Al-Ahram Hebdo, Livres | Focus sur une évolution problématique
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 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

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Anthropologie. A travers ses études sélectionnées, Cynthia Nelson met l’accent sur l’évolution de la femme égyptienne, dans le contexte de la nouvelle donne sociale, et sans omettre l’interférence du religieux.

Focus sur une évolution problématique

Cynthia Nelson était professeure à l’Université américaine du Caire. Anthropologue de formation, elle s’est tout au long de sa carrière penchée sur la complexité de la société égyptienne, mettant l’accent sur les femmes militantes. Elle a publié en 1973 la biographie de Dorriya Chafiq, qui est considérée comme la féministe la plus influente dans l’histoire du pays. Cynthia Nelson elle-même s’est battue sans relâche pour institutionnaliser l’anthropologie et les études féminines à l’Université américaine du Caire. La publication récente « Pioneering Feminist Anthropology in Egypt », aux éditions AUC Press, offre une sélection d’articles de la chercheuse américaine, qui a vécu 40 ans en Egypte.

Ce recueil propose une sélection d’articles axés majoritairement sur les femmes et sur leur rôle dans la société. Toute la seconde partie du recueil tente de percer à jour les nombreuses évolutions historiques, politiques et sociétales qui ont modifié en profondeur le rôle de la femme dans le monde arabe en général, et en Egypte en particulier. Cynthia Nelson insiste sur les transformations des femmes, dans la mesure où le nouveau rôle qui leur incombe ébranle inévitablement le rôle du patriarche. L’anthropologue remonte au 19e siècle et aux influences occidentales pour retracer cette évolution des femmes, qui est passée à la vitesse supérieure à l’entre deux-guerres. Cette période mouvementée a connu des changements multiples et rapides, figés par la plume de Naguib Mahfouz dans sa trilogie. L’écrivain dépeint une crise générationnelle, l’effondrement des rôles traditionnels et le désespoir qui accompagne la perte des marques des uns et des autres. Le mouvement féministe mené en Egypte par Hoda Chaarawi dans les années 1930 a aussi créé un fossé entre deux générations de femmes : la mère restant cantonnée à son rôle d’épouse docile, tandis que les jeunes femmes revendiquant un idéal de liberté, et sont au fait des évolutions politiques.

La charte nationale de 1962 grave dans la pierre cette évolution de la femme égyptienne qui est dorénavant considérée comme l’égale de l’homme et doit assumer son rôle à part entière dans la société. Les rapports traditionnels et les valeurs qui jusque-là codifiaient les relations entre hommes et femmes sont remises en question.

L’auteur aborde la conception des relations homme-femme dans l’islam pour mettre en lumière son inadéquation avec la société actuelle qui voit un nombre grandissant de femmes sur les bancs d’université et dans le milieu actif. L’islam traditionnel nie le terme « égalité » au profit de celui de « complémentarité » entre les deux sexes. Chacun se cantonne à certaines activités, certains privilèges et devoirs en fonction de sa nature et de sa sphère d’influence. Selon l’islam, l’homme doit exercer une autorité absolue dans la société, tandis que la femme doit exercer son influence dans le cercle plus restreint du ménage.

Il apparaît évident que ce schéma ne colle plus à la société égyptienne du 21e siècle, société plus permissive qui permet parfois aux futurs époux de se choisir l’un l’autre.

Cynthia Nelson clôt cet article sur une pirouette ironique : une étude menée sur des étudiants citadins, musulmans, et ayant moins de 21, révèle que les jeunes gens estiment que l’amitié et les intérêts communs sont indispensables à une union réussie. Pourtant, peu imaginent pouvoir développer ce type de relation dans la société égyptienne actuelle.

Enfin, le prorata des mariages par rapport au nombre de personnes en âge de convoler ne cesse de dégringoler depuis 1942, peut-être faut-il faire le lien avec le nombre grandissant de femmes inscrites à l’université, qui n’aspirent plus à remplir le rôle de la femme obéissante dans l’ombre du patriarche … .

Louise Sarant

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Pioneering Feminist,

Anthropology in Egypt,

sélections d’études de Cynthia Nelson,

AUC Press,

Le Caire 2007.

 

 




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