iranien a fait du dossier nucléaire un élément-clé de sa campagne électorale et a réussi à gagner le soutien du peuple à ce sujet pour garantir à son courant conservateur une majorité au Parlement. Ahmadinejad  tient à ce que le Parlement soit toujours dominé par les conservateurs, sinon, les réformateurs, une fois majoritaires, entraverait la politique de son gouvernement », analyse Mohamad Abbass. 

Dans la logique iranienne donc, rien n’est laissé au hasard. Téhéran compte sur les revenus de son pétrole pour amenuiser les pertes économiques que de nouvelles sanctions risquent d’infliger. D’autant plus que le prix du pétrole ne cesse de grimper. « Les Iraniens réussissent à trouver des détours pour limiter au maximum l’impact des sanctions. N’oublions pas aussi que l’Iran a des frontières avec deux pays plongés dans le chaos, l’Iraq et l’Afghanistan, ce qui permet la fraude des marchandises et des fonds vers l’Iran », explique M. Abbass. Et de conclure : « La nouvelle série de sanctions ne risque pas d’être la dernière. Le bras de fer entre l’Iran et la communauté internationale persistera jusqu’au jour où Téhéran achèvera l’enrichissement de l’uranium. Là, ce sera le point non-retour et toutes les pressions seront insensées » .

Maha Al-Cherbini

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