Arabie Saoudite .
La monarchie détentrice de 25 % des réserves mondiales de
brut a opté depuis les années 1990 pour une économie moins
dépendante du secteur pétrolier. La démarche s’est avérée
payante même si chômage et inflation risquent de freiner
l’élan.
Ses œufs ne sont plus
dans le même panier
En
terme de Produit Intérieur Brut (PIB), l’Arabie saoudite se
situe en tête de ligne par rapport à ses voisins arabes. En
2006, il a enregistré 282 milliards de dollars contre 110
milliards de dollars pour l’Egypte. Indice de la bonne santé
de l’économie de la monarchie qui détient plus de 25 % des
réserves pétrolières mondiales. Le taux de croissance réelle
de 4,2 % en 2006 pourrait atteindre 5,5 % à la fin de cette
année d’après les estimations des institutions
internationales. Sa balance de paiement n’a cessé
d’enregistrer des surplus qui ont atteint leurs plus hauts
niveaux l’année dernière (soit 98,9 milliards de dollars
contre 68,8 milliards de dollars en 2005).
Il est vrai que les cours du pétrole y sont pour quelque
chose comme l’explique Magdi Sobhi, un expert pétrolier
auprès du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques
(CEPS) d’Al-Ahram.
« La hausse des cours du pétrole plus de 4 fois dans les 3
dernières années a gonflé les revenus publics qui ont
atteint 348 milliards de dollars en 2006. De quoi combler le
déficit budgétaire et générer un excédent dont une large
part est orientée vers le remboursement des dettes publiques
et les projets d’infrastructures ». D’après les chiffres du
ministère saoudien de Planification, le déficit budgétaire
n’a cessé de rétrécir durant les 6 dernières années. En
2006, l’excédent a atteint 14,9 milliards de dollars contre
un déficit moyen de 32 milliards de dollars en 2000. Mais
l’Arabie ne s’est pas confortée dans le confort des rentes
pétrolières. Sobhi explique que la baisse des cours
pétroliers dans les années 1990 a incité le gouvernement à
adopter un plan économique basé sur la diversification de
ses revenus dont 75 % provenaient des exportations du
pétrole brut. « Il y a eu une accélération de la croissance
du secteur non pétrolier avec une émergence notoire du
secteur privé », note-t-il. Ceci dit, selon le dernier
rapport du Fonds Monétaire International (FMI) publié en
octobre dernier, les exportations non pétrolières ont
augmenté annuellement de 13 % durant les 6 dernières années
pour atteindre 20 milliards de dollars en 2006. Par
ailleurs, la part du secteur non pétrolier dans le Produit
Intérieur Brut (PIB) a connu une forte progression pour
atteindre 40 % actuellement contre 9 % dans les années 1990.
« Donc, le Royaume ne sera pas fortement touché par une
baisse des prix de l’or noir dans l’avenir », assure Sobhi.
Un constat qui se confirme par la récente décision du
Royaume de booster l’industrie locale en créant de vastes
villes économiques. Il s’agit notamment de la cité
industrielle connue sous le nom de la ville économique du
roi Abdallah à laquelle le gouvernement a consacré 11
milliards de dollars. Cette ville sera équipée d’un port
situé à proximité des installations industrielles capables
d’accueillir les plus gros cargos du monde. Sa capacité
annuelle atteindra 10 millions de conteneurs. « Avec la
création de cette ville, l’Arabie saoudite sera un pays
industriel doté d’une bonne infrastructure », se réjouit le
prince Torki Al-Faysal, directeur du centre Faysal pour les
recherches et les études islamiques.
De même, le Royaume a réussi à renforcer la confiance des
investisseurs étrangers puisque le montant des flux
d’Investissements étrangers directs (IED) est passé de 0,2
milliard de dollars en 2000 à 18,3 milliards en 2006, se
classant ainsi à la 38e place de l’indice de facilité de
faire les affaires de la Banque mondiale, contre la 67e un
an auparavant. Cet indice répertorie 175 pays de part le
monde. « Cette progression est le résultat des différentes
mesures gouvernementales visant à attirer le maximum d’IED
», explique Fakhri Al-Fiqi, ancien assistant du
vice-directeur du Fonds monétaire international. Il explique
que la clé du succès cette fois-ci était de baisser de
moitié les impôts sur les sociétés étrangères, qui sont
passés de 45 % à 20 %.
Malgré toute cette progression, l’Arabie saoudite souffre
d’un taux élevé de chômage et d’inflation (voir encadré).
Pour y faire face et mieux exploiter en même temps la
croissance, le FMI a recommandé dans son dernier
rapport publié en octobre 2007 de mettre en place un nouveau
programme de réformes.
Gilane Magdi