Al-Ahram Hebdo,Arts | « Le chaos que je désigne c’est le chaos humain »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Arts

Cinéma. Avec Heya fawda, le scénariste Nasser Abdel-Rahmane signe son deuxième succès, six ans après son premier film Al-Madina (la ville) de Yousri Nasrallah.

« Le chaos que je désigne c’est le chaos humain » 

Al-Ahram Hebdo : D’un étudiant en sociologie à un scénariste professionnel, votre parcours a-t-il été parsemé d’embûches ?

Nasser Abdel-Rahmane : Un parcours aberrant car rien ne me prédisposait à l’écriture. Je n’ai pas fait des études brillantes, mais le goût des mots disposés sur une page blanche m’est venu très tôt. L’écriture est pour moi un travail artisanal, une façon de me construire une identité. J’en suis venu parce que je suis un lecteur assidu. Les livres que je lisais pendant ma jeunesse me mettaient littéralement hors de moi. En lisant, j’oubliais tout, j’étais dans une sorte de rêve. Rapidement, j’ai eu envie de communiquer à mon tour ce merveilleux sentiment de rêve aux autres, en rédigeant mes propres textes. J’ai quitté donc la faculté de lettres pour m’inscrire à l’Institut du cinéma. C’est là où j’ai eu la chance de devenir l’un des disciples du scénariste Mohsen Zayed qui croyait en moi et m’a présenté au réalisateur Yousri Nasrallah. Je venais de terminer le scénario d’Al-Madina (la ville) et Nasrallah m’a proposé de collaborer avec lui. Ce dernier m’a révélé beaucoup de choses, dont la plus importante est de pratiquer ce que j’ai appris à l’institut.

Et qu’en est-il depuis Al-Madina (la ville) ?

— Après Al-Madina, j’avais besoin d‘un peu de tranquillité et de recul. Vu les problèmes de production qui entravaient constamment mes projets, j’ai passé mon temps à écrire pour mettre de l’ordre dans mes idées. Six ans après, j’ai rencontré Nasrallah et décidé de retravailler ensemble avec le film Guéneinet al-asmak (jardin des poissons). Ensuite, ce fut le tour de Heya fawda (le chaos) de Youssef Chahine et Al-Ghaba (la forêt) d’Ahmad Atef. Très prochainement, on tournera Hina mayssara (lorsqu‘il sera temps) avec le réalisateur Khaled Youssef. C’est ainsi que se déroule ma carrière : travailler et attendre, même si la chance tarde à venir.

En quoi Le Chaos de Chahine a été une expérience particulière ?

— Ce film, je le portais en moi depuis fort longtemps. C’est en tout cas celui que j’aime le plus. Car il combine tout ce que j’ai appris concernant l’art de raconter des histoires avec toute la pureté des sentiments que cela comporte.

Vous y mélangez le sentimental et le politique, cependant le film est classé souvent comme une œuvre politique ...

— Pas du tout. C’est une pure tragédie avec quelques idées politiques mais ce n’est pas un film politique au sens propre du terme. Le Chaos est un vrai mélo plutôt du genre tragédie sentimentale. En même temps, parfois c’est très drôle. Les histoires humaines et les idylles peuvent parfois mieux exprimer des sujets si importants, sans que cela ne se fasse de manière frontale.

La plupart des critiques ont interprété le film différemment. Ils l’ont considéré comme un film contre la tyrannie et d’insurrection contre le pouvoir corrompu, représenté par la police. Qu’en dites-vous ?

— J’avoue être déçu par ces interprétations erronées. Je n’ai pas passé deux ans de ma vie à écrire un scénario pour esquisser le prototype plat d’un policier tyrannique. Le « chaos » que je désigne c’est le chaos humain, le chaos des sentiments et non pas exclusivement celui du pouvoir comme le prétendent d’aucuns. En tant que scénariste, je m’intéresse aux êtres humains, au-delà de leurs apparences et leurs métiers. Tous les protagonistes de mon film sont proie à un chaos sentimental ; chacun d’entre eux en souffre au point de commettre des erreurs, sous la pression de ce désordre sentimental. Et puis, je ne crois pas aux personnages monolithes, des gens en noir ou blanc. Hatem, le policier en question, est la victime lui aussi d’une vie chaotique depuis sa tendre enfance. Vers la fin, il se suicide pour une raison sentimentale. Il n’a pas pu supporter le fait d’avoir violé sa bien-aimée, Nour. Alors, il se donne la mort en disant : « Je ne suis pas triste parce que je vais mourir, mais parce que je ne vais plus la voir. Faut lui demander si elle me pardonne ». Youssef Chahine a pleuré en lisant le dialogue de cette dernière scène, de quoi prouver le caractère tragique du film.

Votre personnage principal est-il inspiré de la réalité ?

— Je l’ai connu en rencontrant fortuitement plusieurs personnes. Il en est le condensé. Mes personnages proviennent souvent de mon entourage, ensuite je les façonne à ma manière suivant le nombre de secrets qu’on me délivre. Car nous sommes tous des secrets, des mystères à pénétrer. Une fois que l’on découvre le secret d’un homme, on peut le dessiner sincèrement. Les personnages ne sont présents à titre d’accessoire dans la trame du film, ils représentent l’ossature du drame. Et moi, je retrouve souvent mes idées chez les autres.

Propos recueillis par Yasser Moheb

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.