Al-Ahram Hebdo, Evénement | Bilan 2007
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

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Evénement

Bilan 2007. Amendement constitutionnel, campagne contre les Frères musulmans, grogne sociale et torture dans les commissariats. Retour sur les moments forts d’une année riche en péripéties.

Les ouvriers manifestent

Incontestablement, l’année 2007 est celle de la grogne sociale. Le mouvement commence en février avec l’entrée en grève de 27 000 ouvriers de l’entreprise de filature et de tissage Ghazl Al-Mahalla, qui réclament leur part dans les profits annuels de l’entreprise. En mars et avril, 9 000 ouvriers des minoteries du Caire et de Guiza organisent plusieurs sit-in à cause de la réduction des quotas de farine distribués aux minoteries publiques au profit des minoteries privées. Un mois après, 6 000 ouvriers de l’entreprise Bolivar organisent deux sit-in pour réclamer les 7 % des bénéfices des actions de l’entreprise qui leur sont consacrés, et exiger une augmentation des primes mensuelles de 22 à 60 L.E. Quoique limités, d’autres sit-in se succèdent : conducteurs et ouvriers de métro souterrain, éboueurs et autres. Selon un rapport publié par le Centre de la terre pour les droits de l’homme, 283 protestations ont eu lieu pendant les 6 premiers mois de l’année 2007 dans les secteurs public, privé et le secteur des affaires. Quant aux chiffres du ministre de la main-d’œuvre, ils signalent 50 sit-in, 32 grèves et 13 manifestations pour la même période. La fin de l’année a été marquée par l’un des plus grands mouvements de protestation : à peu prés 10 000 fonctionnaires des impôts fonciers, ont organisé un sit-in dans le quartier de Qasr Al-Aïni au centre-ville, en face du Parlement, réclamant entre autres une augmentation immédiate de leur salaire.

La plupart des mouvements de protestation se sont achevés sur une réponse favorable de la part du gouvernement. Mais, qu’est-ce qui a nourri une telle grogne ouvrière ? « Les représentants syndicalistes des ouvriers nommés par le gouvernement ne peuvent pas s’exprimer au nom de ceux-ci. Les partis et les forces politiques ont échoué à communiquer avec eux. C’est ainsi qu’ils n’ont trouvé d’autre solution que de protester sous la direction de certains leaders non politisés pour réclamer leurs droits », explique Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Il montre que le gouvernement est tombé dans une grosse erreur lorsqu’il a écarté les vrais leaders de tous les syndicats car ces derniers, selon lui, pouvaient être le point de rencontre entre l’Etat et les ouvriers tout en étant capables de contrôler ces mouvements et de les coordonner. D’autre part, c’est la pauvreté et les revendications salariales qui ont aussi été à l’origine de tels mouvements. Tous les indices montrent que la grogne ouvrière n’est pas sur le point de s’arrêter avec la fin de 2007. Au contraire, elle semble être prête à s’étendre davantage.

 

Le Djihad renonce à la violence

La fin de l’année 2007 a donné lieu à une surprise pour ceux qui s’intéressent au dossier islamiste. Sayed Imam, fondateur du groupe armé clandestin du Djihad publie de sa prison un recueil où il procède à une révision des fondements idéologiques du groupe, auteur de plusieurs attentats terroristes dans les années 1980 et 90. Rationaliser l’action djihadiste en Egypte et dans le monde est le titre de l’ouvrage de Sayed Imam qui avait déjà publié dans les années 1980 un autre livre intitulé Al-Emda fi eadad al-edda considéré comme la doctrine du Djihad. Dans ses nouvelles révisions, Sayed Imam change complètement ses précédentes  idées. Il interdit de tuer les étrangers à l’intérieur de leur pays en donnant l’exemple du prophète Mohamad et ses compagnons qui n’ont jamais demandé à tuer les habitants de la Perse ni même ceux de La Mecque avant qu’elle ne soit conquise. D’après Imam, les attentats contre les pays non musulmans sont illicites car les musulmans sont entrés dans ces pays avec des visas de travail ou de tourisme ou pour étudier, donc faire des attentats est une sorte de trahison que l’islam rejette. Imam traite aussi la relation entre chrétiens et musulmans. Il donne l’exemple du mariage du prophète Mohamad avec Maria la copte pour prouver que les musulmans doivent  avoir de bonnes relations avec les chrétiens. La charia ne demande pas de tuer les juifs ou les chrétiens sauf s’il s’agit d’un cas de légitime défense. Changement d’idéologie ou coup arrangé par les autorités ? Difficile d’apporter une réponse. Cependant, l’importance de ces révisons ne se rapporte pas seulement aux nouveaux principes qu’elles apportent et qui sont complètement en contradiction avec la doctrine habituelle du Djihad mais aussi à l’influence de leur auteur, ancien émir du Djihad. « Je trouve que ces révisions auront une influence sur les islamistes qui se trouvent dans les quatre coins du monde mais cela va prendre quelque temps », estime l’avocat islamiste Montasser Al-Zayyat. Selon lui, cela explique la réaction rapide d’Aymane Al-Zawahri, le numéro 2 d’Al-Qaïda, qui a lancé une vidéo sur une chaîne satellite où il s’est moqué des révisions. Le Djihad, tout comme la Gamaa islamiya, l’autre groupe clandestin armé, ont évolué vers le rejet de la violence. La première initiative de rejet de la violence a été en 1997 par certains dirigeants emprisonnés de la Gamaa.

 

Le recul de Kéfaya

« A bas Moubarak », « Non à l’hérédité du pouvoir ». Des slogans lancés pour  la première fois, il y a trois ans dans la rue égyptienne. C’est par ces slogans audacieux et choquants, que le mouvement égyptien pour le changement Kéfaya s’est fait connaître. Dès son émergence en décembre 2004, le mouvement a eu un effet de choc. Mais si cet effet a été très perceptible en 2005 et 2006, il était quasi absent au cours de l’année 2007 où le mouvement et ses activités sont presque passés inaperçus. L’activité de Kéfaya s’est limitée à quelques manifestations restreintes ne regroupant que quelques dizaines de personnes tandis qu’on a remarqué une recrudescence des grèves, des sit-in et des protestations ouvrières. Pourquoi cette situation ? Réponse de Georges Ishaq, porte-parole du mouvement : « Nous faisons face à plusieurs obstacles. Les services de sécurité nous mettent les bâtons dans les roues ». Il insiste cependant sur le fait que Kéfaya reste toujours le symbole de la mobilisation populaire. « Kéfaya a réussi à briser la barrière de la peur qui empêchait les citoyens de sortir dans les rues pour se plaindre et s’exprimer. Et cela a encouragé toutes les autres forces politiques, les organisations syndicales et même les gens ordinaires à sortir et à s’exprimer sans crainte. Nous avons réussi donc à faire bouger l’eau stagnante », ajoute Ishaq. Kéfaya a encouragé d’autres mouvements à se former comme Ouvriers pour le changement, Journalistes pour le changement et Etudiants pour le changement. Ishaq ajoute que si les activités du mouvement sont moins massives, c’est à cause des arrestations régulières de ses membres ainsi qu’à l’étau imposé par les forces de sécurité sur les manifestations.

Mais est-ce la seule raison ? Des conflits ont éclaté au sein de Kéfaya, ce qui a affecté son rôle. « Nous sommes maintenant en train de remédier à ces problèmes pour revenir à ce qu’on était. 2008 verra des évolutions importantes. Nous poursuivrons les manifestations contre l’hérédité du pouvoir mais nous allons concentrer nos efforts pour soutenir et mobiliser l’opinion », annonce Ishaq. Des propos que certains considèrent comme trop optimistes. Le recul de Kéfaya s’explique par le fait que c’est une fragile coalition de marxistes, de nationalistes panarabes, de libéraux et d’islamistes. Une sorte d’ombrelle recouvrant des courants politiques qui sont en contradiction idéologique et dont les priorités sont aussi contradictoires.

 

Subvention ciblée

Le discours sur une levée imminente de la subvention des produits alimentaires a pris une résonance plus sérieuse après le dernier discours du président Moubarak devant le Parlement en novembre. Celui-ci a annoncé une nouvelle politique de ciblage de la subvention qui permettrait aux couches les plus démunies d’en tirer un profit maximal. « Le besoin de reconsidérer le système actuel de subventions devient pressant, (…) afin que la subvention atteigne ceux qui la méritent et non ceux qui n’ont en pas besoin », a souligné le président, tout en notant « la charge croissante que représente la subvention pour le budget de l’Etat ». Le débat sur la question n’écarte pas la possibilité que, voulant se décharger du fardeau que représente la subvention, l’Etat préfère y aller par quatre chemins en adoptant un discours flou. La subvention au pain dont le prix n’a subi aucune augmentation ces 20 dernières années, absorbe près de 7,3 milliards de L.E. durant l’exercice 2007/08.

Mais les déclarations officielles au niveau ministériel n’ont pas pu calmer les doutes, bien au contraire, obligeant le président à le dire très clairement qu’il n’était pas question de lever la subvention dans un avenir proche. Le débat sur la subvention a évoqué les mémoires de « l’Intifadat al-khobz (du pain) » qui a éclaté en 1977 quand le président Sadate a tenté une levée brusque de la subvention. Aujourd’hui, avec les grèves et les manifestations qui se multiplient déjà dans les secteurs ouvriers, le régime a sans doute découvert que le moment n’est pas propice pour ouvrir la boîte de Pandore.

 

Réforme sous tension

Les amendements constitutionnels adoptés en début d’année à l’issue d’un référendum furent dénoncés par les Frères musulmans comme un « coup d’Etat constitutionnel ». Mais ils n’étaient pas les seuls à s’en indigner. Les appels au boycott se sont ainsi multipliés avec la formation d’un front des partis d’opposition au sein du Parlement. Pour le guide de la confrérie des Frères musulmans, Mehdi Akef, les 34 amendements en question constituent « un coup d’Etat constitutionnel ». Pour la confrérie des Frères musulmans, les nouveaux articles sont destinés à lui barrer la route à toute participation au prochain scrutin présidentiel. Le deuxième amendement de l’article 76 (amendé une première fois en 2005) prévoit en effet que tout candidat se présentant doit être affilié à un parti disposant d’au moins 3 % de députés au sein de l’Assemblée du peuple. Malgré leurs 88 députés qui leur sont affiliés, les Frères musulmans ne sont officiellement toujours pas reconnus comme un parti. Pour les priver définitivement de toute chance de participation électorale, un autre amendement stipule que dorénavant aucun parti ne pourrait être constitué sur la base de la religion. Ce qui empêche de facto les Frères musulmans de pouvoir revendiquer une appartenance partisane.

Pour les autres partis de l’opposition dite « laïque », ces amendements sont pour le moins liberticides. Ils critiquent notamment l’amendement de l’article 88 qui signe la fin de la supervision des élections par les juges. Le Club des magistrats a dénoncé à plusieurs reprises cette modification.

Le remplacement de l’article 179 vise une levée de la loi d’état d’urgence (toujours en vigueur depuis 1981) au profit d’une loi antiterroriste que de nombreuses ONG ainsi que le Comité national des droits de l’homme que dirige Boutros Boutros-Ghali ont vivement critiquée. Ces derniers ont jugé le nouveau texte aussi hostile aux libertés que le précédent et ont demandé la stricte levée de l’état d’urgence. Les amendements ont été adoptés par la majorité de la population lors d’un référendum ... sans surprise.

 

Bataille contre la torture

La torture et les mauvais traitements des citoyens dans les commissariats existent en Egypte depuis longtemps. Mais on n’avait jamais autant parlé de cette question épineuse qu’en 2007. Serait-ce le signe d’un début de prise de conscience ? Le 5 novembre témoigne de la condamnation d’un officier et de deux agents à trois ans de prison ferme pour avoir agressé et violé sexuellement un chauffeur de microbus, Emad Mohamad Ali surnommé Emad Al-Kabir. Un précédent. Emad Al-Kabir avait été arrêté à Boulaq Al-Dakrour par un officier de police, Islam Nabih. Ce dernier et les deux agents qui l’assistaient ont filmé les faits avec un téléphone portable afin d’envoyer les images à l’entourage de la victime et de l’humilier. Mais ce policier n’imaginait pas que ces images allaient être utilisées contre lui dans un procès. L’affaire de Emad Al-Kabir a mis en lumière l’atrocité de certaines pratiques policières qui, pour la première fois, ont mobilisé l’attention des médias. Une autre affaire allait d’ailleurs faire parler d’elle. Les faits se déroulent cette fois-ci dans le gouvernorat de Mansoura, dans le village de Telbana. La police fait une descente chez Nasser Al-Saïdi, 35 ans, et le roue violemment de coups au vu des villageois avant de le conduire au commissariat de police, où il subit d’autres sévices. Hospitalisé dans un état critique, il est décédé 24 heures plus tard. La victime n’était accusée d’aucun crime. La police cherchait seulement à exercer des pressions sur son frère, un délinquant en fuite, pour l’obliger à se rendre. Le 27 novembre, les trois policiers impliqués dans ce crime sont condamnés à 7 ans de prison ferme et démis de leurs fonctions. Faut-il croire à une véritable prise de conscience ? « Je pense que 2007 marque une victoire contre la torture et les policiers qui croyaient être au-dessus de la justice », explique l’avocat Nasser Amine, directeur du Centre arabe pour l’indépendance de la justice, qui a engagé le procès de Emad Al-Kabir. Il explique que les verdicts prononcés en 2007 ont encouragé les victimes de ce genre de pratique à porter plainte. « C’est donc un pas. La Constitution égyptienne interdit la torture. Nous voulons bien croire aux déclarations du ministre de l’Intérieur affirmant que tous les officiers impliqués dans des actes de torture seront présentés à la justice et condamnés s’il s’avère qu’ils sont coupables », affirme l’avocat. L’Egypte fait face à des pressions internationales sur le dossier des droits de l’homme et tente de les atténuer. Les Etats-Unis ont annoncé dernièrement que la fourniture à l’Egypte d’une partie de l’aide  américaine (soit 100 millions de dollars) dépendra de l’amélioration de la situation des droits de l’homme, entre autres le traitement dans les prisons et les commissariats.

 

Les embarcations de la mort

L’émigration clandestine a connu une hausse en 2007. Des centaines de jeunes Egyptiens à la recherche d’une vie meilleure ont trouvé la mort sur les côtes européennes. La fin de l’année a été marquée par deux catastrophes. La première a eu lieu aux larges des côtes italiennes. Une barque à moteur qui se dirigeait vers l’Italie à bord de laquelle se trouvaient 172 émigrés clandestins a fait naufrage. Bilan 28 morts et 127 rescapés. En décembre, une autre barque, avec 90 émigrés de différentes nationalités entassés à bord, a fait naufrage près de la Turquie faisant 8 morts égyptiens. Selon les témoins, d’autres jeunes Egyptiens se trouvaient sur la barque, mais, désespérées de trouver d’autres rescapés ou morts, les autorités ont arrêté la recherche. D’autres incidents similaires, moins tragiques, ont eu lieu durant l’année écoulée. Mais ces deux catastrophes ont braqué la lumière sur la mafia de courtiers d’émigration clandestine qui proposent aux jeunes moyennant des sommes de 15 000 à 60 000 L.E. de les aider à émigrer clandestinement en Europe. Selon un rapport publié par l’Organisation égyptienne des droits de l’homme sur le phénomène de l’émigration clandestine, les côtes italiennes ont reçu dans les quatre premiers mois de l’année 14 barques contenant plus de 1 500 émigrés, majoritairement des Egyptiens. 1 809 émigrés ont été refoulés de l’Italie à l’Egypte, affirme Ahmad Al-Qowesni, ministre adjoint des Affaires étrangères, en affirmant que la plupart des pays européens, dont l’Italie, appliquent désormais des normes strictes et de nombreux clandestins se trouvent rapatriés. En fait, l’atmosphère sociale et économique de plus en plus difficile, la pauvreté, les revenus réduits et le chômage qui s’est élevé à 11 %, sont les causes principales de ce phénomène. Aussi, le rêve de s’enrichir assez vite comme les anciens émigrants pousse les jeunes à vendre tout ce qu’ils possèdent ou à s’endetter et risquer le danger de mort. Face à cette situation, le gouvernement a mis une stratégie pour lutter contre ce phénomène. « L’Egypte a conclu un accord avec les autorités italiennes afin d’envoyer chaque année 7 000 travailleurs égyptiens de différentes professions. Et, sur ce même exemple, l’Egypte en a pu signer deux autres, l’un avec la Grèce et l’autre avec Chypre. Un troisième avec la Bulgarie est actuellement en étude », a indiqué Al-Qowesni. Mais la qualification reste un obstacle devant ces jeunes. « Le problème de la main-d’œuvre égyptienne est qu’elle manque de qualification. Ces jeunes se rendent en Europe pour y pratiquer toutes sortes de métiers marginaux. Or, le gouvernement pourrait trouver des débouchés à cette main-d’œuvre à l’étranger surtout sur les marchés européens si elle était bien formée », conclut Ali Fath Al-Bab, député et membre de la commission de la main-d’œuvre.

 

Dure année pour les Frère

Si l’année 2006 avait témoigné d’un relatif répit entre l’Etat et les Frères musulmans, 2007 a été l’une des plus cauchemardesques pour la confrérie interdite mais tolérée. Arrestations massives, harcèlements et intimidations de tous genres, la campagne gouvernementale contre les Frères a atteint son apogée en 2007. Cela a commencé très mal pour les Frères avec la décision du président de la République, le 6 février, de renvoyer devant la justice militaire 39 cadres dont le numéro 3 du mouvement, Khaïrat Al-Chater, ainsi que plusieurs hommes d’affaires. Ils sont accusés de « blanchiment d’argent et de financement d’une organisation interdite ». Trois mois plus tard, la tension allait rebondir lors des élections partielles du Conseil consultatif au mois de juin. L’Etat resserre l’étau autour des candidats de la confrérie pour éviter une nouvelle percée comme celle réalisée aux législatives en 2005 où les Frères ont obtenu 88 sièges. Le 14 juin, un député de la confrérie, Yasser Hammoud, est battu et roué de coups par les forces de sécurité lors d’une visite à son village à Ménoufiya. Au mois de juillet, deux parlementaires de la confrérie, Sabri Amer et Ragab Abou-Zeid, sont arrêtés alors qu’ils participaient à une réunion des cadres de la confrérie et ce malgré leur immunité parlementaire. Parallèlement à ces intimidations, l’Etat a mené l’une des plus vastes campagnes d’arrestation contre les Frères. Plus de 1 000 membres du mouvement ont été arrêtés. Autre coup adressé aux Frères : l’amendement d’un article de la Constitution interdisant toute activité politique basée sur la religion. Diaa Rachwan, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, lie l’ampleur de cette campagne au contexte politique. « Le régime politique était sous pression dès le début de l’année 2007 avec, d’une part, des critiques acerbes sur les amendements constitutionnels et d’autre part, une multiplication des grèves et des protestations ouvrières. L’Etat a voulu réduire cette pression interne croissante qui risquait d’entraver ses plans, d’où cette énorme campagne contre les Frères », explique le chercheur ajoutant que la politique de fermeté de l’Etat a été favorisée par un recul des pressions externes réclamant une réforme démocratique. « Le tapage provoqué par les députés islamistes au Parlement et la tension continuelle avec le PND ainsi que le lancement par la confrérie d’un projet de parti ont augmenté la tension », souligne Rachwan. Les Frères ont en effet annoncé leur décision de fonder un parti politique sans passer par les voies officielles d’accréditation. Une initiative perçue par certains comme une tentative d’embarrasser l’Etat et de se soustraire à la pression.

Dossier réalisé par
Chérine Abdel-Azim, Chérif Albert,
May Al-Maghrabi et Sabah Sabet

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