Tournage.
Guerre en Iraq et lutte psychologique, c’est l’axe choisi
par le réalisateur Ahmad Rachwan pour son premier long
métrage, Vivant à 100 %. Scène 77, lieu : Appartement de
Tareq (interprété par Bassem Al-Samra).
Un 100 % « différent » de Rachwan
Peu
de personnes sont présentes sur le plateau, une vingtaine
dont le réalisateur, Ahmad Rachwan. L’appartement de ce
dernier sert — durant le tournage — comme domicile et bureau
du personnage principal. « Ce film est mon enfant »,
explique-t-il avec un grand sourire. « J’ai commencé à
rédiger le scénario lors de l’invasion américaine en Iraq,
il y a donc plus de quatre ans. J’ai fait 2 brouillons et
j’ai même présenté le scénario pour participer à la
compétition d’écriture cinématographique organisée par le
Festival d’Alexandrie où il fut lauréat du second prix. J’ai
pris mon temps en écrivant ce scénario et j’ai attendu
longtemps avant de le produire parce que je veux en faire un
film différent », ajoute Rachwan.
Un petit appartement, presque un studio, peu de meubles,
mais partout on sent des touches artistiques et créatives.
Un bar, un bureau, deux fauteuils, un canapé et une
télévision recouverte d’un grand tissu de couleurs vives.
Les photos sur tous les murs sont les réels protagonistes de
la scène. On y voit des lieux, des visages, des objets et
des mots. Ayant fait des études de droit et de cinéma,
Rachwan, appartenant à la jeune génération de cinéastes, a
travaillé comme journaliste, réalisateur d’émissions
télévisées et documentariste pour la chaîne Al-Jazeera.
Ainsi, après avoir fait le tour des personnalités
politiques, des événements historiques et des thèmes
polémiques, il décide de se concentrer sur son premier
scénario qu’il voulait réaliser et a fini par le produire
lui-même. « Personne n’a pris le scénario du film au
sérieux. C’est un film de jeunes acteurs dont le plus connu
est Bassem Al-Samra. Nous sommes loin du courant commercial,
donc peu attirant pour les grands producteurs de cinéma
et c’est ce qui m’a encouragé à
l’auto-produire même avec un budget restreint »,
précise-t-il.
Dans sa chambre, Bassem Al-Samra est assis attendant
calmement le réglage de la lumière pour commencer à tourner.
« Je suis heureux et fier de pouvoir participer à ce film,
mon troisième long métrage digital. Le scénario me plaît,
les événements, il y a la confusion que l’on ressentait lors
de la guerre d’Iraq. Ce rapport humain qui lie le personnage
au monde qui l’entoure et qui le dégage de l’égoïsme qu’on
ressent partout aujourd’hui », déclare Bassem Al-Samra. Il
décrit son personnage avec beaucoup d’enthousiasme. « Tareq
est un jeune photographe qui préfère poursuivre ses rêves
que d’étudier le droit, après son long séjour en France, il
décide de rentrer en Egypte pour faire ce qu’il aime, la
photographie. La dimension humaine est prégnante, c’est son
amour pour les détails, pour la vie, qui le rend vivant au
milieu de la guerre et du contexte ».
Depuis son premier film tourné avec le réalisateur Yousri
Nasrallah, le visage de Bassem Al-Samra devient récurrent
sur les affiches des films indépendants, courts ou longs
métrages. « Je refuse d’être considéré comme représentant
d’un certain genre. Je joue les rôles que j’aime, que je
sens et dans lesquels je peux
briller, peu importe le budget ou le genre. Je pense sans
orgueil que je suis un acteur doué et c’est avant tout la
raison pour laquelle on me choisit pour participer à ces
films », explique le comédien. « Honnêtement, je pense que
ce qui encourage le plus les réalisateurs, notamment les
plus jeunes d’entre eux, à me choisir, c’est le fait que je
ne cherche pas le gain, comme le font d’autres acteurs »,
ajoute-t-il.
L’éclairage est prêt, on vient chercher Bassem. Dans
quelques minutes, le tournage va commencer, Ahmad Rachwan a
juste le temps de préciser : « Il ne faut pas penser que le
film retrace l’histoire de la troisième guerre du Golfe. La
guerre n’est que l’arrière-plan des événements. Je la mets
en parallèle avec la vie du personnage principal et de son
entourage ».
« Silence…. on tourne ! »
Bassem ou Tareq rentre dans son appartement, une valise à la
main parcourant du regard les murs de son studio comme s’il
les voyait pour la première fois. La lampe de son répondeur
est allumée, il laisse sa valise, s’installe sur son
fauteuil et écoute ses messages, un par un.
Dina
Abdel-Aal