Kosovo.
Les pays européens tentent de mettre la province serbe sous
leur administration, au grand dam de la Russie.
Les Européens divisés
Le sort du Kosovo demeure toujours suspendu, même si les
Kosovars, soutenus par les Etats-Unis et la plupart des pays
européens, semblent décidés à arracher l’indépendance de la
province. Malgré l’opposition de la Russie et de quelques
pays comme Chypre, la Grèce, la Slovaquie et la Roumanie,
qui soutiennent une simple autonomie de la province par
crainte d’alimenter des séparatismes chez eux, les pays
européens ont confirmé implicitement, cette semaine, au
lendemain d’un nouveau désaccord entre Russes et
Occidentaux, mercredi dernier, au Conseil de sécurité de
l’Onu, qu’ils entendaient piloter, malgré tout, ce
territoire serbe vers l’indépendance, même si ce mot précis
reste « tabou ». Soucieuse de soutenir cette province en
quête d’émancipation, l’Union européenne a affirmé qu’elle
envisage la création d’un Bureau civil international doté de
pouvoirs exécutifs, chargé de remplacer l’Onu, qui
administre la province serbe depuis 1999, et de renforcer
les rouages du gouvernement kosovar pour qu’il soit
autosuffisant à terme. La Russie a évoqué comme une «
variante » possible le « remplacement » de la mission
d’administration de l’Onu de la province serbe par l’Union
européenne, tout en posant comme conditions les feux verts
de l’Onu et de Belgrade. « Pour le faire, il y a deux choses
à respecter : primo, il faut adopter une résolution
appropriée au Conseil de sécurité. Secundo, il faut l’accord
de Belgrade car la caractéristique indispensable de toute
opération de paix, c’est l’accord du pays sur le territoire
duquel cette opération se produit », a affirmé le chef de la
diplomatie russe, M. Lavrov, rappelant que son pays
opposerait son veto à toute tentative du Conseil de sécurité
de soutenir une indépendance du Kosovo. « L’Union européenne
et le Kosovo doivent s’entendre sur ce qui va se passer à
partir de maintenant. Nous devons être raisonnables, mais
certains processus ne peuvent pas
être arrêtés », a déclaré le ministre slovène des Affaires
étrangères, Dimitrij Rupel, dont le pays prendra la
présidence tournante de l’UE le 1er janvier. M. Rupel
faisait clairement allusion au processus qui doit mener le
Kosovo vers une indépendance qu’a toujours refusée Belgrade,
même s’il a prudemment évité — comme tous les dirigeants
européens ces derniers temps — d’employer le mot «
indépendance ». A cet égard, la secrétaire d’Etat
américaine, Condoleezza Rice, était plus catégorique,
affirmant que désormais « le Kosovo et la Serbie ne seront
plus jamais un seul Etat ». Et d’ajouter que les Etats-Unis
poursuivront un dialogue international intense pour aboutir
à une solution du problème du Kosovo. « Nous parlerons avec
les Kosovars et les Serbes, nous parlerons avec toutes les
parties intéressées, y compris avec les Russes, pour
stabiliser la situation et fermer les pages tragiques de
l’histoire des Etats balkaniques », a souligné
la chef de la diplomatie
américaine.
Selon un diplomate européen, les Kosovars acceptent
d’attendre l’élection présidentielle serbe du 20 janvier,
pour ne pas augmenter les chances d’un candidat nationaliste
face au président sortant pro-européen Boris Tadic. Mais il
serait « politiquement plus sage » qu’ils attendent «
mi-mars » au moins, a indiqué ce diplomate. Furieuse et
inapte à reprendre le contrôle du Kosovo, la Serbie a juré,
cette semaine, avoir un « plan d’action » pour étouffer le
nouvel Etat. Ce qui pourrait inclure, selon les
commentateurs, une fermeture des frontières et un embargo
économique.
Mercredi dernier, les Etats membres du Conseil de sécurité
de l’Onu ne sont pas parvenus à surmonter leurs divergences
quant au statut final du Kosovo. Ce débat sur l’avenir du
Kosovo était le premier depuis la publication, au début du
mois, du rapport de la Troïka des médiateurs internationaux
(Etats-Unis, UE et Russie) constatant l’échec du dernier
cycle de négociations. En l’absence de compromis et avec la
bénédiction des Etats-Unis et de l’Union européenne, les
dirigeants kosovars s’apprêtent à proclamer unilatéralement
l’indépendance de la province, malgré l’hostilité de
Belgrade et de son puissant allié russe. Le constat de
désaccord était déjà attendu, entre les Occidentaux,
favorables à l’indépendance, et les Russes favorables à une
simple autonomie de la province.
Loin de toutes les spéculations, une chose est, d’ores et
déjà, sûre et certaine. L’indépendance du Kosovo va éveiller
les tendances au séparatisme chez les minorités qui ont
aujourd’hui les yeux suspendus à la situation de cette
province pour voir comment la communauté internationale
résoudra la fameuse « question albanaise ». Selon les
experts, la question des minorités ne date pas d’hier et sa
réapparition sur la scène internationale ne survient pas par
hasard. Le jour où le Kosovo briguera son indépendance, la
première à réclamer son indépendance sera la RTCN (la
République Turque de Chypre du Nord), d’où l’insistance de
Chypre à réaffirmer qu’elle ne reconnaîtra jamais une
déclaration unilatérale d’indépendance qui pourrait bien «
ouvrir les portes des enfers ».
Maha
Al-Cherbini