L’initiative de Sarkozy
Salama A. Salama
L’Egypte
est membre d’un grand nombre de rassemblements et de blocs
internationaux et régionaux, notamment ceux qui entrent dans
le cercle du dialogue direct arabe, africain ou
euro-méditerranéen. Il s’agit de renforcer les relations
économiques, politiques et culturelles, d’accroître les
échanges commerciaux, de préserver les intérêts stratégiques
et nationaux et de gagner le soutien nécessaire aux
questions vitales dans les instances internationales.
On ne peut prétendre que de tels regroupements réalisent les
objectifs fixés. De plus, la simple adhésion à tel ou tel
rassemblement, la présence dans les réunions et la
participation à la formulation des recommandations et des
décisions ne peuvent préserver les intérêts, surmonter les
problèmes et leur trouver des solutions. Bien au contraire,
un grand nombre de ces rassemblements se transforment en
outils pour aplanir les causes, allant jusqu’à les ajourner
parfois. Ils peuvent même démanteler les fronts de soutien
aux droits légitimes et les affaiblir.
Partant, l’Egypte devrait chercher les véritables objectifs
et motifs de l’initiative française lancée par le président
Nicolas Sarkozy, pour fonder une union regroupant les pays
du nord et du sud de la Méditerranée. Elle devrait également
lui accorder l’intérêt nécessaire à son étude, comme l’a
déclaré le ministre des Affaires étrangères Ahmad
Aboul-Gheit. D’autant plus que tous les détails annoncés
jusqu’à présent ne sortent pas du cadre des idées générales
soumises par Sarkozy lors de sa visite en Algérie et au
Maroc. De plus, elles ne présentent rien de différent par
rapport aux initiatives déjà existantes qui visent à
renforcer les relations et la coopération entre les pays
méditerranéens.
L’Union Européenne (UE) conclut des accords de partenariat
avec la majorité des pays méditerranéens, renforcés par le
regroupement du processus de Barcelone en vigueur depuis
près de dix ans. Par conséquent, les pays de l’UE ont été
surpris par le projet français. De plus, l’Allemagne et
l’Espagne ont exprimé leurs craintes que l’initiative de
Sarkozy ne mène au démantèlement de l’UE et à
l’affaiblissement de sa politique étrangère dans la région
méditerranéenne car cette politique souffre déjà d’un manque
d’efficacité en ce qui concerne de nombreuses questions.
C’est d’ailleurs ce que la chancelière allemande, Angela
Merkel, a franchement exprimé.
Aboul-Gheit a signalé dans ses déclarations que la non
résolution de la cause palestinienne empêchera de nombreuses
parties arabes d’adhérer à l’union méditerranéenne proposée.
En effet, le processus de Barcelone n’a réussi à jouer aucun
rôle positif dans l’activation du rôle européen dans le
conflit arabo-israélien. Les pays européens avec en tête la
France de Sarkozy adoptent une position négative rétrograde
envers le conflit israélo-palestinien. Une position qui ne
servira en fin de compte qu’Israël et qui renforcera
l’écartement de la Turquie de l’adhésion à l’UE.
Pour ces raisons, il est tout à fait incompréhensible que
certains ministres et hommes d’affaires égyptiens ayant
dernièrement assisté aux réunions du conseil égypto-français
à Paris se hâtent d’annoncer leur soutien à l’initiative de
Sarkozy avant sa cristallisation et avant même
qu’elle ne soit officiellement
approuvée. De nombreuses interrogations entourent encore son
efficacité. S’agit-il d’une introduction pour annuler le
processus de Barcelone ?