La presse partisane
Salama A. Salama
La
crise qui a éclaté récemment entre le rédacteur en chef du
journal Al-Wafd et le parti Al-Wafd, dont il est l’organe
central a suscité maintes questions sur l’avenir de la
presse partisane en Egypte. La presse moderne a pris
des formes différentes de celle que nous avons connue en
Egypte. Dans les pays démocratiques développés, il n’y a
plus de presse nationale (gouvernementale) ni de presse
partisane. Aujourd’hui, le véritable défi est double : que
la presse soit orientée vers tout le monde pour satisfaire
la plus large tranche de lecteurs et refléter toutes les
tendances de l’information et tous les débats en cours.
Il s’agit de réaliser la plus grande diffusion à travers une
performance professionnelle de haut niveau en toute
transparence et toute franchise sans aucune dépendance.
Le
dialogue dans cette crise s’est cantonné dans une sphère
très limitée et a abordé le droit du président du parti à
intervenir directement ou indirectement dans les affaires du
rédacteur en chef du journal, organe de ce parti. Il a
également évoqué les lignes rouges qui le régissent et qui
l’exposent aux pressions de l’action partisane qui de par sa
nature sont le reflet des courants, des intérêts et des
ailes à l’intérieur du parti.
Autrefois, la presse partisane a connu son apogée, une
époque d’or, avant que les systèmes démocratiques ne soient
consolidés en Occident. D’où l’élargissement de la marge de
liberté politique, ce qui s’est répercuté sur la presse et
la liberté d’expression.
Le parti
au pouvoir détenait un journal qui était son porte-parole et
le défenseur de ses idées. Il y avait la Pravda et Izvestia
dans le régime soviétique. Le rédacteur en chef de la Pravda
était l’un des plus importants membres du bureau politique
du parti. La plupart des pays d’Europe de l’Est suivaient
cette lignée, suivis par les partis communistes en Occident
comme L’Humanité en France, Unita en Italie et Republica en
Yougoslavie. Nous en Egypte, nous avons été influencés par
ce système et nous sommes toujours sous son emprise.
En
réalité, il n’y a pas de différence entre un journal, porte-parole
d’un parti et un autre exprimant ses idées, comme l’estiment
certains. Leur mission est identique. Il s’agit de diffuser
les idées du parti et ses principes parmi ses cadres à
travers une formule unique qui ne permettrait pas la
multiplicité des interprétations et des avis.
Le
phénomène de la presse partisane a disparu graduellement en
Occident. On ne retrouve plus un journal, porte-parole d’un
parti, comme par exemple celui des conservateurs, des
travailleurs en Grande-Bretagne, des gaullistes en France ou
encore du Parti républicain ou démocrate en Amérique. Les
journaux en Occident sont indépendants et ils peuvent
soutenir un parti dans un dossier donné ou prendre la partie
d’un candidat aux dépens d’un autre aux élections. Mais il
n’en demeure pas moins qu’ils préservent leur indépendance
d’une manière ou d’une autre.
Jusqu’à
ce que la presse évolue en Egypte pour parvenir à ce niveau,
les différends se reproduiront sans nul doute avec un
président de parti qui exerce le rôle de propriétaire plus
qu’il n’assume celui d’éditeur. Telle est la nature de la
période actuelle !