Russie.
Le président devrait pouvoir garder sa mainmise sur la vie
politique du pays après les présidentielles de mars 2008,
grâce à la large victoire de son parti aux législatives de
dimanche dernier.
Poutine plébiscité
Le parti Russie unie du président Vladimir Poutine a
remporté lundi la majorité absolue au Parlement en
décrochant 315 des 450 sièges de la future Douma (chambre
basse du Parlement), soit 65 % des suffrages. Une victoire
écrasante qui garantit au chef de l’Etat de rester influent
jusqu’aux élections présidentielles de mars 2008. Se
félicitant de la victoire de Poutine, le chef du parti au
pouvoir, Russie unie, Boris Gryzlov, a déclaré, lundi, que
les législatives avaient été un « référendum de soutien à la
politique de Vladimir Poutine » et constituaient une «
victoire » pour le président.
Selon la Commission électorale centrale, le Parti communiste
arrive deuxième avec 11,6 % (57 sièges), suivi des
ultra-nationalistes proches du Kremlin (LDPR) de Vladimir
Jirinovski avec 8,2 % (40 sièges) et de Russie juste, autre
parti proche du pouvoir, avec 7,8 % (38 sièges). Selon des
observateurs sur place, le taux de participation, un des
enjeux du scrutin, s’établit à près de 62 % et dépasse celui
de 2003 (55,75 %).
Fait inédit dans l’Histoire russe, le président a participé
en première ligne aux législatives en dirigeant la liste de
Russie unie, cette dernière ayant tout fait pour transformer
ce scrutin en plébiscite de popularité pour M. Poutine. Avec
un tel score, Vladimir Poutine est assuré de garder un
pouvoir, en exerçant une influence sur le Parlement et sur
le gouvernement à l’issue de la présidentielle de mars 2008
à laquelle il ne peut se présenter. Depuis des mois,
plusieurs scénarios sont envisagés pour que Vladimir Poutine
conserve une « influence » après son départ du Kremlin,
comme premier ministre, chef de la majorité ou « leader
national » aux fonctions à préciser. En effet, Poutine a
promis à plusieurs reprises qu’il démissionnerait après
l’expiration de son second mandat présidentiel en mai
prochain, mais il souhaite conserver pouvoir et influence et
juge qu’une victoire de Russie unie aux législatives lui
donnera l’occasion de le faire. Dimanche soir, Russie unie a
annoncé qu’il dévoilera le 17 décembre son candidat pour la
présidentielle du 2 mars prochain. « Poutine va vraiment
laisser la présidence à un autre homme en mai prochain après
le 2 mars », a affirmé un porte-parole du Kremlin, Dmitri
Peskov. Dans tous les cas, le bloc pro-Kremlin, avec 80 %
des voix au total, est assuré d’un raz-de-marée à la
nouvelle Douma avec pour seuls opposants les communistes,
qui parlent fort mais contrarient rarement le président.
Accusations de fraudes
En l’absence de la principale mission d’observateurs de
l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe
(OSCE), dénonçant des entraves posées par Moscou,
l’opposition et des ONG russes ont dénoncé de nombreux
bourrages d’urnes, entraves à leur travail et abus dans
l’utilisation des urnes. Jugeant ces élections « sales et
irresponsables », les communistes ont également annoncé
qu’ils allaient contester les résultats devant la Cour
suprême. « Sous l’ancien président Boris Eltsine, il y avait
peut-être deux manières d’obtenir des voix, l’intimidation
ou le truquage des résultats. Aujourd’hui, ils en ont
inventé au moins 15 pour piéger et tromper les électeurs »,
a critiqué le chef de file des communistes. Pour sa part,
l’opposant Garry Kasparov, chef du mouvement, l’Autre
Russie, a également dénoncé dimanche les « fraudes » déjà
organisées avant les législatives. « Le volume des fraudes
rend d’ores et déjà le régime illégitime », a dénoncé M.
Kasparov, au lendemain de sa libération après cinq jours de
prison pour « manifestation non autorisée ».
A l’étranger, la transparence du scrutin a aussi été mise en
doute. Lundi, le chef de l’OSCE a critiqué ces législatives,
estimant que leur déroulement était loin de répondre aux «
critères » de l’organisation. Pour sa part, la Maison
Blanche a appelé les autorités russes à enquêter sur les
accusations de violations qui auraient marqué les
législatives. Parallèlement, le ministère britannique des
Affaires étrangères a fait part de son « inquiétude » face
aux allégations d’irrégularités, allégations qui, « si elles
étaient avérées, suggéreraient que les élections n’étaient
ni libres ni honnêtes ».
Ces critiques risquent de tendre un peu plus les relations
entre les Occidentaux et la Russie, dont le numéro 2 de la
commission électorale, Nikolaï Konkine, a promis que «
toutes les plaintes seront minutieusement étudiées ».
M.
Ch.