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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Médecin, activiste, membre du mouvement universitaire du 9 mars et un instigateur du projet du parti Al-Wassat, le professeur Abdel-Guélil Moustapha croit en la capacité des Egyptiens à opérer un changement politique et social. Il fait promptement le diagnostic d’un pays mal géré.

Guérisseur du pays

Pour les journalistes, son nom est fort connu. Son visage paraît familier car ses photos passent régulièrement dans les médias couvrant les manifestations universitaires. En fait, c’est l’homme qui tient souvent le haut-parleur. Il publie aussi quelques articles dans l’organe nassérien Al-Karama, accorde des entretiens au quotidien Al-Badil et n’arrête pas de signer des communiqués condamnant la politique du gouvernement. Le médecin fait appel à la solidarité du peuple. Professeur et activiste, Abdel-Guélil Moustapha est un homme d’opposition. Il dénonce ouvertement la décadence universitaire, d’où la naissance du mouvement du 9 mars pour l’indépendance des universités.

Devant l’Université de Aïn-Chams, les membres du 9 mars manifestaient le mois dernier contre les comportements de baltaga (brutalité), lors des élections estudiantines « Généralement dans les universités et même au sein de chaque faculté, il y a une sorte d’infection. Parfois ces infections dégénèrent, faute de gestionnaires. Ceux-ci traitent plutôt les jeunes étudiants comme des ennemis au lieu de les traiter comme leurs enfants », souligne-t-il sur un ton furieux, en arabe classique, usant d’un vocabulaire médical. Ses mots s’accordent à son apparence classique. Puis, le ton s’élève d’un cran : « Les responsables dans les universités n’arrivent pas à créer une atmosphère de confiance et de coopération entre eux et les étudiants. Ils sont plutôt obsédés par l’idée de contrôler les jeunes qui représentent pour eux un vrai danger. Les étudiants qui exercent alors des activités ou qui cherchent à s’exprimer librement ne sont pour eux qu’une pure menace. Pire encore, la présence des forces de sécurité dans les locaux universitaires, partout des vigiles. Dans le campus, règne une mentalité de contrôle et malheureusement hors campus aussi ». En 2006, lors des élections de l’Union des étudiants de Aïn-Chams, le vice-recteur Ahmad Zaki Badr, devenu cette année président de l’université a fermé les yeux sur les agissements de certains éléments. Pourtant, les étudiants avaient eu recours à des couteaux, menaçant les électeurs pour choisir des candidats, proche du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir). Cette année, le même drame s’est répété. « Je n’ai jamais connu une situation pareille », dit-il, déplorant le sort des universités et se rappelant lorsqu’il était jeune étudiant, en première année préparatoire, vers 1952. A l’époque, les élections estudiantines étaient plutôt un carnaval, une fête regroupant les différents candidats : des pancartes partout, des rencontres sérieuses, beaucoup d’humour, etc.

Sans jamais appartenir à un parti politique, Abdel-Guélil Moustapha, ce jeune villageois originaire de Borg Al-Nour (dans le Delta) avait appris le sens de l’engagement et du devoir patriotique au sein de la famille. Son père appartenait au parti politique d’Al-Wafd. « Je voyais comment les gens éprouvaient un grand soulagement avec l’arrivée du Wafd au pouvoir, comment ils y avaient confiance. Mon père a donc nommé son fils aîné Saad et le deuxième Moustapha d’après les noms des leaders wafdistes Saad Zaghloul et Moustpaha Al-Nahass ». Le jeune médecin était influencé par les idées et les écrits de Abdel-Salam Eid, Mohamad Mandour et d’autres lesquels représentaient les avant-gardistes du Wafd.

Même en quittant Borg Al-Nour pour Le Caire, Abdel-Guélil Moustapha ne s’est jamais éloigné de la vie politique. Il avait préparé son dossier et s’est dirigé vers l’Université du Caire pour choisir entre la faculté de pharmacologie et celle de la médecine. C’est alors qu’il rencontra son ami Ahmad Ismaïl qui le persuada d’étudier la médecine. « J’étais le seul dans ma famille, dans mon village et dans les villages d’à côté qui ait joint cette faculté. Mais plus tard, on a eu plusieurs médecins, avocats, ingénieurs ... L’enseignement est un outil de progrès et d’ascension sociale », estime Abdel-Guélil Moustapha. Le jeune villageois était alors fasciné par la vie universitaire au Caire. A travers la presse, il a découvert progressivement les idées de chaque parti. Et était touché par le parti socialiste, par les Frères musulmans, par les mouvements de la gauche, etc. « Les idées de chaque parti circulaient dans la presse sans aucune crainte. Mes amis et moi, nous avions la liberté d’adopter les idéologies de n’importe quel parti », évoque-t-il le bon vieux temps où nul ne pouvait penser que la glorieuse Université d’Alexandrie serait menacée de destruction. « Le mouvement du 9 mars regroupant plusieurs académiciens de renom tente de lutter contre la démolition de cette université et de l’hôpital de Chatbi. C’est honteux, le gouvernement veut céder la terre à un riche investisseur et on nous couvre de mensonges ».

Le jeune étudiant s’est spécialisé en médecine interne et a réussi à poursuivre des études supérieures dans cette même discipline. Ainsi, a-t-il achevé sa thèse de doctorat en 1966. Les chances d’avoir une bourse d’études à l’étranger étaient rares, sous les conditions de la guerre de juin 1967. Suite à la défaite, les choses étaient encore pires. Abdel-Guélil Moustapha cherchait alors une chance pour travailler, s’entraîner et gagner de l’expérience. « J’avais le choix de voyager en Angleterre pour étudier les maladies du sang, mais cela nécessitait un grand budget. Mon professeur Badie Guirguis m’a proposé de subventionner mon voyage. Il était chrétien et moi, son jeune disciple musulman, mais il y avait un rapport spécial entre nous. Il me traitait vraiment comme son fils. Pourtant, je n’ai pas voulu devenir un fardeau. Je me suis donc présenté à une compétition organisée par l’Institut de cardiologie au Mexique, où j’ai passé deux ans là-bas afin d’étudier les vaisseaux sanguins ».

Dans le temps, les maladies des vaisseaux sanguins relevaient des chirurgiens, alors que dans ce domaine il y a un côté propre à la médecine interne qui n’était pas connue en Egypte. Ainsi de retour en Egypte, il a introduit ce genre de diagnostic dans le pays.

Professeur à Qasr Al-Aïni, chercheur et médecin, Abdel-Guélil Moustapha s’adonnait de plus en plus à sa profession. « Personne ne peut nier que la médecine en Egypte avait besoin de l’expérience de l’Occident. Nous étions loin d’échanger et de découvrir les nouvelles procédures de traitement et d’examen », déclare-t-il.

Vers la fin des années 1970, afin de combler cette lacune, plusieurs médecins ont adopté le projet de construction d’hôpitaux privés, tirant profit des expériences occidentales.

Certains diplômés de Qasr Al-Aïni ont donc construit l’hôpital Al-Salam, d’autres groupes ont construit celui d’Al-Nil Badrawi, etc. « On œuvrait pour le bien du pays », souligne-t-il.

Abdel-Guélil Moustapha a été président du département des maladies internes à l’hôpital Al-Salam et continua ses recherches. « Je me rappelais toujours les mots de mon professeur Moustapha Qénawi qui aspirait à trouver un moyen d’examiner les vaisseaux sanguins sans y pénétrer. A l’époque pour le faire, il fallait les radiographier en couleurs. Un moyen pénible, exhaustif et cher ».

En Occident, l’on connaissait déjà les ondes sonores. Le Dobler comme modalité fut ensuite introduit par Abdel-Guélil Moustapha et il l’enseignait à ses disciples. Le rêve du professeur s’est donc réalisé.

Mais l’hôpital avait ruiné sa réputation au fil du temps. Malgré la présence d’un gestionnaire américain assez qualifié, la corruption sabotait le rêve des fondateurs de cet hôpital. Vers la fin des années 1980, Al-Salam perdit des dizaines de millions de L.E. Les fondateurs ont donc jeté l’argent des investisseurs et des banques dans un trou profond. « Toutes ces accusations m’ont incité à accepter de participer ensuite à la gestion de l’hôpital. De 1991 à 1997, j’ai été son PDG. J’ai donc éliminé tous les éléments corrompus de la gestion, et j’ai travaillé avec les mêmes médecins et fonctionnaires de l’hôpital. Au bout d’un an et demi, les pertes de l’hôpital furent limitées parce que nous travaillions avec transparence et justice. A partir de la deuxième année, l’hôpital a recommencé à gagner de l’argent », dit-il. En 1997, le taux de bénéfice a atteint 7 millions de L.E. En fait, Abdel-Guélil Moustapha insiste sur le fait que « la gestion est comme la politique, si elle est exercée sans morale, elle mène au désastre. En Egypte, le problème est essentiellement un problème de gestion. Le gouvernement ne croit pas en la force du peuple à agir. L’Egyptien n’est ni ignorant ni mineur, il a besoin qu’on lui donne l’occasion de révéler ses capacités et de créer. La société civile a ses forces et son pouvoir, il faut la laisser faire pour aider à l’évolution du peuple. Il suffit de creuser en les faits de l’Histoire pour s’en rendre compte. Le concept des Waqfs (biens de main morte) en est un exemple ». Et d’ajouter non sans ironie : « Autrefois, on trouvait par exemple un homme qui consacrait son bâtiment pour aiguiser les couteaux, un autre pour la fabrication et l’achat des récipients de yaourt. Les gens sont naturellement beaucoup plus sensibles à leurs problèmes. Il faut leur donner la chance et le pouvoir pour les résoudre par eux-mêmes sans bureaucratie ni intervention gouvernementale. Or, actuellement l’Etat entrave le travail des ONG et appelle à la privatisation du service sanitaire et de l’éducation ».

Abdel-Guélil Moustapha continue à soigner ses malades, à enseigner et à s’adonner de plus en plus à la vie politique. « Ces activités politiques exigent beaucoup de temps et d’efforts, mais je crois que tout un chacun devra contribuer à sortir de l’ornière actuelle. On est dans une période transitoire pareille, le changement est très proche ». Ex-membre du mouvement Kéfaya (ça suffit), Abdel-Guélil Moustapha reste toujours optimiste quant à la vie politique égyptienne. « Il y a presque un an, j’ai fait partie des dissidents de Kéfaya. Car je ne pouvais pas tolérer l’individualisme de certains de ses membres. Mais je reste convaincu qu’il a toutes ses raisons d’être », confirme-t-il. Le médecin a aussi fondé avec d’autres collègues et sympathisants le parti d’Al-Wassat, basé sur la culture musulmane de la tolérance et la modération. « La politique abonde de maux et de conflits. Seule la morale peut lui servir de guide ».

Finalement, il lui reste très peu de temps à lui. Très peu de temps à consacrer à ses trois filles, lesquelles sont à même de lui faire oublier une journée de tension. Les trois se sont complètement éloignées de la médecine et des sciences. « Tant mieux pour elles. Elles m’ont dispensé d’une grande peine, celle d’hériter mon métier », dit-il, faisant un clin d’œil à la passation du pouvoir et les gouvernants qui lèguent leur pouvoir à leurs fils.

May Sélim

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Jalons

1958  : Diplôme de la faculté de médecine, Université du Caire.

1963 : Mariage.

1966 : Doctorat de l’Université du Caire.

1991-1997 : PDG de l’hôpital international Al-Salam.

 

 




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