Iraq .
La réconciliation entre communautés traîne, le Parlement
n’étant pas en mesure de régler des questions-clés
politiques et économiques sans lesquelles des arrangements
restent difficiles.
La concorde attendra
Les
communautés en Iraq ne semblent pas encore prêtes à se
rencontrer à mi-chemin. Le Parlement reste paralysé sur les
questions-clés qui devraient ouvrir la voie à une
normalisation politique. Il doit reprendre ses travaux
samedi prochain. Mais rien ne laisse prévoir une décision
rapide sur ces problèmes litigieux. « Nous aurions aimé que
nos frères restent à Bagdad », a déploré le député sunnite
Adnane Al-Doulaïmi, l’un des dirigeants du Front de la
concorde (bloc sunnite). « Leur décision de partir en voyage
(de fin d’année), alors que nous discutons de projets de
lois cruciaux relève de la pure négligence ». Les
parlementaires devaient débattre d’une possible amnistie
pour certaines catégories de prisonniers. Un ajustement du
système des rations alimentaires (en place depuis les
sanctions internationales imposées à l’Iraq en 1990) pour
les familles pauvres était aussi prévu. Abbass Al-Bayati,
membre du Conseil Suprême Islamique Iraqien (CSII), l’une
des deux principales factions chiites, est aussi cinglant. «
La loi sur la débaassification et surtout le budget sont
bloqués car nous n’avons pas le quorum nécessaire »,
regrette M. Bayati. « Les absents et les voyageurs ont fait
très fort pour nuire aux intérêts de l’Iraq », lance-t-il,
amer.
L’Administration américaine tente de faire pression sur le
gouvernement iraqien pour accélérer l’adoption de toutes ces
lois, qu’elle considère comme des « critères » des progrès
de la réconciliation nationale en Iraq. L’examen de la très
controversée loi qui doit décider de la répartition des
revenus du pétrole entre l’Etat central et les provinces
productrices a été sans cesse repoussé depuis un an. Elle
n’est pas inscrite à l’ordre des débats et ne devrait pas
être discutée avant plusieurs mois, estimait un responsable
de l’ambassade des Etats-Unis. Après plusieurs reports, la
loi sur la « Justice et la transparence », importante
législation sur la réintégration d’anciens membres du parti
Baas de Saddam Hussein au sein de la fonction publique, a
été laborieusement débattue deux fois en novembre. Une
troisième lecture est prévue, avant un vote qui n’a lui-même
cessé d’être reporté. La loi sur le budget pour l’année 2008
est également toujours en discussion, et devrait être en
théorie adoptée avant le 31 décembre.
Autre question importante concerne les milices sunnites qui
combattent aux côtés des forces américaines l’organisation
terroriste d’Al-Qaëda. Le gouvernement iraqien, dominé par
les chiites, doit en 2008 offrir « un emploi et un avenir »
aux dizaines de milliers de miliciens sunnites qui luttent
contre la branche iraqienne d’Al-Qaëda, a déclaré dimanche
l’ambassadeur américain à Bagdad, Ryan Crocker. « En 2008,
deux choses importantes doivent se produire. Il faut que les
membres (des groupes sunnites) sentent que le gouvernement,
dont ils se méfient, est prêt à faire quelque chose de bien
pour eux et pour leurs familles, et qu’ils voient des
bénéfices concrets de leur association avec le gouvernement
», a déclaré M. Crocker. « Il faut que le gouvernement leur
assure un emploi et un avenir », a-t-il ajouté en soulignant
que ce processus de « transition » devait avoir lieu en
2008. Des dizaines de groupes sunnites baptisés « Al-Sahwa »
(réveil) ont été formés avec le soutien financier des
Américains dans les régions sunnites d’Iraq pour y combattre
les partisans d’Al-Qaëda.
Mais certaines voix se sont élevées dans le pays contre le
risque de voir ces mouvements devenir des milices
incontrôlées si elles ne sont pas incorporées aux forces de
sécurité officielles. L’un des responsables politiques les
plus influents d’Iraq, le chiite Abdel-Aziz Al-Hakim,
s’était prononcé vendredi en faveur d’un contrôle étroit de
ces groupes sunnites, jugeant qu’ils devaient agir en
étroite collaboration avec l’Etat. Il a également réclamé
leur désarmement. « Il est nécessaire que ces (milices)
soient un instrument du gouvernement dans la traque des
criminels et terroristes mais pas qu’elles se substituent à
lui », a-t-il ajouté. Il a aussi souhaité qu’elles ne soient
présentes que dans les points chauds du pays, reflétant
l’inquiétude des dirigeants chiites de voir en face des
groupes armés sunnites organisés qui pourraient se retourner
contre la communauté chiite après le retrait des Américains.
Le premier ministre chiite Nouri Al-Maliki, affaibli par le
départ des ministres sunnites et chiites radicaux de son
cabinet, est cependant très réticent à accepter
l’intégration de ces miliciens dans les forces de sécurité .
Hicham Mourad