Al-Ahram Hebdo, Arts | Une note singulière et réaliste
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 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

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Arts

Festival international du film du caire. La 31e édition a réservé un clin d’œil aux cinémas turc et roumain, nous permettant de découvrir un art non sujet aux exigences commerciales et qui traite avec audace des problématiques du présent. 

Une note singulière et réaliste 

Par son originalité de ton : un acquiescement au présent, une approbation sensuelle du monde, de ses mouvements et de ses matières, le cinéma turc permet à son public de prendre conscience et contact avec son présent, adoptant son propre mouvement. Quand Police (2007) de Onur Unlu scrute les intérieurs glauques des leaders de la mafia qu’inspecte un officier de police, c’est pour condamner sans appel leurs actes et leur substituer la possibilité d’un monde sain et affranchi du désordre et de la peur. De même, dans sa brillante œuvre épique, The Last Ottoman (le dernier Ottoman, 2006), Mustafa Sevki Dogan déploie un dosage sur mesure d’action et de comique pour réussir une radicale immersion du spectateur dans l’expérience initiatique de son héros populaire, Yandim Ali, qui à l’image du héros national, Mustapha Kemal pacha, ouvre les portes à la mobilisation pour la libération du pays de l’occupation britannique dans les années 1920. Le spectateur s’arrête sur les frasques de Yandim Ali avec ses maîtresses successives mais est toujours prêt à se lancer, faire le saut dans le vide pour faire corps avec son élan libérateur. Inventant les codes de l’évaluation du passé, ce film garantit une fascination visuelle, sans répéter les erreurs du commercial.

Dans un autre registre, la beauté du film Adam and The Devil (Adam et le diable, 2007) réside dans les menus détails de la vie d’une communauté rurale qu’il passe en revue, pendant les veillées du Ramadan. L’éclairage feutré du décor villageois confère énigme et intimité à l’atmosphère générale. On y suit avec intérêt la métamorphose de l’imam Hassan, qui assume ses choix en expérimentant les rigueurs et les distractions de la vie. Ainsi, inspirée de la sortie après plus de 15 ans d’interdiction de Yol de Yilmaz Güney (Palme d’or en 1982, ex aequo avec Missing de Costa Gavras) qui dénonce les ravages d’un système militaire répressif, cette nouvelle génération d’auteurs marque-t-elle une maturité du cinéma turc d’aujourd’hui. Lequel plonge dans l’identité nationale et son évolution tout en aidant à comprendre les enjeux de l’histoire contemporaine.

Par ailleurs, le retour du cinéma roumain sur la scène internationale après de longues années de dictature est dû aux efforts d’une jeune génération qui reconnaît sa dette à Lucian Pintilie, auteur de La Reconstitution (1968). C’est une œuvre dissidente de la période totalitaire interdite de vision pendant près de 20 ans, remarquable pour son contenu révolutionnaire et ses effets stylistiques. Porté par des cinéastes tels Chritian Mungiu, Cristi Puiu ou Corneliu Porumboiu, ce nouveau cinéma roumain affirme un credo artistique dans des messages textuels et visuels proches de l’ironie et de l’absurde, fort représentatifs de l’esprit roumain. Ainsi, Ticalosh (les déboussolés) de Serbian Marinescu traite-t-il la période post-révolution de 1989, où le pouvoir en place use de rouages illégitimes pour s’aligner les mafieux et les capitalistes corrompus afin de durer, ignorant les revendications de démocratie et de changement du peuple. La fin surprend par une procession en public, où le héros intègre enterre les symboles de la révolution. L’intention politique du film est saisie par le choix de laisser la parole des politiciens à l’avant, éliminant toute partition musicale et produisant l’impression d’un film doublé en permanence par un commentaire qui lui serait immanent. Par un jeu des acteurs les plus réalistes et une caméra à hauteur d’homme, 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Palme d’or de Cannes 2007), de Cristian Munigiu refuse aussi l’ellipse et décante la chronique d’un avortement illégal et banal dans une Roumanie communiste. Ainsi, le cinéaste invite-t-il son public à se familiariser avec des sujets autrefois tabous.

Le nouveau cinéma roumain qui a démarré récemment et le cinéma d’auteur turc doivent miser sur les coproductions et les financements étrangers pour exister et atteindre leurs publics. Ces deux cinémas prouvent toutefois que plus les réalisateurs ont l’opportunité de faire des films, plus leurs publics ont la chance de découvrir des histoires originales.

Amina Hassan

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