Les défis du dialogue inter-social
Morsi Attalla
Le
dialogue inter-social auquel le président Moubarak a appelé,
et qui a été adopté par le PND sous le slogan de la «
justice sociale », doit dépasser les limites de la question
de la subvention des biens de consommation de base ou de sa
transformation en subvention en nature. Il faut que nos
visions dépassent les limites de nos frontières et de nos
causes intérieures. En effet, aucun Etat ne peut aujourd’hui
négliger tout ce qui se passe sur la scène internationale,
en particulier en ce qui concerne les mouvements du marché.
La loi de l’offre et de la demande constitue le plus
important facteur qui gère le marché, puisque quand les prix
changent dans un pays, un changement consécutif se produit
dans les autres pays. Il en est de même pour la baisse et la
hausse des salaires de la main-d’œuvre qui se reflètent à
des taux relativement proches et de façon spontanée sur tous
les marchés.
Pour être plus clair, il ne faut pas croire que le simple
fait de se passer d’une économie dirigée à une économie
libre signifie qu’un essor économique spontané sera réalisé.
Même si nous reconnaissons que l’économie libre et ses
mécanismes constituent le langage commun entre tous les pays
du monde, chaque pays a ses caractéristiques particulières
qui l’obligent à déterminer le sens adéquat de la justice
sociale et la meilleure façon de la réaliser au profit des
classes démunies.
Le défi que nous devons affronter en proposant le slogan de
la justice sociale sur la table du dialogue inter-social
dépasse les limites d’une vision purement matérielle qui se
base sur l’adoption d’une telle ou telle théorie pour en
arriver à traiter avec la scène économique et sociale
actuelle. Il faut aussi savoir que cette question préoccupe
autant les Etats pauvres que ceux développés et riches.
Or, le plus important est de savoir que le facteur du temps
n’est pas en notre faveur. Ce n’est pas du tout le moment
d’hésiter à nous lancer dans des défis réels qui touchent
directement la vie quotidienne des gens. Et le premier de
ces défis est de réaliser l’équilibre entre les salaires et
les prix.
Je pense que le dialogue inter-social doit nous inciter à
remettre en considération de nombreuses idées et visions qui
freinent toute action positive sur la scène économique et
sociale, et qui, en réalité, ne sont que des accumulations
de longues années d’hésitation et de politiques erronées.
Je me rappelle ici une parole dite par le premier ministre
malaysien, Mahatir Mohamed, nommé le pionnier de la
renaissance moderne en Malaisie, il a dit : « La
mondialisation n’est pas un habit confectionné pour être
porté par toutes les tailles ». Il a tout à fait raison et
ceci ne signifie pas qu’il faut négliger la mondialisation
et s’isoler du monde, mais il faut que chaque pays sache
comment se confectionner un habit à sa taille et qui serait
en harmonie avec les habits des autres pays qui naviguent de
pair avec la mondialisation.
A mon avis, notre capacité de confectionner un tel habit
dépend de notre capacité de faire un diagnostic précis de la
scène sociale et économique actuelle et de faire une lecture
correcte de la carte de demain.
Nous avons besoin de bouger rapidement et au bon moment sur
cette voie que certains estiment parsemée d’embûches. Or, il
faut tout de même s’y engager en tentant de dépasser les
obstacles, puisque des indices alarmants s’annoncent
fortement. Le dialogue inter-social doit assumer la
responsabilité de parvenir à des solutions aptes à éviter
que ces indices ne se transforment en dangers réels qui
peuvent avoir des répercussions catastrophiques à l’avenir.
Je pense que le dialogue inter-social est capable d’assumer
cette mission à condition de s’y engager avec la volonté
réelle de formuler une stratégie aux caractéristiques
claires. Et qui se baserait sur une compréhension correcte
de la scène actuelle et un diagnostic bien précis de tous
les maux de nos jours.
Entre une justice sociale aspirée et une économie libre dont
nous ne pouvons négliger les règles, nous pouvons bouger
avec précaution et intelligence pour aboutir à notre
objectif avec un minimum de coûts et un maximum de gains.