Al-Ahram Hebdo,Arts | Décryptage d’« un maintenant » complexe
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

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Arts

Exposition . Qasr Al-Fonoune, au sein de l’Opéra du Caire, ouvre ses portes pour 30 jours aux œuvres d’art contemporain de 30 artistes pour se poser librement la question « Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? ». 

Décryptage d’« un maintenant » complexe

Maza yahdoss al-an ? Qu’est-ce qui se passe à l’heure actuelle ? Une réponse presque frappante s’affiche dans l’installation vidéo de Georges Fekri : « Tout est parfait ». Elle se répercute sur les lèvres de jeunes gens provenant de cultures et de milieux différents dès qu’on leur demande leurs avis, mais dont les traits de visages dévoilent facilement que rien ne se passe bien. Entre ces deux moments se forge tout un espace de « trompe-l’œil », de leurre artistique, de l’expression du non-dit. C’est à travers les médiums contemporains d’installations, vidéo ou photographie que se tissent ces espaces (signes) au second degré, cet art préoccupé par le happening et marqué par une vision du monde critique plus ou moins.

Le thème même, Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui, doit être loué par le jeune directeur du Palais des arts qui a réussi à rassembler de jeunes artistes qui témoignent du succès dans les événements internationaux, mais qui restent en désaccord avec les organisateurs aux points de vue trop officiels. Or, exposer une gamme d’œuvres de qualité en dehors du cercle limité du centre-ville où se côtoient les galeries artistiques, et occuper la totalité du bâtiment du Palais des arts, dans l’enceinte de l’Opéra, est avant tout chose louable.

Ainsi, l’exposition répond premièrement à la question du champ artistique contemporain afin de capter jusqu’où sont arrivés aujourd’hui les arts de médias, dans lesquels excellent de nombreux artistes depuis quelques années. Néanmoins, « Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? » est indubitablement posée au niveau du réel social, politique et culturel reflété dans les œuvres et portant toutefois un point de vue fortement personnel. L’installation vidéo de Mohamad Abla, éminent artiste qui n’est plus jeune aujourd’hui mais dont l’œuvre est toujours novatrice, nous met au cœur de l’actualité de l’île Qorsaya. Dans la vidéo défilent les témoignages des habitants de cette île, confrontant l’Etat et militant pour ne pas quitter leurs demeures et leurs terres aux investisseurs et businessmen. Tandis que sur les murs s’éternisent les portraits de ces petites gens, héros d’Al-Qorsaya.

Des portraits qui rappellent ceux des fonctionnaires des impôts mobiliers, ou des ouvriers des usines de tissage d’Al-Mahalla qui ont réussi récemment à reprendre leurs droits au sein du climat oppressif régnant.

Ce même rapport est exprimé d’une manière plus poétique dans l’œuvre d’Aymane Al-Sémarri, s’installant au 3e étage dans deux pièces enchâssées : sur un fond de la chanson Baladi, ahbabtoki ya baladi, (ô Bled je t’ai aimé), des signaux électriques sur lesquels les slogans : Qu’est-ce que vous voulez acheter exactement ? Qui êtes-vous ? ne cessent de se produire, pour enfin afficher : « Nous achetons tout ». Nous sommes ramenés donc vers la seconde pièce où la vidéo, à partir d’une manivelle tournée par une jeune fille, passe en revue des figures nostalgiques de personnalités égyptiennes de l’époque du noir et blanc y compris l’image du paysan. Et à la fin de la bande, la manivelle se transforme en une machine d’impression de billets de banque.

 

 Dépasser le préjugé historique

Mis à part ce travail liant l’art aux moyens médiatiques, et dévoilant d’une manière subtile l’ici maintenant, d’autres artistes présentent des installations plus recherchées qui discutent du « dialogue des cultures », qui remettent en cause les concepts de mise et les références culturelles passéistes.

Cette tendance majoritaire se caractérise par des textes à l’appui comme si chaque artiste voulait souligner un côté théorique de son travail et ajouter à l’œuvre présentée un mot du fond de lui-même. Mohamad Aboul-Naga présente une installation monumentale sur le thème du lion. A travers cette installation composée de vidéo, photographies, calligraphies et bande sonore, il confronte le vécu et l’expérience personnelle à l’expérience collective pour en donner une vision critique de la structure culturelle et référentielle dans laquelle on s’enferme. Dans le texte quasiment littéraire qu’il écrit, il revisite l’image du lion, modèle du courage dans l’idéologie tribale, l’icône tatouée sur le bras du héros populaire Abou-Zeid Al-Hélali, et dans son enfance : « Combien de fois on me disait : Non, sois un lion ! Et j’ai toujours senti que mon ambition virile m’entraînait à vouloir être un lion ». Et l’on se demande quand est-ce qu’il a cessé de voir le monde de cette manière ? Est-ce le jour où il a vu les deux lions du fameux pont Qasr Al-Nil enfouis dans des draps blancs telles  des momies (comme dans les photographies de deux niveaux présentées dans l’installation) ? Ou serait-ce à partir de cette scène reproduise dans la vidéo du lion enfermé dans sa cage faisant à jamais le tour circulaire de l’hésitation, du malaise et de la tension ? Cette vision critique de ce qui se passe aujourd’hui, de cette présence prisonnière, proche de la stagnation et de la mort, est également manifeste dans les murailles de calligraphie arabe qui occupent quatre coins reprenant 325 qualificatifs du lion : le téméraire, le noble, etc.

Ce clin d’œil à la culture arabe dans l’œuvre d’Aboul-Naga mettant l’accent sur « la conception référentielle, ou la recherche de solutions actuelles dans l’histoire lointaine », tel que l’affirme Aboul-Naga, se rapproche du travail de Hazem Al-Mestikawi. Paradoxalement, ce travail très dépouillé reprend les détails des motifs arabes géométriques et abstraits, en se l’appropriant par une touche personnelle. En fixant l’héritage culturel et civilisationnel que nous possédons, Al-Mestikawi réfute le rapport très passéiste avec l’autre, que ce soit en Orient ou en Occident : « Après 7 ans du IIIe millénaire, les individus, les groupes et les gouvernements reviennent aux croyances du Moyen âge, omettant tous les acquis de la civilisation et la culture humaine (…) l’autre serait le mal, malgré que chacun d’entre nous est cet autre », écrit-il accompagnant son installation. Waël Chawqi dépasse également le préjugé de l’autre en présentant une vidéo de la cave du Mall ou du supermarché. En braquant sa caméra sur un visiteur de grande surface qui ne cesse de répéter les versets coraniques de la sourate de la Caverne, protecteurs-salutaires, en affrontant l’autre. Tandis que ce dernier, l’Occidental en l’occurrence, se range dans les cavernes d’aujourd’hui, s’identifie et se perd dans la civilisation de consommation.

Dans la même lignée, Hicham Nawwar suppose à travers les portraits photographiés qu’il présente : Comment regarder l’univers d’un seul œil ? Les personnes variées vivant l’expérience en se cachant un œil nous invitent à observer de près ce phénomène de partialité qui frappe l’individu et les rapports des uns aux autres.

Cette œuvre nous incite à réfléchir aux coulisses de ce travail artistique basé sur le vécu quotidien et l’oppression qu’il affronte avec la montée de la pensée bornée. Ainsi en visitant les photographies de Randa Chaath faisant partie d’un projet amorcé en 2004 sur les trottoirs du Caire, se rend-on compte que le projet n’a pu s’achever faute de sources. Ce trottoir qui côtoie les vendeurs ambulants, la prière « discrète », le café, les gens de tous bords est devenu plus hostile, refusant, au sein de ce qui se passe, d’être exposé encore au zoom de l’appareil photo .

Dina Kabil 

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Tous les jours, jusqu’au 9 janvier, au Palais des arts, dans l’enceinte de l’Opéra du Caire, de 10h à 14h et de 16h à 22h, sauf vendredi. Tél. : 27 36 76 28

 




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