Ethiopie-Erythrée.
Le délai accordé à ces deux pays de la Corne de l’Afrique
pour démarquer définitivement leur frontière a expiré sans
qu’aucune solution ne soit trouvée, ravivant les craintes
d’une reprise des hostilités.
Compromis introuvable
Sur fond de tensions accrues récemment entre les deux frères
ennemis, la date butoir fixée par
l’Ethiopie et l’Erythrée pour démarquer leur frontière
physiquement a été dépassée sans qu’une solution ne soit
trouvée. Non seulement les deux pays n’ont pas réussi à se
mettre d’accord sur le tracé de leur frontière, mais aussi,
ils multiplient les déclarations belliqueuses.
Sept ans après la fin de la guerre qui a opposé ces deux
voisins de la Corne de l’Afrique, (1998-2000) la persistance
du différend frontalier continue d’envenimer leurs
relations. L’Ethiopie et l’Erythrée s’étaient toutes deux
engagées, au terme de l’accord d’Alger signé en décembre
2000, à respecter la décision de la commission
internationale indépendante chargée de délimiter la
frontière entre elles. Suite à quoi la commission
internationale, issue de la Cour permanente d’arbitrage de
La Haye, a arrêté sa décision en 2002. Cependant, l’Ethiopie
a refusé cette décision. Et depuis cette date, le blocage
reste entier. « Jusqu’à ce que la question soit
définitivement tranchée, la décision du 13 avril 2002
constitue le seul fondement légal pour la démarcation de la
frontière », a affirmé la commission frontalière
Ethiopie-Erythrée (EEBC) dans un communiqué.
En novembre 2006, la EEBC avait donné un an aux deux pays
pour délimiter leur frontière sur la base de ses
propositions. Addis-Abeba et Asmara s’opposent depuis ce
temps, la EEBC a attribué à l’Erythrée la ville de Badme,
une proposition refusée par l’Ethiopie.
Asmara reproche à la communauté internationale de
n’avoir exercé aucune pression sur l’Ethiopie pour l’amener
à accepter cette décision. Et Addis-Abeba affirme en
accepter le principe mais réclame des discussions sur le
détail de la ligne de démarcation, ce que refuse Asmara.
Selon les analystes, l’expiration du délai ne devrait rien
changer sur le terrain, mais cela rajoute de l’incertitude à
une situation déjà tendue. Une réunion de l’EEBC s’était
tenue avec des représentants des deux pays à La Haye en
septembre. Il en était ressorti que la commission devait
être dissoute en novembre et la frontière fixée sur les
cartes si aucune avancée n’était enregistrée. « Les
frontières resteront automatiquement telles que tracées (sur
les cartes) et le mandat de la commission sera alors
considéré comme rempli », selon une déclaration datée du 12
septembre. Ces dernières semaines pourtant, la tension est
montée d’un cran entre les deux pays qui ont massé plus de
100 000 soldats près de leur frontière commune d’un millier
de kilomètres.
Le premier ministre éthiopien Meles Zenawi a en effet rejeté
le délai fixé par la commission et qualifié d’« absurdité
légale » sa décision concernant la délimitation de la
frontière. Il a cependant tenu à rassurer la communauté
internationale. « Nous n’entrerons jamais en guerre contre
l’Erythrée à moins d’être confrontés à une invasion de
grande envergure. Mais je ne pense pas que le gouvernement
érythréen se lancerait dans une telle invasion car ce serait
un suicide », a-t-il dit.
Maha
Salem