Université du Caire.
L’année 1907, c’est non seulement celle du décollage de
l’université, mais aussi de nombreuses institutions
nationales. Ce que présente la revue Ayam masriya.
Une année marquée
d’une pierre blanche
«
Chaque piastre dont les Egyptiens n’ont pas besoin et qui
n’est pas dépensée au service de l’enseignement est
considérée comme perdue, et la nation en est privée
injustement ». Cette phrase fameuse de Moustapha Kamel,
leader nationaliste et un des fondateurs de l’Université du
Caire, est bien explicite. Elle est citée dans la préface du
dernier numéro de la revue non périodique Ayam masriya (des
jours égyptiens). C’est un numéro spécial à l’occasion de la
célébration du centenaire de l’Université du Caire. Prenant
comme titre « 1907 ... l’Egypte avant l’université », ce
numéro est le premier dans une série de 12 qui vont être
publiés, tout au long de l’année 2008 pour célébrer cette
occasion.
« Nous essayons, à travers ces numéros, de raconter, étape
par étape, l’histoire de la création de l’Université du
Caire », dit Ahmad Kamali, responsable général de la
rédaction.
Comment les choses se passaient-elles en Egypte, du point de
vue politique, social, culturel, économique et même
artistique avant la création de l’université ? C’est la
question au sujet de laquelle on peut se renseigner en
feuilletant la revue. A travers un style tout à fait simple,
qui échappe à la rigidité des thèmes historiques et qui est
rehaussé de photos et de documents rares que les auteurs
dessinent avec dynamisme, tout au long des 40 pages, le
paysage de l’Egypte dans ce temps-là.
Une société en pleine mutation, tentée de se débarrasser de
tout ce qui est étranger, et de donner une empreinte locale
à la vie de tous.
C’est
par le départ de Lord Cromer, haut commissaire britannique,
qui gouvernait l’Egypte d’une main d’airain au début de
l’année 1907, que la revue a commencé les thèmes de ce
numéro. Ce départ avait été considéré par les Egyptiens
comme la première grande réussite dans leur lutte contre
l’invasion britannique. Cromer était connu par ses prises de
position très sévères contre le projet de la création d’une
université nationale en Egypte. Une photo montrant l’adieu
officiel fait à Cromer auquel tous les Egyptiens et même le
khédive se sont abstenus de participer illustre à quel point
il était détesté.
« La crise financière en Egypte et l’appel à fonder la
première banque égyptienne » est le deuxième thème de la
revue. Une banque égyptienne, ce rêve de Talaat Harb qui a
vu le jour en 1920 avec la création de la Banque Misr,
remonte à 1907 avec les séries d’articles rédigés par ce
même Talaat Harb. Ils ont commencé après la crise financière
qu’a traversée l’Egypte en ce temps où le capitalisme
étranger avait opéré sévèrement contre les intérêts des
Egyptiens. Les auteurs ont sélectionné cette phrase
éloquente des articles de Harb : « l’argent est le principe
de l’indépendance et du renforcement de la nation. Il est
indispensable d’avoir une banque nationale avec un capital
et une administration nationaux ».
Trois autres centenaires sont fêtés aujourd’hui et que la
revue aborde dans trois thèmes consécutifs. Le premier,
c’est celui du cinéma avec la projection du premier film
égyptien intitulé Le Magasin de Aziz et de Doris. Le
deuxième, c’est le centenaire de la création des partis
politiques : le Parti national créé par Moustapha Kamel, le
Parti de la réforme et celui de la nation. D’ailleurs,
l’éducation occupait une grande place dans le programme de
ces partis. Le dernier, c’est le centenaire du club Ahli.
L’enseignement, fait capital
Un dossier central est titré « Chiffres sur l’enseignement
en 1907 », le budget du ministère de l’Education est estimé
à 374 000 L.E., et le nombre d’étudiants au niveau national
était recensé à 192 500.
L’enseignement
se divisait, en ce temps, en deux catégories. La première
était celle des écoles d’Al-Azhar. La seconde, c’était celle
des écoles modernes réparties à leur tour en écoles
primaires, secondaires et supérieures. Et cette dernière
représentait le sommet du triangle de l’éducation à cette
époque. « L’éducation comme tout autre aspect était placé
sous le pouvoir de la colonisation qui l’orientait comme
elle voulait selon ses intérêts. Gouverner une nation
d’illettrés était beaucoup plus facile que gouverner une
nation instruite. Alors la plus grande crainte des Anglais
était la propagation de l’éducation parmi les Egyptiens, de
peur de voir l’émergence d’une classe instruite qui
deviendrait consciente de ses droits et entrerait dans une
confrontation avec les occupants ».
Une politique éducative restrictive et à l’encontre des
intérêts des Egyptiens était alors imposée. Et durant les
premières 40 ans d’occupation britannique qui a commencé en
1882, l’analphabétisme avait touché 92 % des hommes et 99 %
des femmes. Dans « La planification britannique pour limiter
l’éducation en Egypte », les auteurs racontent comment
l’éducation des Egyptiens visait seulement à en faire des
fonctionnaires. Cromer l’avait dit clair et net : « le but
du système éducatif en Egypte est de créer une couche de
fonctionnaire qui participe à l’administration du pays ». Un
budget tellement limité et une augmentation continuelle des
frais scolaires ont été parmi les entraves posées par
l’occupation face au redressement de l’éducation en Egypte.
C’est aussi Cromer qui avait recommandé, dans le rapport
financier et administratif annuel de 1902 et avec audace que
« la réforme de l’éducation et de la santé devrait occuper
un rang secondaire puisque ces deux secteurs nécessitent des
énormes dépenses ».
Les Egyptiens ont-ils été soumis à ces plans ? La réponse
est non. Dans le chapitre « les efforts des Egyptiens pour
éduquer leurs enfants », les auteurs racontent comment les
Egyptiens ont déployé des efforts individuellement et en
groupe pour créer des écoles populaires de sorte que le
nombre d’étudiants de ces écoles, en 1907, ait dépassé de
loin celui des écoles gouvernementales.
Et c’est avec l’histoire de Nabawiya Moussa, cette femme qui
a confronté tous les défis pour devenir enfin la première
femme en Egypte à obtenir le Baccalauréat, un certificat
limité, en ce temps, aux hommes seulement que les auteurs
terminent éloquemment leur revue.
Aliaa
Al-Korachi