Tchad.
Des combats ont éclaté cette semaine entre les forces armées
et différents fronts rebelles. Malgré les accords de paix
déjà signés, le pays est toujours menacé par une
déstabilisation générale.
Combats multiples
Une
nouvelle crise a éclaté cette semaine au Tchad, où l’armée
vit un véritable cauchemar, se retrouvant désormais engagée
face à plusieurs fronts rebelles à la fois. D’intenses
combats ont d’abord opposé à trois reprises cette semaine
l’armée aux rebelles de l’Union des Forces pour la
Démocratie et le Développement (UFDD).
L’UFDD du général Mahamat Nouri, un ex-ministre de la
Défense, se trouve aux environs du massif d’Hadjer Marfaïn,
près de la frontière soudanaise, à 150 km au nord-ouest
d’Abéché, principale ville de l’est du Tchad.
Ensuite, un autre front rebelle, le Rassemblement des Forces
pour le Changement (RFC) de Timan Erdimi, a entamé, la
semaine dernière, des affrontements avec l’armée tchadienne.
Les affrontements ont été confirmés par les deux parties. «
Les contacts ont eu lieu avec nos forces et les combats ont
éclaté avec le RFC », a déclaré le ministre tchadien des
Affaires étrangères, Ahmat Allami, sans plus de précision.
Quant au porte-parole du RFC, Id Moura Maïdé, il a déclaré
que ses hommes avaient pris la localité d’Iriba sans
rencontrer de grande résistance.
Une situation à hauts risques puisque selon Abakar Tollimi,
l’UFDD est « en contact » avec le RFC de Timan Erdimi, un
neveu et ancien proche collaborateur du président tchadien
Idriss Deby, entré en rébellion fin 2005. « Nous n’allons
pas dans les zones où se trouve le RFC afin de nous
coordonner », a expliqué le secrétaire général de l’UFDD.
Suite aux récents accrochages, les rebelles UFDD hostiles au
régime de N’Djamena s’en sont directement pris à la France
et aux « autres forces étrangères », se disant « en état de
belligérance » avec elles. Les rebelles reprochent à l’armée
française d’avoir « survolé » leurs positions lors des
combats qui les ont opposés aux forces gouvernementales. La
France a déployé depuis 1986 au Tchad le dispositif Epervier,
doté de 1 100 hommes et d’avions de transport, de
reconnaissance et de combat. Lors des offensives rebelles de
2006, l’armée française avait fourni du renseignement au
Tchad. Une attitude qui se reproduit à chaque fois qu’une
offensive éclate entre l’armée tchadienne et les rebelles.
Par ailleurs, depuis le début de cette nouvelle crise, elle
poursuit ses vols de reconnaissance. « Dorénavant, l’UFDD se
considère en état de belligérance contre l’armée française
ou toute autre force étrangère sur le territoire national »,
a annoncé la rébellion dans un communiqué. Les rebelles
accusent régulièrement la France de soutenir le président
Idriss Deby Itno. Mais ils n’avaient jamais été aussi loin.
Par ailleurs, la référence aux « autres forces étrangères »
résonne comme une mise en garde à la mission d’environ 3 500
soldats que l’UE tente actuellement de déployer dans l’est
du Tchad. La mise en place de l’Eufor se heurte déjà à des
problèmes logistiques et l’insuffisance de moyens aériens.
Avec la rupture du cessez-le-feu par l’UFDD et le RFC, la
mission de cette force devient de plus en plus compliquée.
De quoi susciter l’inquiétude et troubler le pouvoir en
place. En effet, l’UFDD et le RFC sont les principales
rébellions tchadiennes. Elles font partie des quatre
mouvements qui ont signé le 25 octobre à Syrte, en Libye, un
accord de paix avec N’Djamena qui a littéralement volé en
éclats avec la reprise des combats. Les différentes
rébellions accusent en effet toujours Idriss Deby de ne pas
honorer toutes les clauses de cet accord. « Le Tchad est
menacé par une nouvelle guerre. Le président doit répondre
aux revendications légitimes des rebelles que les accords de
paix ont déjà approuvées. L’application de ces accords est
la seule issue pour sauver ce pays », explique ainsi le Dr
Nasr Ibrahim, analyste au Centre des études africaines au
Caire.
Le pouvoir de Deby est ainsi en bien mauvaise position
puisqu’un troisième groupe est aussi entré en jeu. La
tension est montée d’un cran avec une autre ancienne
rébellion, le Front Uni pour le Changement (FUC), qui avait
signé un accord de paix en décembre 2006 et dont le chef,
Mahamat Nour Abdelkerim, était devenu ministre de la
Défense. Ce dernier a été limogé il y a quelques jours par
le président Deby, au lendemain de nouveaux accrochages
entre ses hommes et l’armée dans l’est du Tchad, selon un
décret publié à N’Djamena. Officiellement rentrés dans le
rang en début de semaine, des échanges de tirs les ont à
nouveau opposés la semaine dernière à l’armée. Ces
accrochages étaient distincts des batailles avec l’UFDD.
Des éléments de l’ex-Fuc, qui étaient cantonnés au nord-est
d’Abéché, dans l’attente de leur intégration dans l’armée,
sont entrés en dissidence en octobre. Après une tentative de
réconciliation en début de semaine, des échanges de tirs les
ont opposés à l’armée. Les autorités affirment qu’ils
refusaient d’être désarmés ou intégrés à l’armée
conformément à l’accord de paix de décembre 2006. Le Fuc
avait mené, en avril 2006, la plus importante offensive
rebelle des dernières années au Tchad, qui avait été
repoussée aux portes de N’Djamena. Cette dernière jette
toute la responsabilité comme par le passé sur son voisin,
accusant le Soudan d’avoir armé les rebelles en vue d’une «
agression » visant à « déstabiliser » le Tchad. Ce qui donne
à la crise une dimension régionale l’aggravant davantage.
Maha
Salem