Al-Ahram Hebdo, Dossier | Histoire d’un franc-tireur
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 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

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Dossier

Université du Caire. Au moment où les plaintes contre la qualité de l’enseignement se multiplient, un jeune professeur qui vient de faire ses premiers cours à la faculté de pharmacie de l’Université du Caire a décidé de célébrer le centenaire à sa façon ; il fait appel à l’esprit de créativité chez ses étudiants. Reportage.

Histoire d’un franc-tireur

La salle fourmille d’étudiants assis les uns à côté des autres en attendant le professeur. Une inquiétude apparaît claire sur leurs visages à cause des tas d’examens qui leur sont imposés au cours d’une période restreinte, avec surtout ces lacunes coutumières : le manque de moyens et les méthodes d’enseignement traditionnelles. Un vrai paradoxe si l’on y songe. L’université est un lieu destiné à la jeunesse, pourtant, c’est l’esprit qui lui fait particulièrement défaut. Un vrai fardeau donc.

Le professeur est entré accueilli par leurs regards distraits. Il a commencé par dire : « Je comprends bien vos souffrances cette semaine, avec un peu de courage vous pouvez les surmonter ». Des murmures d’étonnements, ce n’est pas ce genre d’encouragement que ces étudiants sont habitués à recevoir. Le professeur continue : « Avant de commencer, j’aimerais bien féliciter Radwa qui mérite ce cadeau (des lentilles pour la recherche scientifique qui valent près de 100 L.E.). Radwa, dans ses recherches, a réussi à collecter 40 noms de bactéries possédant des caractères particuliers et se trouvant en grand nombre, pourtant, moi je n’en connais que 25. Applaudissez ». Dr Rami Karam était décidément insolite par rapport à de nombreux professeurs.

Radwa était à ce moment pleine d’enthousiasme et de fierté, elle avoue qu’autrefois la microbiologie était pour elle un cauchemar, mais le fait de participer à des compétitions organisées par son professeur et être aussi récompensée lui a permis de découvrir en elle-même une passion cachée à l’égard de cette science. Elle raconte : « Je me suis trouvée intéressée à la microbiologie. Un jour, en cherchant sur Internet, j’ai trouvé un article intéressant sur la bactérie qui donne l’arôme du chocolat. Je l’ai présenté à mon professeur pour l’ajouter sur le site Web qu’il a créé pour nous ».

Une passion et non une profession

Après avoir terminé un des cours, une étudiante a suivi son professeur, lui demandant : « Dr, s’il vous plaît, j’ai une question à vous poser : Comment vous arrivez à aimer et à perfectionner votre travail à ce point ? Pourquoi vous êtes rentré des Etats-Unis ? ». On peut bien trouver la réponse à cette question dans la dédicace qu’il a faite à ses étudiants dans son mémoire avant même de les connaître : « To my future students, whom I have not met yet, and for whom I have gone through these long years » (A mes futurs étudiants que je n’ai pas encore rencontrés et pour lesquels je me suis engagé à travers ces longues années). Pour lui, enseigner ce n’est pas exercer une profession mais jouir d’une passion.

Il a décidé de résoudre les problèmes d’enseignement dont tout le monde parle tout simplement en refusant d’appliquer les méthodes dépassées, de les remplacer par d’autres plus modernes et humaines. Le système souffre des problèmes auxquels il a décidé de faire face. Il explique : « le vrai défi, c’est de prouver que je peux faire un changement et réaliser une différence à partir de mon statut de professeur sans posséder l’autorité administrative ou occuper des postes au sommet de la hiérarchie ».

Selon lui, les problèmes dont souffre le système sont nombreux, mais on peut les dépasser. Au lieu de faire des étudiants un moyen pour gagner de l’argent, il leur organise des compétitions et leur offre des cadeaux. Pour lutter contre le nombre énorme des élèves et pouvoir garantir à chacun une chance égale, il a recours à l’Internet à travers le site qu’il a créé pour les étudiants et qui leur permet de ne pas rester limités, pouvoir franchir de nouvelles pistes et découvrir librement les secrets de la science. Radwa explique : « Il a créé un site électronique comprenant non seulement notre programme, mais aussi de l’animation à travers des films scientifiques ainsi que des cours et des conférences d’autres professeurs aux Etats-Unis. Ce qui nous permet d’élargir nos connaissances. Ce n’est pas tout, la veille de l’examen, on peut faire du chating avec lui, il répond à nos questions sincèrement ».

Afin d’aller au-delà du système qui bloque l’esprit créatif des étudiants et réduit la science à des questions et réponses étudiées par cœur, il assure qu’il ne peut pas ne pas respecter leur mentalité en leur imposant des questions naïves sollicitant des réponses tout aussi simples, alors il leur pose des questions, fait appel à la créativité. De même, il encourage ses étudiants à réfléchir et à créer à travers les recherches qu’il insiste à faire et les activités qu’il fait avec eux, même hors de l’université. Il raconte : « J’ai été impressionné quand une de mes étudiantes m’a demandé de l’aider à préparer une conférence pour une ONG au Vieux-Caire intitulée Mobadra kheiriya (initiative de bienfaisance) afin d’informer les habitants d’un quartier populaire des manières de lutter contre les maladies infectieuses ».

L’impact de l’application de ces méthodes d’enseignement va au-delà des simples avantages à court terme, telles que le développement des capacités analytiques et scientifiques des étudiants.

A long terme, des conséquences plus importantes auront lieu, c’est ce que Radwa explique en disant : « Quand on assimile bien la matière, les informations resteront creusées dans nos mémoires. Alors, on peut les utiliser et même les développer. C’est exactement ce qu’ont fait les chercheurs que notre professeur nous présentait à travers les films projetés pendant le cours ».

Elle ajoute : « Pourquoi ne pourrions-nous pas contribuer au développement de cette science comme eux ? ». Une question qui reflète tant l’espoir que cultive cette jeune Egyptienne que les doutes, puisque, ce genre de professeurs sont loin de constituer la majorité.

Mavie Maher

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