Liban .
Les divergences entre la majorité parlementaire
anti-syrienne et l’opposition sont telles que la séance pour
l’élection présidentielle a été une nouvelle fois reportée
au 22 décembre.
Et de 9 !
Ce n’était pas une surprise vu l’ampleur des divergences
opposant majorité et opposition. Il semble donc que les
appels diplomatiques étaient insuffisants pour faire fléchir
les Libanais et les inciter à trouver une solution à
l’élection présidentielle. Bien que la session de lundi eut
été présentée par le président français Nicolas Sarkozy
comme « la dernière chance », une expression qui aurait dû
précipiter les Libanais vers un compromis, le fossé était
encore très grand. L’incertitude a dominé vu le blocage
persistant entre les camps rivaux.
Alors que le Liban est sans chef de l’Etat depuis la fin du
mandat du pro-syrien Emile Lahoud, le 24 novembre, les
informations émanant des milieux politiques ou relayées par
la presse étaient lundi très contradictoires. Pour la
majorité, « des juristes sont parvenus à une formule qui
pourrait aboutir à l’élection du chef de l’armée Michel
Sleimane », qui fait figure de candidat consensuel, a
déclaré à l’AFP le ministre des Télécommunications et député
de la majorité Marwan Hamadé.
Mais du côté de l’opposition, on restait pessimiste. « Rien
n’a changé et il n’y a toujours pas d’accord », a déclaré à
l’AFP Simon Abi Ramia, conseiller d’un des piliers de
l’opposition, le chrétien Michel Aoun.
Si le général Sleimane est un candidat de consensus aux yeux
des camps rivaux, les divergences portaient sur le mécanisme
d’amendement de la Constitution et la formation du futur
gouvernement. L’amendement est une condition sine qua non
pour élire le chef de l’armée, la Constitution interdisant
aux hauts fonctionnaires d’être élus à la magistrature
suprême s’ils ne démissionnent pas deux ans avant
l’élection. D’où le cercle vicieux dans lequel tournaient
opposition et majorité. « Nous voulons que le consensus sur
le président fasse partie d’un ensemble (...) Il faut aussi
qu’il y ait (un accord) sur le gouvernement qui doit
représenter toutes les parties et les confessions », a
indiqué vendredi un dirigeant du Hezbollah, Naïm Qassem.
Preuve de divergence, beaucoup avaient prédit
l’impossibilité de régler ce problème avant mars prochain. «
Je ne pense pas qu’il y aura élection avant les fêtes » de
Noël, de l’Aïd Al-Adha et de fin d’année, a déclaré à l’AFP
Moustapha Allouche, député du bloc du Futur, présidé par le
chef de la majorité parlementaire anti-syrienne Saad Hariri.
Selon la loi fondamentale libanaise, le Parlement ne peut
proposer un amendement de la Constitution que s’il est en
session ordinaire, ou s’il est convoqué pour une session
extraordinaire par le président de la République. « Or,
comme il n’y a pas de président et que c’est le gouvernement
qui est désormais investi des pouvoirs exécutifs, la session
extraordinaire ne peut être convoquée car l’opposition ne
reconnaît pas ce gouvernement », a affirmé M. Allouche qui
n’a pas manqué d’accuser Michel Aoun, également candidat à
la présidence, de vouloir saboter le processus « car il
considère que ce poste lui revient ».
La séance de lundi était précédée d’un véritable ballet
diplomatique, mais qui n’a mené à rien. Au terme d’une
visite de 24 heures, le secrétaire d’Etat adjoint américain
chargé du Proche-Orient, David Welch, a insisté sur « la
nécessité de tenir l’élection présidentielle », lors d’une
rencontre avec le chef de l’armée Michel Sleimane, le
candidat consensuel aux yeux de la majorité anti-syrienne et
l’opposition appuyée par Damas et Téhéran.
Bien avant lui, le président français Nicolas Sarkozy avait
appelé « toutes les parties » à aider ce pays à « se doter
d’un président ». « Ceux qui prendraient le risque de tuer
cette chance se couperont définitivement d’un certain nombre
de pays, au premier rang desquels la France », a averti le
président français. Les efforts de la France, qui a préféré
le contact direct avec le régime syrien pour dénouer la
crise au Liban, sont accusés par des députés de la majorité
anti-syrienne et des experts d’avoir ravivé l’influence de
la Syrie chez son petit voisin sur lequel elle a longtemps
exercé une tutelle politique et militaire.
Rania
Adel