Université du Caire.
Au moment où les plaintes contre la qualité de
l’enseignement se multiplient, un jeune professeur qui vient
de faire ses premiers cours à la faculté de pharmacie de
l’Université du Caire a décidé de célébrer le centenaire à
sa façon ; il fait appel à l’esprit de créativité chez ses
étudiants. Reportage.
Histoire d’un franc-tireur
La salle fourmille d’étudiants assis les uns à côté des
autres en attendant le professeur. Une inquiétude apparaît
claire sur leurs visages à cause des tas d’examens qui leur
sont imposés au cours d’une période restreinte, avec surtout
ces lacunes coutumières : le manque de moyens et les
méthodes d’enseignement traditionnelles. Un vrai paradoxe si
l’on y songe. L’université est un lieu destiné à la
jeunesse, pourtant, c’est l’esprit qui lui fait
particulièrement défaut. Un vrai fardeau donc.
Le professeur est entré accueilli par leurs regards
distraits. Il a commencé par dire : « Je comprends bien vos
souffrances cette semaine, avec un peu de courage vous
pouvez les surmonter ». Des murmures d’étonnements, ce n’est
pas ce genre d’encouragement que ces étudiants sont habitués
à recevoir. Le professeur continue : « Avant de commencer,
j’aimerais bien féliciter Radwa qui mérite ce cadeau (des
lentilles pour la recherche scientifique qui valent près de
100 L.E.). Radwa, dans ses recherches, a réussi à collecter
40 noms de bactéries possédant des caractères particuliers
et se trouvant en grand nombre, pourtant, moi je n’en
connais que 25. Applaudissez ». Dr Rami Karam était
décidément insolite par rapport à de nombreux professeurs.
Radwa était à ce moment pleine d’enthousiasme et de fierté,
elle avoue qu’autrefois la microbiologie était pour elle un
cauchemar, mais le fait de participer à des compétitions
organisées par son professeur et être aussi récompensée lui
a permis de découvrir en elle-même une passion cachée à
l’égard de cette science. Elle raconte : « Je me suis
trouvée intéressée à la microbiologie. Un jour, en cherchant
sur Internet, j’ai trouvé un article intéressant sur la
bactérie qui donne l’arôme du chocolat. Je l’ai présenté à
mon professeur pour l’ajouter sur le site Web qu’il a créé
pour nous ».
Une passion et non une profession
Après avoir terminé un des cours, une étudiante a suivi son
professeur, lui demandant : « Dr, s’il vous plaît, j’ai une
question à vous poser : Comment vous arrivez à aimer et à
perfectionner votre travail à ce point ? Pourquoi vous êtes
rentré des Etats-Unis ? ». On peut bien trouver la réponse à
cette question dans la dédicace qu’il a faite à ses
étudiants dans son mémoire avant même de les connaître : «
To my future students, whom I have not met yet, and for whom
I have gone through these long years » (A mes futurs
étudiants que je n’ai pas encore rencontrés et pour lesquels
je me suis engagé à travers ces longues années). Pour lui,
enseigner ce n’est pas exercer une profession mais jouir
d’une passion.
Il a décidé de résoudre les problèmes d’enseignement dont
tout le monde parle tout simplement en refusant d’appliquer
les méthodes dépassées, de les remplacer par d’autres plus
modernes et humaines. Le système souffre des problèmes
auxquels il a décidé de faire face. Il explique : « le vrai
défi, c’est de prouver que je peux faire un changement et
réaliser une différence à partir de mon statut de professeur
sans posséder l’autorité administrative ou occuper des
postes au sommet de la hiérarchie ».
Selon lui, les problèmes dont souffre le système sont
nombreux, mais on peut les dépasser. Au lieu de faire des
étudiants un moyen pour gagner de l’argent, il leur organise
des compétitions et leur offre des cadeaux. Pour lutter
contre le nombre énorme des élèves et pouvoir garantir à
chacun une chance égale, il a recours à l’Internet à travers
le site qu’il a créé pour les étudiants et qui leur permet
de ne pas rester limités, pouvoir franchir de nouvelles
pistes et découvrir librement les secrets de la science.
Radwa explique : « Il a créé un site électronique comprenant
non seulement notre programme, mais aussi de l’animation à
travers des films scientifiques ainsi que des cours et des
conférences d’autres professeurs aux Etats-Unis. Ce qui nous
permet d’élargir nos connaissances. Ce n’est pas tout, la
veille de l’examen, on peut faire du chating avec lui, il
répond à nos questions sincèrement ».
Afin d’aller au-delà du système qui bloque l’esprit créatif
des étudiants et réduit la science à des questions et
réponses étudiées par cœur, il assure qu’il ne peut pas ne
pas respecter leur mentalité en leur imposant des questions
naïves sollicitant des réponses tout aussi simples, alors il
leur pose des questions, fait appel à la créativité. De
même, il encourage ses étudiants à réfléchir et à créer à
travers les recherches qu’il insiste à faire et les
activités qu’il fait avec eux, même hors de l’université. Il
raconte : « J’ai été impressionné quand une de mes
étudiantes m’a demandé de l’aider à préparer une conférence
pour une ONG au Vieux-Caire intitulée Mobadra kheiriya
(initiative de bienfaisance) afin d’informer les habitants
d’un quartier populaire des manières de lutter contre les
maladies infectieuses ».
L’impact de l’application de ces méthodes d’enseignement va
au-delà des simples avantages à court terme, telles que le
développement des capacités analytiques et scientifiques des
étudiants.
A long terme, des conséquences plus importantes auront lieu,
c’est ce que Radwa explique en disant : « Quand on assimile
bien la matière, les informations resteront creusées dans
nos mémoires. Alors, on peut les utiliser et même les
développer. C’est exactement ce qu’ont fait les chercheurs
que notre professeur nous présentait à travers les films
projetés pendant le cours ».
Elle ajoute : « Pourquoi ne pourrions-nous pas contribuer au
développement de cette science comme eux ? ». Une question
qui reflète tant l’espoir que cultive cette jeune Egyptienne
que les doutes, puisque, ce genre de professeurs sont loin
de constituer la majorité.
Mavie
Maher