Iraq-Turquie.
Comptant sur un appui américain, Ankara semble décidée de
continuer de frapper le PKK en territoire iraqien.
Troubles au Kurdistan
Trois mois après la crise qui a éclaté entre Ankara et
Bagdad concernant le dossier kurde, la Turquie
a mis en exécution ses menaces en
pourchassant les rebelles du Parti des travailleurs du
Kurdistan (PKK) sur le sol iraqien. Des avions de combat
turcs ont pilonné dimanche des positions des rebelles kurdes
dans l’extrême nord-est de l’Iraq, mais sans faire de morts
ni de dégâts, a affirmé Jabbar
Yawar, porte-parole des forces
de sécurité kurdes (peshmergas) d’Iraq. Des appareils turcs
ont d’abord effectué des vols de reconnaissance autour du
massif de Qandil, à la limite de
l’Iran et de la Turquie, où est situé le quartier général
des rebelles du PKK, avant de bombarder certaines positions,
a dit M. Yawar. L’aviation
turque avait déjà mené la veille dans le nord de l’Iraq un
raid sur des positions du PKK, en lutte contre le pouvoir
central d’Ankara, avait annoncé l’armée turque sur son site
Internet. M. Yawar a affirmé que
ces attaques n’avaient fait aucune victime. L’armée turque
a, de son côté, souligné que le bilan des attaques
serait annoncé dans le courant de
la semaine.
Le premier ministre turc, Recep
Tayyip
Erdogan, a qualifié les raids de « succès »,
avertissant que « notre lutte [contre le PKK] continuera
dans et en dehors de la Turquie ». L’aviation turque avait
déjà bombardé le 16 décembre Qandil,
une région boisée et très escarpée du Kurdistan iraqien qui
abrite le QG des quelque 3 500 rebelles, qui selon Ankara,
utilisent la région comme base arrière pour leurs actions en
Turquie. Une incursion terrestre turque limitée avait été
aussi menée la semaine dernière contre les rebelles dans le
nord de l’Iraq, la première depuis le début de la crise en
octobre. Il s’agissait de la plus importante incursion
turque en Iraq depuis 2003.
Accusant les Kurdes d’Iraq, alliés des Américains, de
soutenir le PKK, la Turquie a menacé
depuis le début de cette année de lancer une
opération militaire dans le nord de l’Iraq pour en déloger
les rebelles qui se servent de cette région comme d’une base
arrière pour leurs actions dans le sud-est de la Turquie,
une région peuplée majoritairement de Kurdes. La Turquie,
qui dispose de la deuxième armée de l’Otan en effectifs (515
000 hommes), après les Etats-Unis, a massé 100 000 hommes à
la frontière iraqienne, longue de 380 kilomètres. Ce qui
signifie qu’il ne s’agit probablement pas d’une opération
isolée et qu’Ankara est déterminée à agir contre le PKK en
Iraq.
Or, cette fois-ci et contrairement à la crise qui a éclaté
en octobre dernier, la communauté internationale n’a presque
pas réagi. Aucun appel à la retenue n’a été lancé aux
autorités turques alors qu’au début de la crise, l’ensemble
de la communauté internationale craignait qu’une escalade
dans le nord de l’Iraq ne dégénère en crise généralisée,
d’autant plus que la situation en Iraq reste précaire et que
le Kurdistan reste l’une des rares zones relativement calmes
du pays.
Il semble donc que la Turquie a reçu un feu vert américain.
En effet, Washington a fourni des renseignements à Ankara
sur le PKK dans la montagne iraqienne, avait indiqué après
la première offensive aérienne le chef de l’armée turque, le
général Yasar
Buyukanit. « Les Etats-Unis ont
laissé l’espace aérien ouvert pour nous hier soir. De cette
façon, ils ont donné leur accord à l’opération », a-t-il
déclaré à la presse.
Non seulement l’Administration Bush était au courant de
l’attaque planifiée, mais elle a fourni en plus des
renseignements à l’armée turque. Le Washington Post a révélé
que l’armée des Etats-Unis avait détourné des avions de
surveillance et des drones vers le nord de l’Iraq et mis sur
pied un centre à Ankara afin de partager les renseignements
militaires avec leurs homologues turcs. Un représentant
américain a déclaré que les Etats-Unis « leur fournissaient
essentiellement leurs cibles » en laissant à l’armée turque
la décision d’agir.
D’importants généraux américains — dont le général David
Petraeus, commandant en chef des
forces des Etats-Unis en Iraq, le général James Cartwright,
vice-président de l’état-major américain, et le général John
Craddock, commandant suprême des
Forces alliées en Europe — sont engagés depuis le mois
dernier dans des pourparlers avec la Turquie au sujet
d’opérations anti-PKK.
Washington fait aussi pression sur le gouvernement irakien
et le Gouvernement Régional Kurde (GRK) pour qu’ils ferment
les bureaux du PKK au nord de l’Iraq et entreprennent des
mesures afin d’isoler des régions où est basé le PKK.
Cependant, Washington a nié avoir autorisé les frappes
aériennes, un représentant américain à Ankara a simplement
reconnu que les Etats-Unis avaient été informés à l’avance
des opérations militaires.
Face à cette position américaine, les réactions de colère au
sein du gouvernement iraqien et du GRK n’ont pas eu le
moindre impact. Le Parlement iraqien a émis une déclaration
condamnant les bombardements comme étant une violation «
révoltante » de la souveraineté iraqienne. Bagdad a sommé
l’ambassadeur turc en Iraq et demandé la fin des frappes,
déclarant qu’elles étaient inacceptables et pouvaient nuire
de façon importante aux relations entre les deux pays. Le
président du GRK, Masoud
Barzani, a mis les attaques sur le compte de l’armée
américaine. « Les Américains sont responsables parce le ciel
iraqien est entièrement sous leur contrôle », a-t-il dit.
Des critiques dont les Américains et les Turcs ne tiennent
semble-t-il pas compte .
Abir
Taleb