Lutte contre la
désertification. Une coopération avec le Mexique vise à introduire de
nouvelles variétés de figues de Barbarie. Le projet s’annonce aussi prometteur
dans la lutte contre la dégradation des terres agricoles.
La figue de Barbarie courtisée
Le
Centre égyptien de Recherches sur le Désert (CRD) a accueilli récemment une
délégation scientifique mexicaine venant des institutions de recherches, ainsi
que l’ambassadeur du Mexique en Egypte. Objectif de la visite : Introduire
d’autres nouvelles variétés de figue de Barbarie en Egypte afin de lutter
contre la désertification. Lors de la visite, la délégation mexicaine a fait
une présentation concernant la culture de la figue de Barbarie au Mexique ainsi
que les divers moyens pour exploiter cette plante dans l’exportation,
l’industrie alimentaire, pharmaceutique, cosmétique et médicale. « Il s’agit
d’une coopération pour introduire 50 variétés de figues de Barbarie en Egypte. Ces
variétés seront plantées tout d’abord dans le champ de la banque
phytogénétique, située à Cheikh Wozeid au Nord-Sinaï, et dont le rôle est de
conserver les ressources génétiques des plantes menacées d’extinction après la
détérioration des terres agricoles. Ces variétés seront donc l’objet d’études
pour voir si elles s’adaptent aux conditions climatiques en Egypte. Celles qui
réussissent à résister notamment à une quantité d’eau modeste seront cultivées
dans plusieurs endroits d’Egypte dont la Côte-Nord ouest et le Nord-Sinaï. Le
succès de toutes ces expériences mènera plus tard à conclure une convention
avec la partie mexicaine portant sur la propriété intellectuelle », explique
Mohamad Ossama Mohamad Salem, ancien directeur du département de
l’environnement au sein du CRD.
Cette
coopération égypto-mexicaine intervient dans le cadre de la Convention
internationale de la conservation de la biodiversité ainsi que les initiatives
du Fonds pour le soutien du développement dans les pays arabes. Ce fonds a été
créé au sein de la Ligue arabe afin de promouvoir la coopération entre les pays
arabes et le Mexique. « Bien qu’il existe plus de 50 variétés de figue de
Barbarie, nous n’en cultivons que deux seulement en Egypte. Cette plante est
connue pour sa résistance aux conditions désertiques sévères. En Egypte, nous
exploitons uniquement le fruit. Mais la plante elle-même est utilisée dans
plusieurs domaines économique, industriel et médical. Le côté égyptien a
proposé le projet de l’utilisation de la figue de Barbarie pour lutter contre
la désertification dans les terrains marginaux en Egypte afin d’aider à mettre
un terme à la dégradation des terres agricoles en Egypte », indique Ismaïl Abdel-Guélil,
directeur du CRD et représentant de l’Egypte à la Convention de la Lutte contre
la Désertification (CLD). Il soumettra un rapport sur les résultats de la
visite de la délégation mexicaine au ministre de l’Agriculture et de la
Bonification des terres dans les prochaines semaines. Les expériences pour
examiner l’adaptabilité des nouvelles variétés dureront deux ans. « Au bout de
deux ans, nous saurons quelles variétés peuvent être cultivées en Egypte. Mais
pour savoir si la plante est rentable sur le plan économique et de
l’exportation, il nous faudra trois à cinq ans », déclare Salem.
Recherches phytogénétiques
Les
deux variétés de la figue de Barbarie cultivées en Egypte se trouvent dans le
Sinaï, à Marsa Matrouh et dans les zones désertiques du Delta et de la vallée
du Nil. Les bédouins de Ariche l’utilisent essentiellement pour empêcher les
dunes de sable d’abîmer les sols et leurs cultures. Au Mexique, pays d’origine
de cette plante, il est question d’une industrie géante dans plusieurs
domaines. « Durant la présentation, les chercheurs mexicains ont parlé d’une
culture massive de la figue dans leur pays. Cette plante, qui se reproduit en
grande quantité, est exploitée dans divers domaines. Les fruits sont exportés,
et les tiges de cactus sont utilisées comme aliment pour les humains, car
riches en fibres. Elles sont également utilisées comme fourrage pour le bétail.
Sans oublier que des produits cosmétiques ainsi que des produits
pharmaceutiques sont fabriqués à partir des tissus de cette plante. Bref, nous
sommes devant une plante à multi-utilisations. Pourquoi donc ne pas étendre les
espaces cultivés de cette plante en Egypte afin de lutter contre la
désertification et en même temps exploiter toute sa richesse ? », se demande
Ismaïl Al-Bagouri, écologiste spécialisé dans le désert et membre du Comité
scientifique international.
L’étendue
de l’espace cultivé par la figue de Barbarie en Egypte exige l’élaboration
d’études et de recherches pour adapter certaines variétés aux conditions
climatiques égyptiennes. Tel est le but des recherches de la banque
phytogénétique. « Nous nous attachons toujours aux récoltes cultivées dans la
vallée du Nil. Il faut nous adapter à la culture du désert. La coopération avec
le Mexique dans ce domaine nous permet de commencer là où d’autres chercheurs
ont achevé leurs recherches. Il s’agit donc d’un échange d’informations et
d’expériences dans le domaine de la recherche », assure Al-Bagouri.
Les
recherches de la banque phytogénétique visent en premier lieu à adapter des
variétés résistantes au manque d’eau puisque les zones désertiques d’Egypte
font partie des plus arides du monde. Ces recherches entrent dans le cadre de
la nouvelle optique de la CLD établie en 2004. Selon cette optique, la lutte
contre la désertification ne consiste plus à lutter contre la dégradation des
terres mais plutôt à considérer le développement des zones détériorées et de
celles exposées à la désertification comme faisant partie de la lutte contre la
désertification. « Les recherches sur l’adaptation des variétés de la figue de
Barbarie aux conditions de l’environnement en Egypte porteront leurs fruits au
bout de deux ans. C’est une bonne idée pour lutter contre la désertification en
fixant les dunes de sable mouvant. Il est question d’utiliser cette plante dans
plusieurs domaines et cette industrie exige une main-d’œuvre massive. Mais nous
nous concentrons tout d’abord sur les recherches qui apporteront des variétés
convenables dans deux ans », insiste Salem. Selon lui, ce projet sera
particulièrement utile pour lutter contre la détérioration de zones, comme le
nord du Delta égyptien, qui souffrent d’un taux élevé de salinité.
Racha Hanafi