Al-Ahram Hebdo, Livres | La lampe des ténèbres
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 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

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Histoire de la peinture. Un petit ouvrage sur un peintre, Hamed Nada, qui représente une des étapes les plus importantes dans l’art égyptien, constitue une contribution de valeur pour mettre ce domaine à la portée de tous.

La lampe des ténèbres

Hamed Nada (1924-1990) est l’un des plus grands noms de la peinture égyptienne, du moins l’un des plus originaux et sans doute peu connu par rapport au grand public de la peinture. D’où l’intérêt du livre qui lui est consacré et qui vient d’être dans une édition populaire : « La Bibliothèque de la famille ». Inès Hosni, l’auteure, a titré son ouvrage Hamed Nada, le pionnier du surréalisme populaire. Un titre qui est tout un programme, puisqu’elle situe l’artiste dans cette mouvance qui le regroupe avec Abdel-Hadi Al-Gazzar, son ami et contemporain. Les deux ont eu des similitudes au départ avant que chacun trouve un style et surtout une vision qui lui est propre. Il reste qu’au départ, c’est l’inquiétude, on pourrait dire une angoisse métaphysique, qui les tenaille. Pour Hamed Nada, il y a un quotidien où l’invisible est maître. Inès Hosni est remontée à son enfance passée dans le quartier populaire de Khalifa au Caire pour expliquer ce choix qu’il a fait entre l’académisme, du moins le style en vogue, et cette insertion dans un monde fait de magie, de superstition de derviches, et de mouled. En fait comme l’explique l’auteure, Nada, comme Gazzar et d’autres, a bénéficié d’un maître anti-conformiste qui l’a poussé lors des études à l’académie des beaux-arts hors des sentiers battus. Il n’en reste pas moins que notre peintre a bien bénéficié des deux. Mais évidemment, il a choisi la révolte ; mais semble-t-il, cette révolte métaphysique est restée un échec. La peinture ou toute œuvre créatrice est-elle parfois la délivrance ? Sans doute mais pas pour Nada.

Aimé Azar, professeur et historien de l’art égyptien, cité par l’auteure, explique cette crise qui marquera pour de longues années l’œuvre du peintre. « Tandis qu’Al-Gazzar nous fait part de ses émotions et tourments, Nada, au contraire, se replie sur lui-même. Il souffre profondément de la vie que mènent les humbles du quartier de Khalifa, mais l’humaniste chez lui est un résigné qui regarde avec un calme attristé les malheurs dont souffre l’homme » (Aimé Azar, La Peinture moderne en Egypte, les Editions nouvelles, Le Caire, 1961).

Azar cependant a plutôt qualifié Nada d’expressionniste plutôt que de surréaliste. Il est, somme toute, difficile de classer un peintre original et surtout marqué par cette inquiétude. Faut-il croire qu’il considérait ces traditions propres à l’Egypte comme des superstitions ? Ne faisaient-elles pas partie de sa culture populaire, un moyen d’exprimer l’angoisse tout en étant incapable de s’en affranchir ? Le symbolisme que l’on dirait suggestif plus que direct fait l’essentiel de sa vision, Inès Hosni tant qu’Azar mettent l’accent sur deux symboles importants : le chat et la lampe, tous les deux ont un sens particulier. « Le chat est un symbole psychologique à cause du jeu qui entre dans la cruauté inconsciente du félin, la menace nerveuse et la domination des instincts qui cache l’apparente grâce et stylise la domestication du chat, enfin parce que la souplesse de l’animal permet à Nada de le déformer anatomiquement selon les besoins plastiques du tableau (...) Il s’agit peut-être de la démoniaque chez l’homme », écrit Azar. Pour la Lampe, Inès Hosni considère qu’il s’agit d’une véritable œuvre maîtresse datant de 1946. Elle a reçu comme titre en français : La lampe des ténèbres chez Azar. Quant à Recherche de la lumière c’est le comte d’Arschot qui était membre des Associations belge et internationale des critiques d’art, et qui fut l’un des premiers à attirer l’attention sur Nada qui en parle. Absence ou recherche de lumière, la Lampe gigantesque présentée au premier plan est loin de sauver. Azar l’explique : « Quant à la lampe de Nada, nous y voyons pour l’artiste un moyen de délimiter le champ de la représentation du monde par l’homme, c’est un champ extrêmement réduit où l’éclairage et les ombres n’appartiennent qu’au monde personnel de l’individu, lequel impose au réel le mystère personnel de sa vision (...) la lampe de Nada pourrait s’appeler prison de l’homme ».

Expressionniste ou surréaliste, Nada va au-delà de la réalité, le « monde de l’irrationnel » comme l’appelle Inès Hosni qui va « à l’encontre de la pensée rationnelle que Nada connut à travers ses lectures de Hegel et d’autres ». Elle a ainsi rappelé que dans son parcours, il s’est rendu à Louqsor en 1956, de quoi lui révéler « l’art des pharaons, son immortalité et sa permanence ; ses couleurs vives », mais il faut surtout souligner que cette tendance a fait corps avec la magie et l’au-delà accessibles et lointains qui caractérisent son œuvre.

L’auteure relève en plus un aspect intéressant. Chez Nada, il y a un écrasement de l’homme, c’est-à-dire du mâle face à une femme érotisée. Que représente cette faiblesse extrême ? Inès Hosni souligne : « La femme est l’héroïne ; il l’illustre par la vigueur des couleurs et leur densité. L’homme est secondaire, son image est pâle ». A revenir à la Lampe, la femme est certes courbée, mais elle est bien en chair et voluptueuse, l’homme est presque une ombre.

Ahmed Loutfi

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Dr Inès Hosni, Hamed Nada, raëd al-surrealia al-chaabiya

(Hamed Nada, le pionnier du surréalisme populaire).

Maktabet Al-osra,  2007

 

 




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