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 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

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Afrique

Tchad. Des combats ont éclaté cette semaine entre les forces armées et différents fronts rebelles. Malgré les accords de paix déjà signés, le pays est toujours menacé par une déstabilisation générale.

Combats multiples

Une nouvelle crise a éclaté cette semaine au Tchad, où l’armée vit un véritable cauchemar, se retrouvant désormais engagée face à plusieurs fronts rebelles à la fois. D’intenses combats ont d’abord opposé à trois reprises cette semaine l’armée aux rebelles de l’Union des Forces pour la Démocratie et le Développement (UFDD).

L’UFDD du général Mahamat Nouri, un ex-ministre de la Défense, se trouve aux environs du massif d’Hadjer Marfaïn, près de la frontière soudanaise, à 150 km au nord-ouest d’Abéché, principale ville de l’est du Tchad.

Ensuite, un autre front rebelle, le Rassemblement des Forces pour le Changement (RFC) de Timan Erdimi, a entamé, la semaine dernière, des affrontements avec l’armée tchadienne. Les affrontements ont été confirmés par les deux parties. « Les contacts ont eu lieu avec nos forces et les combats ont éclaté avec le RFC », a déclaré le ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Allami, sans plus de précision. Quant au porte-parole du RFC, Id Moura Maïdé, il a déclaré que ses hommes avaient pris la localité d’Iriba sans rencontrer de grande résistance.

Une situation à hauts risques puisque selon Abakar Tollimi, l’UFDD est « en contact » avec le RFC de Timan Erdimi, un neveu et ancien proche collaborateur du président tchadien Idriss Deby, entré en rébellion fin 2005. « Nous n’allons pas dans les zones où se trouve le RFC afin de nous coordonner », a expliqué le secrétaire général de l’UFDD.

Suite aux récents accrochages, les rebelles UFDD hostiles au régime de N’Djamena s’en sont directement pris à la France et aux « autres forces étrangères », se disant « en état de belligérance » avec elles. Les rebelles reprochent à l’armée française d’avoir « survolé » leurs positions lors des combats qui les ont opposés aux forces gouvernementales. La France a déployé depuis 1986 au Tchad le dispositif Epervier, doté de 1 100 hommes et d’avions de transport, de reconnaissance et de combat. Lors des offensives rebelles de 2006, l’armée française avait fourni du renseignement au Tchad. Une attitude qui se reproduit à chaque fois qu’une offensive éclate entre l’armée tchadienne et les rebelles. Par ailleurs, depuis le début de cette nouvelle crise, elle poursuit ses vols de reconnaissance. « Dorénavant, l’UFDD se considère en état de belligérance contre l’armée française ou toute autre force étrangère sur le territoire national », a annoncé la rébellion dans un communiqué. Les rebelles accusent régulièrement la France de soutenir le président Idriss Deby Itno. Mais ils n’avaient jamais été aussi loin. Par ailleurs, la référence aux « autres forces étrangères » résonne comme une mise en garde à la mission d’environ 3 500 soldats que l’UE tente actuellement de déployer dans l’est du Tchad. La mise en place de l’Eufor se heurte déjà à des problèmes logistiques et l’insuffisance de moyens aériens. Avec la rupture du cessez-le-feu par l’UFDD et le RFC, la mission de cette force devient de plus en plus compliquée.

De quoi susciter l’inquiétude et troubler le pouvoir en place. En effet, l’UFDD et le RFC sont les principales rébellions tchadiennes. Elles font partie des quatre mouvements qui ont signé le 25 octobre à Syrte, en Libye, un accord de paix avec N’Djamena qui a littéralement volé en éclats avec la reprise des combats. Les différentes rébellions accusent en effet toujours Idriss Deby de ne pas honorer toutes les clauses de cet accord. « Le Tchad est menacé par une nouvelle guerre. Le président doit répondre aux revendications légitimes des rebelles que les accords de paix ont déjà approuvées. L’application de ces accords est la seule issue pour sauver ce pays », explique ainsi le Dr Nasr Ibrahim, analyste au Centre des études africaines au Caire.

Le pouvoir de Deby est ainsi en bien mauvaise position puisqu’un troisième groupe est aussi entré en jeu. La tension est montée d’un cran avec une autre ancienne rébellion, le Front Uni pour le Changement (FUC), qui avait signé un accord de paix en décembre 2006 et dont le chef, Mahamat Nour Abdelkerim, était devenu ministre de la Défense. Ce dernier a été limogé il y a quelques jours par le président Deby, au lendemain de nouveaux accrochages entre ses hommes et l’armée dans l’est du Tchad, selon un décret publié à N’Djamena. Officiellement rentrés dans le rang en début de semaine, des échanges de tirs les ont à nouveau opposés la semaine dernière à l’armée. Ces accrochages étaient distincts des batailles avec l’UFDD.

Des éléments de l’ex-Fuc, qui étaient cantonnés au nord-est d’Abéché, dans l’attente de leur intégration dans l’armée, sont entrés en dissidence en octobre. Après une tentative de réconciliation en début de semaine, des échanges de tirs les ont opposés à l’armée. Les autorités affirment qu’ils refusaient d’être désarmés ou intégrés à l’armée conformément à l’accord de paix de décembre 2006. Le Fuc avait mené, en avril 2006, la plus importante offensive rebelle des dernières années au Tchad, qui avait été repoussée aux portes de N’Djamena. Cette dernière jette toute la responsabilité comme par le passé sur son voisin, accusant le Soudan d’avoir armé les rebelles en vue d’une « agression » visant à « déstabiliser » le Tchad. Ce qui donne à la crise une dimension régionale l’aggravant davantage.

Maha Salem

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