Al-Ahram Hebdo, Voyages | Un bateau en papyrus sur le Nil
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Voyages

Insolite. Naviguer comme du temps des pharaons, une belle expérience qui a été tentée dans le cadre d’un programme d’archéologie expérimental. But : comparer un voyage en mer ouverte avec un trajet sur le fleuve.

Un bateau en papyrus sur le Nil

Dans le quartier de Doqqi, au Caire, les passants devaient se frotter les yeux en croyant à un mirage. En cette fin du mois d’octobre, par une belle journée ensoleillée, un bateau en papyrus, un bateau pharaonique, glissait, svelte et rapide, sur les eaux calmes du Nil. Mais les dix pagayeurs (dont deux jeunes filles), en jeans et t-shirts, n’avaient rien d’antique. Après avoir navigué quelques moments, cet esquif de quelque dix mètres de long fit volte-face et s’éclipsa derrière l’épais rideau de roseaux bordant le Village pharaonique. Un programme d’archéologie expérimental d’une semaine venait de s’achever.

Suite à plusieurs mois de recherches et une étude attentive de la documentation iconographique existant sur les embarcations pharaoniques, Harry Tzalas, spécialiste grec de l’architecture navale antique, a décidé de confier la construction de ce bateau en papyrus à un expert en la matière. Ahmad Gazal, du Village pharaonique, en avait confectionné de semblables par le passé, mais de taille plus modeste. La construction de cette embarcation s’est inspirée de représentations anciennes trouvées en Egypte et remontant à environ 5 000 ans.

Harry Tzalas a déjà dirigé dans les années 1980 un programme d’archéologie nautique expérimental. Il s’agissait de construire, avec le Kyrenia II, une réplique exacte d’un navire grec antique de l’époque classique. L’original avait sombré vers l’an 302 avant notre ère au large de la côte chypriote de Kyrenia. Ce navire, identique en tous points aux modèles anciens et chargé de 400 amphores d’huile et de vin, a parcouru plus de 2 000 miles marins en Méditerranée orientale. H. Tzalas a pris part également à d’autres programmes expérimentaux, dont, notamment, la construction d’une trirème athénienne de 37 mètres de long, propulsée par 170 rameurs. Harry Tzalas, un historien natif d’Alexandrie et vivant à Athènes, n’en était pas à son premier bateau en papyrus. En 1989, s’intéressant à la navigation dans les Cyclades durant la période mésolithique (8 000-9 000 ans avant notre ère), il a construit avec du papyrus provenant de l’île grecque de Corfou un radeau de 6 mètres qui fit en une semaine le tour des Cyclades pour arriver enfin à Milos, l’île de l’obsidienne. Quelques années plus tard, il a reproduit cette même embarcation au Village pharaonique du Dr Ragab au Caire, en utilisant cette fois-ci du papyrus égyptien.

Nous avons rencontré M. Tzalas à Alexandrie — qui, après la fin de ce programme de construction et de pagayage du navire en papyrus, revenait prendre les rênes de la Mission archéologique grecque de fouilles sous-marines commencée voilà 10 ans sur la côte Est alexandrine — et lui avons demandé les raisons l’ayant poussé à entreprendre cette nouvelle construction expérimentale.

« J’ai toujours voulu construire une embarcation en papyrus de plus grande taille et comparer un voyage en mer ouverte avec un trajet sur le Nil. Et puis, le papyrus qui pousse encore en Grèce — autour d’un petit lac au nord-ouest de l’île de Corfou — ne dépasse pas deux mètres de long et est bien chétif par rapport au papyrus égyptien qui borde les rives du Village pharaonique. Il faut dire aussi que, contrairement à la Grèce où la tradition du papyrus est inexistante, au Village pharaonique du Caire, on a l’habitude de le travailler. Donc, à l’occasion du tournage d’un documentaire scientifique, une production d’une société canadienne voulant faire un survol général des traditions nautiques égyptiennes, j’ai décidé d’accepter la proposition de construire une embarcation en papyrus en m’inspirant des bateaux pharaoniques qui ont précédé les navires plus tardifs faits en bois. En prenant comme point de départ deux représentations anciennes de bateaux égyptiens en papyrus du 3e millénaire avant notre ère, j’ai proposé ce bateau faisant 9 mètres à sa ligne de flottaison et un peu plus de 10 mètres hors bords. Nous avons obtenu une construction légère mais, en même temps, assez robuste et rigide pour loger confortablement de 8 à 10 pagayeurs et une cargaison de quelque 200 kilos ».

Nous avons interrogé ensuite M. Tzalas sur le progrès de ses fouilles subaquatiques en cours.

« La côte Est d’Alexandrie, qui s’étend sur environ 17 kilomètres entre le Cap Silsileh et Montazah, laissait voir jusqu’à récemment encore de nombreuses ruines submergées. Ces restes de nécropoles, de carrières de pierre et d’autres installations ont été englouties par la montée des eaux de la mer et l’affaissement du littoral. L’élargissement de la Corniche au début des années 2000 a recouvert la plus grande partie des antiquités subsistantes. La Mission grecque essaie de retrouver ce qui demeure visible de ces faubourgs côtiers de l’Alexandrie gréco-romaine. Par ailleurs, plus au large de la côte, nous avons retrouvé une multitude d’ancres en pierre ainsi que de tessons d’amphores, qui témoignent de l’intensité de l’activité maritime ancienne ».

« Mais c’est surtout immédiatement à l’Est de Silsileh, l’ancien Cap Lochias aujourd’hui submergé, à 7 ou 8 mètres de profondeur, que nous avons découvert des vestiges fort intéressants, dont l’un des pans monolithiques en granit d’un pylône, des inscriptions hiéroglyphiques et de nombreuses pièces architecturales attestant la présence de bâtiments considérables sur ce promontoire, qui faisait partie des quartiers royaux. Selon les auteurs anciens, il y avait là le Mausolée de Cléopâtre — où prit fin si tragiquement la dynastie des Ptolémées — de même que le Temple d’Isis Lochias et un palais ».

« Nous sommes reconnaissants aux autorités archéologiques égyptiennes et, en particulier, au secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA), le Dr Zahi Hawas, pour la concession importante attribuée à notre Mission ».

Harry Tzalas conclut en précisant que la mer, à Alexandrie, recèle encore de nombreux « trésors » antiques qui, grâce au travail patient et méthodique des archéologues-plongeurs de toutes les Missions réunies, ajoutent petit à petit à nos connaissances des informations précieuses servant à résoudre ce grand puzzle qu’est la topographie de l’Alexandrie hellénistique, romaine et médiévale-islamique.

Gisèle Boulad

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Le nouveau roman de la momie

La belle Egyptienne avait les cheveux ... blonds.

Les flashes crépitent et les cameramen se ruent lorsque s’ouvre la salle du scanner de l’hôpital de Lunéville. A l’intérieur, la star du jour, une momie égyptienne, semble sourire de la situation, après un check-up poussé de son intimité. Couchée sur une toile cirée, la momie, qui répond au doux nom romantique de « n°2002.09.118 », termine un marathon médical visant à connaître ses origines, ses conditions de vie et les causes de sa mort. « La seule chose dont on est sûr, c’est que c’est une femme », ce qui se voit à « la forme de son crâne », « et qu’elle mesure 1 mètre 59 », remarque Francis Janot, égyptologue et spécialiste de chirurgie dentaire à l’Université Nancy I.

Découverte en 1904 à Antinoë, à 300 kilomètres du Caire, la dépouille a été ramenée un an plus tard par un orientaliste au musée du château de Lunéville (Meurthe-et-Moselle), où elle a été exposée en continu jusqu’à l’incendie d’une aile du bâtiment en 2003, dont elle a été sauvée. Son âge est un mystère. Aucun objet permettant de dater le décès n’a été retrouvé près de « la Dame du château », comme la surnomme M. Janot, enterrée à même le sable.

On a d’abord estimé qu’elle vivait 4 à 500 ans avant Jésus-Christ. Puis sa mort a été repoussée pour l’inscrire dans la période copte, du nom de l’Egypte chrétienne, entre les IIe et VIIe siècles.

Les restes sont « remarquablement conservés », se félicite l’égyptologue. Le visage de la momie est encore couvert de peau, certes tirée par le temps. Sa robe simple et déchirée découvre des membres rougis et des extrémités noircies.

Mais l’énigme de sa vie reste intacte. Un examen médical poussé a donc été décidé pour soulever une partie du voile. Sortie mercredi avec d’extrêmes précautions de son présentoir vitré, la fragile dépouille a été transportée en ambulance jusqu’à l’hôpital de Lunéville. « Ses dents sont saines, bien plus que les nôtres », constate Michel Nicolas, le radiologue ayant procédé à son examen au scanner. Son cerveau et ses poumons, bien que déshydratés, sont encore présents, contrairement au reste de ses organes, disparus du fait de la putréfaction, explique le médecin. Des prélèvements très ciblés ont été opérés. « Des études bactériologiques ou toxicologiques permettront de savoir si elle souffrait de problèmes particuliers. Cela nous permettra aussi de comprendre l’évolution d’une éventuelle pathologie au cours des siècles », observe Marc Flaczynski, docteur en chirurgie dentaire à Nancy. Le squelette sera ensuite reconstruit informatiquement d’après les images prises par le scanner. « On peut aller beaucoup plus loin aujourd’hui que ce qui avait été fait pour la momie de Ramsès II », se félicite Annette Laumon, conservatrice du musée de Lunéville. On pourra alors expliquer pourquoi la belle Egyptienne avait les cheveux ... blonds. Mme Laumon avance l’hypothèse d’une décoloration au henné. Les mystères de la séduction, confrontés aux ravages du temps, sont décidément insondables.

 

 




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