Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | La concorde attendra
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 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

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Iraq . La réconciliation entre communautés traîne, le Parlement n’étant pas en mesure de régler des questions-clés politiques et économiques sans lesquelles des arrangements restent difficiles.

La concorde attendra

Les communautés en Iraq ne semblent pas encore prêtes à se rencontrer à mi-chemin. Le Parlement reste paralysé sur les questions-clés qui devraient ouvrir la voie à une normalisation politique. Il doit reprendre ses travaux samedi prochain. Mais rien ne laisse prévoir une décision rapide sur ces problèmes litigieux. « Nous aurions aimé que nos frères restent à Bagdad », a déploré le député sunnite Adnane Al-Doulaïmi, l’un des dirigeants du Front de la concorde (bloc sunnite). « Leur décision de partir en voyage (de fin d’année), alors que nous discutons de projets de lois cruciaux relève de la pure négligence ». Les parlementaires devaient débattre d’une possible amnistie pour certaines catégories de prisonniers. Un ajustement du système des rations alimentaires (en place depuis les sanctions internationales imposées à l’Iraq en 1990) pour les familles pauvres était aussi prévu. Abbass Al-Bayati, membre du Conseil Suprême Islamique Iraqien (CSII), l’une des deux principales factions chiites, est aussi cinglant. « La loi sur la débaassification et surtout le budget sont bloqués car nous n’avons pas le quorum nécessaire », regrette M. Bayati. « Les absents et les voyageurs ont fait très fort pour nuire aux intérêts de l’Iraq », lance-t-il, amer.

L’Administration américaine tente de faire pression sur le gouvernement iraqien pour accélérer l’adoption de toutes ces lois, qu’elle considère comme des « critères » des progrès de la réconciliation nationale en Iraq. L’examen de la très controversée loi qui doit décider de la répartition des revenus du pétrole entre l’Etat central et les provinces productrices a été sans cesse repoussé depuis un an. Elle n’est pas inscrite à l’ordre des débats et ne devrait pas être discutée avant plusieurs mois, estimait un responsable de l’ambassade des Etats-Unis. Après plusieurs reports, la loi sur la « Justice et la transparence », importante législation sur la réintégration d’anciens membres du parti Baas de Saddam Hussein au sein de la fonction publique, a été laborieusement débattue deux fois en novembre. Une troisième lecture est prévue, avant un vote qui n’a lui-même cessé d’être reporté. La loi sur le budget pour l’année 2008 est également toujours en discussion, et devrait être en théorie adoptée avant le 31 décembre.

Autre question importante concerne les milices sunnites qui combattent aux côtés des forces américaines l’organisation terroriste d’Al-Qaëda. Le gouvernement iraqien, dominé par les chiites, doit en 2008 offrir « un emploi et un avenir » aux dizaines de milliers de miliciens sunnites qui luttent contre la branche iraqienne d’Al-Qaëda, a déclaré dimanche l’ambassadeur américain à Bagdad, Ryan Crocker. « En 2008, deux choses importantes doivent se produire. Il faut que les membres (des groupes sunnites) sentent que le gouvernement, dont ils se méfient, est prêt à faire quelque chose de bien pour eux et pour leurs familles, et qu’ils voient des bénéfices concrets de leur association avec le gouvernement », a déclaré M. Crocker. « Il faut que le gouvernement leur assure un emploi et un avenir », a-t-il ajouté en soulignant que ce processus de « transition » devait avoir lieu en 2008. Des dizaines de groupes sunnites baptisés « Al-Sahwa » (réveil) ont été formés avec le soutien financier des Américains dans les régions sunnites d’Iraq pour y combattre les partisans d’Al-Qaëda.

Mais certaines voix se sont élevées dans le pays contre le risque de voir ces mouvements devenir des milices incontrôlées si elles ne sont pas incorporées aux forces de sécurité officielles. L’un des responsables politiques les plus influents d’Iraq, le chiite Abdel-Aziz Al-Hakim, s’était prononcé vendredi en faveur d’un contrôle étroit de ces groupes sunnites, jugeant qu’ils devaient agir en étroite collaboration avec l’Etat. Il a également réclamé leur désarmement. « Il est nécessaire que ces (milices) soient un instrument du gouvernement dans la traque des criminels et terroristes mais pas qu’elles se substituent à lui », a-t-il ajouté. Il a aussi souhaité qu’elles ne soient présentes que dans les points chauds du pays, reflétant l’inquiétude des dirigeants chiites de voir en face des groupes armés sunnites organisés qui pourraient se retourner contre la communauté chiite après le retrait des Américains. Le premier ministre chiite Nouri Al-Maliki, affaibli par le départ des ministres sunnites et chiites radicaux de son cabinet, est cependant très réticent à accepter l’intégration de ces miliciens dans les forces de sécurité .

Hicham Mourad

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