Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | Troubles au Kurdistan
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 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

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Monde Arabe

Iraq-Turquie. Comptant sur un appui américain, Ankara semble décidée de continuer de frapper le PKK en territoire iraqien.

Troubles au Kurdistan

Trois mois après la crise qui a éclaté entre Ankara et Bagdad concernant le dossier kurde, la Turquie a mis en exécution ses menaces en pourchassant les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) sur le sol iraqien. Des avions de combat turcs ont pilonné dimanche des positions des rebelles kurdes dans l’extrême nord-est de l’Iraq, mais sans faire de morts ni de dégâts, a affirmé Jabbar Yawar, porte-parole des forces de sécurité kurdes (peshmergas) d’Iraq. Des appareils turcs ont d’abord effectué des vols de reconnaissance autour du massif de Qandil, à la limite de l’Iran et de la Turquie, où est situé le quartier général des rebelles du PKK, avant de bombarder certaines positions, a dit M. Yawar. L’aviation turque avait déjà mené la veille dans le nord de l’Iraq un raid sur des positions du PKK, en lutte contre le pouvoir central d’Ankara, avait annoncé l’armée turque sur son site Internet. M. Yawar a affirmé que ces attaques n’avaient fait aucune victime. L’armée turque a, de son côté, souligné que le bilan des attaques serait annoncé dans le courant de la semaine.

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a qualifié les raids de « succès », avertissant que « notre lutte [contre le PKK] continuera dans et en dehors de la Turquie ». L’aviation turque avait déjà bombardé le 16 décembre Qandil, une région boisée et très escarpée du Kurdistan iraqien qui abrite le QG des quelque 3 500 rebelles, qui selon Ankara, utilisent la région comme base arrière pour leurs actions en Turquie. Une incursion terrestre turque limitée avait été aussi menée la semaine dernière contre les rebelles dans le nord de l’Iraq, la première depuis le début de la crise en octobre. Il s’agissait de la plus importante incursion turque en Iraq depuis 2003.

Accusant les Kurdes d’Iraq, alliés des Américains, de soutenir le PKK, la Turquie a menacé depuis le début de cette année de lancer une opération militaire dans le nord de l’Iraq pour en déloger les rebelles qui se servent de cette région comme d’une base arrière pour leurs actions dans le sud-est de la Turquie, une région peuplée majoritairement de Kurdes. La Turquie, qui dispose de la deuxième armée de l’Otan en effectifs (515 000 hommes), après les Etats-Unis, a massé 100 000 hommes à la frontière iraqienne, longue de 380 kilomètres. Ce qui signifie qu’il ne s’agit probablement pas d’une opération isolée et qu’Ankara est déterminée à agir contre le PKK en Iraq.

Or, cette fois-ci et contrairement à la crise qui a éclaté en octobre dernier, la communauté internationale n’a presque pas réagi. Aucun appel à la retenue n’a été lancé aux autorités turques alors qu’au début de la crise, l’ensemble de la communauté internationale craignait qu’une escalade dans le nord de l’Iraq ne dégénère en crise généralisée, d’autant plus que la situation en Iraq reste précaire et que le Kurdistan reste l’une des rares zones relativement calmes du pays.

Il semble donc que la Turquie a reçu un feu vert américain. En effet, Washington a fourni des renseignements à Ankara sur le PKK dans la montagne iraqienne, avait indiqué après la première offensive aérienne le chef de l’armée turque, le général Yasar Buyukanit. « Les Etats-Unis ont laissé l’espace aérien ouvert pour nous hier soir. De cette façon, ils ont donné leur accord à l’opération », a-t-il déclaré à la presse.

Non seulement l’Administration Bush était au courant de l’attaque planifiée, mais elle a fourni en plus des renseignements à l’armée turque. Le Washington Post a révélé que l’armée des Etats-Unis avait détourné des avions de surveillance et des drones vers le nord de l’Iraq et mis sur pied un centre à Ankara afin de partager les renseignements militaires avec leurs homologues turcs. Un représentant américain a déclaré que les Etats-Unis « leur fournissaient essentiellement leurs cibles » en laissant à l’armée turque la décision d’agir.

D’importants généraux américains — dont le général David Petraeus, commandant en chef des forces des Etats-Unis en Iraq, le général James Cartwright, vice-président de l’état-major américain, et le général John Craddock, commandant suprême des Forces alliées en Europe — sont engagés depuis le mois dernier dans des pourparlers avec la Turquie au sujet d’opérations anti-PKK. Washington fait aussi pression sur le gouvernement irakien et le Gouvernement Régional Kurde (GRK) pour qu’ils ferment les bureaux du PKK au nord de l’Iraq et entreprennent des mesures afin d’isoler des régions où est basé le PKK.

Cependant, Washington a nié avoir autorisé les frappes aériennes, un représentant américain à Ankara a simplement reconnu que les Etats-Unis avaient été informés à l’avance des opérations militaires.

Face à cette position américaine, les réactions de colère au sein du gouvernement iraqien et du GRK n’ont pas eu le moindre impact. Le Parlement iraqien a émis une déclaration condamnant les bombardements comme étant une violation « révoltante » de la souveraineté iraqienne. Bagdad a sommé l’ambassadeur turc en Iraq et demandé la fin des frappes, déclarant qu’elles étaient inacceptables et pouvaient nuire de façon importante aux relations entre les deux pays. Le président du GRK, Masoud Barzani, a mis les attaques sur le compte de l’armée américaine. « Les Américains sont responsables parce le ciel iraqien est entièrement sous leur contrôle », a-t-il dit. Des critiques dont les Américains et les Turcs ne tiennent semble-t-il pas compte .

Abir Taleb

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