Kenya. Menacés par
le déclenchement des violences, plus de quatorze millions d’électeurs voteront
le 27 décembre pour élire leur futur président parmi neuf candidats.
Jeu électoral serré
Le
scrutin s’annonce le plus décisif depuis la réintroduction du pluralisme en
1991. Ce jour est considéré comme un tournant décisif pour les Kényans qui sont
appelés à désigner non seulement leur nouveau président, mais aussi les 210
membres élus du Parlement et 2 484 élus locaux. Selon les sondages, il s’agit
de trois favoris dans les élections présidentielles. Le leader charismatique de
l’opposition, Raila Odinga, 62 ans, vient au début de la course suivi par le
chef d’Etat sortant Mwai Kibaki, 76 ans, qui brigue son second mandat, tandis
que l’avocat Kalonzo Musyoka occupe la troisième place. Ce dernier, le plus
jeune des trois candidats, peut se prévaloir d’une solide expérience
ministérielle, notamment aux Affaires étrangères. En effet, Kibaki et Odinga,
qui étaient souvent des alliés, ont mobilisé des budgets de campagne sans
précédent et l’élection promet d’être la plus disputée dans ce pays. Les
différences entre les deux candidats sont imperceptibles et, selon les
observateurs, le pays restera sur les rails de sa bonne santé économique
actuelle, quel que soit le résultat. Profitant de cette situation économique,
le président sortant, qui prône la continuité, a mis en avant les bons
résultats et l’instauration de la gratuité de l’école primaire. Mais ses
détracteurs adversaires lui reprochent d’avoir échoué dans la réforme des
institutions, et surtout dans la lutte contre la corruption. A son tour, Kibaki
a promis de former un gouvernement « propre » en cas de victoire. Son
adversaire, Raila Odinga, qui a passé au total neuf ans derrière les barreaux
pour son opposition au régime de l’ancien président Daniel Arap Moi, au pouvoir
de 1978 à 2002, a été ministre de M. Kibaki et l’un des artisans de son succès
en 2002, avant de s’en éloigner, persuadé de son destin de présidentiable. Plus
charismatique, tribun et fin tacticien, il se présente comme le défenseur des
démunis. Selon les analystes, il séduit au-delà de sa base électorale
traditionnelle de l’ethnie Luo, la troisième du pays, son vagabondage politique
(il a rejoint ou créé sept partis politiques en 15 ans) lui ayant valu
l’étiquette de populiste et opportuniste. Le troisième candidat d’envergure,
Kalonzo Musyoka, est à la peine dans les sondages mais espère bien jouer le
rôle d’arbitre, ce à quoi ne peuvent prétendre les six autres petits candidats.
L’appartenance ethnique et la personnalité des candidats devraient s’avérer
déterminantes dans le vote, faute de divergences idéologiques majeures et
d’ancrage historique des partis politiques.
A cet
égard, la classe politique kényane a multiplié les appels au calme, redoutant
des flambées de violences dans un pays où les périodes électorales ont souvent
été le cadre d’émeutes meurtrières. Déjà, la campagne électorale a été marquée
par des violences, bien moins violentes cependant que dans les années 1990. La
Commission nationale des droits de l’homme avait toutefois recensé 70 personnes
tuées depuis juillet 2007 dans des violences liées aux élections. Depuis le
début de l’année, les appels à des élections sans violences se sont multipliés,
que ce soit dans le camp du président Mwai Kibaki ou dans celui de son
principal rival, Raila Odinga. « Il n’y a aucune raison pour que quiconque
recoure à la violence ou à l’intimidation », a estimé Kibaki.
Cet
engagement contre la violence a été formalisé jusque dans les dépôts des
candidatures. La Commission électorale kényane (ECK) a fait signer aux
candidats à la présidentielle un code de conduite dans lequel ils s’engagent
solennellement à ne pas recourir à la violence. Quelque 15 000 observateurs de
l’Union européenne et de l’Union africaine seront déployés à travers le pays ce
27 décembre.
Maha Salem