Stratégie risquée
La nouvelle stratégie américaine en Iraq de cooptation
d’anciens rebelles mobilisés par des chefs traditionnels
pour combattre les insurgés réserve un rôle central aux
tribus, mais leur influence pourrait à terme devenir
contre-productive en affaiblissant l’Etat iraqien.
Dès le renversement du régime de Saddam Hussein, en
avril 2003, l’armée américaine a tenté de coopérer avec
les tribus, en s’inspirant de l’exemple ottoman et
britannique. Mais, ignorant la complexité du monde
tribal, les officiers américains ont commis
erreurs et maladresses. Ils ont ainsi surestimé le
pouvoir des cheikhs dans le bastion rebelle de Falloujah
en 2004, lorsqu’au plus fort de la bataille contre les
insurgés sunnites, le commandement américain exigeait
d’eux qu’ils mettent fin aux violences. De même, le
commandement américain a collaboré dans d’autres régions
du pays avec des cheikhs nommés par l’ancien régime,
sans crédibilité aux yeux de leur tribu.
Par
contre, certains chefs locaux se sont révélés être
d’excellentes sources d’informations, de conseils et
d’importants vecteurs d’influence, aidant par exemple à
la poursuite des ex-officiels du régime.
Début 2007, la mobilisation de milliers de combattants
tribaux, pour la plupart d’anciens insurgés, dans la
province sunnite d’Al-Anbar (ouest) pour combattre
Al-Qaëda a donné un nouveau souffle à cette stratégie.
L’opération a donné des résultats inespérés, avec la
défaite des combattants islamistes et une baisse
considérable des violences dans la province. Cette
stratégie est désormais mise en œuvre à Bagdad, et dans
plusieurs autres provinces mixtes. Elle est expérimentée
dans le Sud chiite avec cette fois en ligne de mire
l’Armée de Mahdi, la puissante milice du chef radical
chiite Moqtada Sadr.
Cependant, le recours aux tribus, rétives à l’autorité
centrale, jalouses de leur indépendance et dont la
loyauté va souvent au plus offrant, comporte des
risques. La politique tribale de Washington suit le
principe de « diviser pour mieux régner » et encourage
sciemment la fragmentation du pays en multipliant les
pouvoirs locaux, au détriment d’un Etat central fort. Le
renforcement des milices se fait donc aux dépens des
institutions de l’Etat et de la société civile. Au
risque de menacer à terme la stabilité du pays .