Festival
international du film du caire.
L’image de l’Arabe au lendemain des attentats du 11
septembre revient comme un talisman lors de cette édition.
C’est aussi une dominante du cinéma hollywoodien.
L’ennemi public toujours n°1
Pour
la direction du festival, « il s’agit d’un désir
d’éclectisme et d’ouverture quant aux nouveaux thèmes et
formes cinématographiques. D’où la section Films
controversés ».
Dès la première journée du festival, cette volonté a été
ressentie, notamment à travers la programmation de films
américains faisant écho à la réalité, avec un Washington
engagé dans sa guerre contre le terrorisme. Ainsi, plusieurs
cinéastes ont-ils opté pour le sujet des guerres de l’après
11 septembre et plusieurs films au contenu assez critique
ont-ils vu le jour.
Le festival en a choisi quelques-uns, dont le film Rendition
(détention secrète) de Gavin Hood. Le film emprunte son
titre au vocabulaire de la CIA pour désigner l’enlèvement
secret des terroristes suspects en dehors des Etats-Unis. On
respecte les règles de l’héroïsme hollywoodien, avec le
personnage de l’agent Jake Gyllenhaal. Attendue comme étant
l’un des plus sérieux candidats à la prochaine soirée des
Oscars pour son réalisateur et sa distribution, Rendition
reste l’une des meilleures projections de cette première
semaine du festival. Le réalisateur sud-africain, qui signe
sa première réalisation américaine après Tsotsi (Oscar du
meilleur film étranger l’an dernier), offre ici une vision
problématique à l’attention du grand public américain.
Anouar Al-Ibrahmi, un savant américain d’ascendance
égyptienne (joué par Omar Metouali, comédien hollandais
d’origine égyptienne) est arrivé avec ses parents aux
Etats-Unis alors qu’il était encore enfant. C’est là qu’il
mène une vie tranquille et heureuse, autant sur le plan
professionnel que familial avec son épouse enceinte (Reese
Witherspoon) et son fils. Mais leur existence bascule après
un attentat ayant fait plusieurs victimes en Egypte, dont un
agent secret de la CIA.
Participant à un congrès en Afrique du Sud, le jeune Anouar
se trouve intercepté à sa descente d’avion. Il sera emmené
de force pour répondre à des accusations de terrorisme,
puisque des appels téléphoniques le relient à l’éminence
grise de la brigade Al-Hazim, une cellule du Hezbollah. Les
services américains ne pouvant le détenir sur leur
territoire pour le questionner, il est alors déporté au
Maroc où il sera interrogé et torturé par les autorités
locales. Ayant survécu à l’attentat, c’est l’agent Douglas
Freeman (interprété par Jake Gillenhaal) qui se voit chargé
de superviser l’interrogatoire musclé.
Même si le traitement se révèle un peu trop hollywoodien,
laissant planer un doute dans la tête du spectateur qui ne
saura jamais si le protagoniste principal a vraiment été
coupable des méfaits dont on l’accuse, Rendition reste, dans
le contexte actuel, un film fort pertinent. On joue ainsi
sur les deux revers d’une même médaille, confrontant
directement le spectateur aux méthodes utilisées par les
autorités pour arriver à leurs fins. Cela dit, les pires
injustices font parfois les meilleurs films.
Invité par le festival pour visiter son pays d’origine, le
comédien Omar Metoualli trouve que « le cinéma est fait pour
exprimer les différents problèmes, loin des races et des
nationalités ».
Ayant déjà participé au film Munich, lequel a soulevé un
tollé il y a juste quelques années, Metoualli a refusé lors
du colloque de considérer ses œuvres comme « anti-arabes ».
« Les producteurs américains me proposent toujours ce genre
de rôles ou de films, tenant compte de mon look oriental.
D’ailleurs, chercher des films qui ne nuisent pas à l’image
des Arabes n’est pas pour moi un critère de choix. Il faut
noter que cette image a beaucoup changé dans le mauvais
sens, au lendemain des incidents du 11 septembre. Et c’est
au cinéma de discuter de cette image ».
Tirant sur la même corde, le réalisateur Hicham Issawi
présente son long métrage L’Amérique Est, étiqueté par le
festival comme une œuvre controversée. Il s’agit de
l’histoire d’un père de famille (joué par Sayed Badriya,
d’origine égyptienne), copropriétaire d’un restaurant
oriental. Son associé et meilleur ami, étant d’origine
juive, l’expose à de multiples problèmes. Le film s’étale
sur les pressions que l’on exerce quotidiennement sur les
Arabes installés à l’étranger après le 11 septembre.
Reste à mentionner également un troisième film américain,
planant autour de la même thématique, à savoir Mighty Heart,
de Michael Winterbottom, trouvant en la personne de l’Arabe
la source de tous les maux de la planète Terre ! Afghans et
Pakistanais sont à l’origine du terrorisme secouant le pays
de l’Oncle Sam.
Si Hollywood a pris en charge de défendre la politique de
l’Administration Bush, cela n’empêche que majoritairement le
public semble éreinté à force de voir au cinéma ce que la
télévision ne cesse de diffuser. Volonté politique et
fins commerciales font qu’on ne
cesse de stéréotyper l’image de l’Arabe, à travers une
flopée de films, au succès non assuré.
Yasser
Moheb