Palestine . Israéliens
et Palestiniens ont mené lundi soir pour la seconde fois depuis la conférence
du 27 novembre à Annapolis des pourparlers de paix sans enregistrer le moindre
progrès, en raison de la politique israélienne de colonisation.
Des signaux dans la mauvaise direction
Il
s’agit certes de la politique de l’Etat hébreu qui fait un pas en avant et deux
en arrière. De quoi ramener le processus de paix à la case départ. Tout en
donnant l’impression de sa disposition à dialoguer avec l’Autorité
palestinienne, Israël ne fléchit pas, poursuit sa colonisation, augmente le
nombre des points de contrôle, continue la construction du mur de Cisjordanie,
bafouant ainsi toutes les résolutions et les demandes internationales. Ce
n’était donc point une surprise que la deuxième session de pourparlers de paix
israélo-palestiniens ait marqué le pas lundi, les Palestiniens refusant
d’examiner des questions de fond tant que l’Etat hébreu n’aura pas accepté de
geler ses implantations controversées dans les environs de Jérusalem.
Le
négociateur palestinien Saëb Ereqat a ainsi qualifié ces discussions, les
premières en sept ans, de « très difficiles » en raison du refus israélien de
s’engager à suspendre l’ensemble de ses activités de colonisation comme le
demande la Feuille de route internationale pour la paix. « C’est illégal », a
déclaré Ereqat aux Israéliens. Ce document requiert aussi des Palestiniens
qu’ils mettent au pas leurs activistes, une obligation qui, selon Israël, doit
être remplie en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas,
avant qu’un Etat palestinien puisse voir le jour.
«
Depuis le début des négociations, nous essayons (...) de convaincre notre
peuple que nous pouvons arriver à une solution à travers le dialogue mais
Israël, avec ses agissements, empêche les efforts pour aboutir à un règlement
pacifique du conflit », avait affirmé M. Ereqat.
«
Israël doit choisir entre la voie des négociations et de la paix ou la voie de
la colonisation et de l’occupation », avait-il ajouté.
C’est
d’ailleurs à la veille de la deuxième session de négociations, que le ministère
israélien des Constructions a choisi de dévoiler un projet de construction de
740 nouveaux logements sur des territoires occupés situés près de Jérusalem :
500 à Har Homa et 240 dans la colonie de Maalé Adoumim.
Le
président palestinien Mahmoud Abbass a dit ne pas comprendre pourquoi Israël «
se livre à une activité de colonisation effrénée pendant les négociations sur
le règlement final ».
Il a
ajouté que les négociateurs palestiniens soulèveraient la question chaque fois
qu’ils en auraient l’occasion.
De son
côté, le premier ministre, Salam Fayyad, a estimé que le projet de construction
israélien « sabotait les efforts de négociation ».
«
Construire de nouveaux logements dans les colonies à Jérusalem et ailleurs dans
les territoires palestiniens contrevient à la Feuille de route. Les Israéliens
doivent adhérer à leurs engagements figurant dans la Feuille de route », a-t-il
dit.
Les
Etats-Unis, parrains de la relance des négociations de paix, ont même haussé le
ton de manière inhabituelle à la suite des révélations sur la construction de
logements à Har Homa, alors que George W. Bush doit effectuer une visite en
janvier en Israël et dans les territoires palestiniens, la première d’un chef
d’Etat américain depuis 1998.
Outrance israélienne
Malgré
ces dénonciations, rien ne semble fléchir l’Etat hébreu. Ces dirigeants
estiment que les constructions à Har Homa ne sont pas contraires aux
engagements pris, assurant que ces colonies font partie des limites du « grand
Jérusalem », incluant le secteur oriental annexé et occupé en 1967.
« Nous
avons toujours dit que nous pouvions construire à Har Homa, qui se trouve à
l’intérieur des limites municipales de Jérusalem », unilatéralement fixées par
Israël, a indiqué dimanche le ministre en charge des affaires de Jérusalem,
Rafi Eitan. « Il peut y avoir des problèmes pour Maalé Adoumim, mais nous
voulons poursuivre l’extension naturelle dans les grands blocs »
d’implantations.
Cité
sous condition d’anonymat par Haaretz, un haut responsable israélien a estimé
qu’Israël avait « suscité au niveau international des attentes énormes », mais
ne pouvait « y donner suite, car il n’a pas la capacité politique pour évacuer
les points d’implantations (sauvages) ou geler la colonisation ». Le premier
ministre israélien Ehud Olmert, confronté à une féroce opposition interne,
n’est pas à même d’entreprendre une telle mesure qui ne ferait qu’affaiblir sa
popularité en baisse.
Pour
la communauté internationale, toutes les colonies dans les territoires
palestiniens sont illégales, construites avec ou sans feu vert des autorités. Le
gel de la colonisation est l’une des clauses de la Feuille de route, plan de
paix censé aboutir à un Etat palestinien en 2008. Néanmoins, Israël refuse
l’application de la partie qui la concerne dans ce plan tant que les
Palestiniens n’auraient pas mis en musique la partition que leur assigne la
Feuille de route, à savoir la mise au pas des groupes palestiniens armés en
Cisjordanie mais aussi dans la bande de Gaza, que contrôle le Hamas. Bref, les
négociations, qui ont repris il y a une dizaine de jours, se heurtent d’emblée
aux exigences posées par les protagonistes (les Palestiniens réclament un gel
des constructions dans les implantations juives, les Israéliens veulent l’arrêt
des tirs de roquettes).
Israël
a refusé cette semaine toute trêve possible avec l’organisation islamiste qu’il
cherche à renverser. Les analystes voient dans les agissements israéliens une
destruction de tout espoir de l’établissement d’un Etat palestinien avec pour
capitale Jérusalem comme le premier pas d’un règlement arabo-israélien global
et juste. D’où la nécessité d’exercer des pressions intenses pour que les
prochaines conférences de Moscou et de Paris ne soient pas une répétition
d’Annapolis qui n’a abouti à rien de concret et parviennent à rectifier les
fautes .
Rania Adel