Al-Ahram Hebdo,Monde | L’idée fait son chemin
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 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

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Méditerranée. La France vient d’obtenir un soutien de poids, de l’Italie et de l’Espagne, à son projet d’union. Mais elle doit faire face à de sérieux obstacles et des réticences, notamment de l’Allemagne.

L’idée fait son chemin

Il semble que l’Union pour la Méditerranée, initiative lancée par le président Nicolas Sarkozy, fait son chemin malgré les réticences et les scepticismes. Le projet vient de recevoir un soutien vigoureux avec l’annonce le 20 décembre de l’« Appel de Rome » dans lequel l’Italie et l’Espagne se rallient à l’idée française. Ainsi, les chefs de gouvernement italien Romano Prodi et espagnol José Luis Zapatero, deux poids lourds de l’Union Européenne (UE) se joignent au président Nicolas Sarkozy pour inviter les chefs d’Etat et de gouvernement des pays riverains de la Méditerranée à se réunir avec les pays de l’UE le 14 juillet à Paris afin de définir leur vision commune sur l’« Union pour la Méditerranée », qui aura vocation à être le cœur et le moteur de la coopération en Méditerranée. Ce sommet sera précédé d’une réunion des pays riverains le 13 juillet. Il devrait fixer les principes et l’organisation de l’Union pour la Méditerranée avec pour objectif de mettre en œuvre une approche fondée sur des « projets concrets ».

Une approche qui se veut donc pragmatique fondée sur le co-développement plutôt que sur le commerce, comme c’est le cas avec le Processus de Barcelone (voir la page Entretien). C’est en effet sur le plan économique que la vision du président Sarkozy est la plus ambitieuse. Toute l’ambition du projet est de faire du co-développement une priorité, se substituant au commerce, afin que les pays du sud de la Méditerranée ne soient pas de simples sous-traitants de l’Europe, critique souvent adressée à l’encontre de l’Euromed. Le projet, tel qu’imagine le président français, est basé sur quatre piliers : un co-développement, une écologie maîtrisée, une coopération sécuritaire et une immigration choisie. C’est dans la perspective de cette union qu’il « faut concevoir l’immigration choisie, c’est-à-dire décidée, organisée et maîtrisée ensemble », avait-il précisé. En ce sens, il a souhaité l’élaboration d’« une convention entre tous les pays méditerranéens pour faciliter les reconduites à la frontière ». Concernant la sécurité, Paris souhaite la mise en place d’une coopération intégrée pour lutter contre la corruption, le crime organisé et le terrorisme, adossée à un espace judiciaire commun.

Par ce partenariat privilégié, Nicolas Sarkozy souhaite créer une Europe du Sud capable de faire contrepoids à une Europe du Nord et ainsi, étendre l’influence française sur cette zone. La France entend aussi jouer un rôle diplomatique moteur en Europe et en Méditerranée pour contrecarrer les avancées américaines et russes au sud de la Méditerranée, notamment au Maghreb, où M. Sarkozy entend échanger du nucléaire civil contre du pétrole ou du gaz, ce qui pourrait permettre aux pays du nord de la Méditerranée de ne plus être dépendants du russe Gazprom.

Plusieurs pays du sud de la Méditerranée ont montré un intérêt marqué pour l’Union de la Méditerranée : Maroc, Tunisie, Algérie et Egypte. Mais ils souhaitent voir de plus près le contenu du projet et surtout pouvoir contribuer à son élaboration. « Nous soutenons le projet d’Union méditerranéenne dans son principe, nous devons le construire ensemble dans ses modalités », a récemment dit le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci. « Il n’y a aujourd’hui pas de réserve, mais il faut donner à ce projet un contenu plus concret », avait-il indiqué.

Le projet bute cependant sur plusieurs obstacles. Le premier vient de l’intérieur de l’UE elle-même, qui a mis en place le Processus de Barcelone et la politique européenne de voisinage qui couvre les pays sud-méditerranéens. C’est ainsi que la chancelière allemande Angela Merkel a redit, le 7 décembre, à la suite d’un sommet à Paris avec M. Sarkozy, sa ferme opposition à l’Union de la Méditerranée. Berlin a refait comprendre qu’il est sceptique, voire hostile à une Union méditerranéenne si celle-ci est une force centrifuge risquant de faire imploser l’Union européenne dont elle serait la concurrente. Le porte-parole adjoint de Mme Merkel, Thomas Steg, a exprimé la crainte d’une « Union en miniature » à quelques-uns qui ferait concurrence à l’UE, et pourrait avoir à terme « un effet explosif incroyable » en « libérant des différences régionales ». Mme Merkel avait été jusqu’à parler de risque de « désintégration » de l’UE. Mme Merkel avait émis deux arguments. Le premier est la solidarité des initiatives, en vertu duquel tout projet doit être avalisé par toute l’Europe : ce qui a lieu en Méditerranée concerne les Européens du Nord et du Sud, tout comme l’avenir de la frontière avec la Russie et l’Ukraine est l’affaire de tous. Le deuxième argument est la solidarité financière. Que quelques pays puissent utiliser pour ce type de projet les financements de l’UE est dangereux : d’autres groupements — à l’est ou au nord de l’Europe — risquent alors de créer d’autres « Unions » avec des pays frontaliers comme l’Ukraine ou le Sud-Caucase, et de prélever à leur tour les fonds communs de l’UE.

De son côté, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, avait déjà affirmé que l’Union méditerranéenne ne devait pas « entrer en concurrence » avec le dialogue de Barcelone. C’est pour cela que l’« Appel de Rome » a tenu à souligner que l’Union n’a pas vocation à se substituer aux procédures de coopération et de dialogue qui réunissent déjà les pays de la Méditerranée, mais à « les compléter, et à leur donner une impulsion supplémentaire dans un esprit de complémentarité et de coopération avec toutes les institutions existantes ». Le Processus de Barcelone, un des volets de la politique de voisinage de l’UE, prévoit des aides financières de l’UE à ses partenaires du sud de la Méditerranée.

D’autres obstacles se dressent aussi sur le chemin de l’Union : la tension entre le Maroc et l’Algérie autour du Sahara occidental, le scepticisme de la Turquie qui craint un piège visant à l’écarter de l’UE, et surtout la persistance du conflit entre Israël, les Palestiniens, la Syrie et le Liban. Pour surmonter ces obstacles, la France envisage une coopération méditerranéenne à géométrie variable. Mais une chose est sûre : rien de solide ne pourra être construit en Méditerranée, tant que le conflit israélo-arabe n’aura pas trouvé de solution.

Hicham Mourad

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