Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | Le Front campe sur ses positions
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Sahara Occidental. Le nouveau round de négociations entre le Maroc et le Front Polisario prévu en janvier semble d’ores et déjà compromis malgré la tenue du XIIe congrès du mouvement indépendantiste.

Le Front campe sur ses positions

La tenue du XIIe congrès du Front Polisario, un mouvement qui revendique l’indépendance du Sahara occidental annexé depuis 1975 par le Maroc, a remis sur le tapis ce conflit vieux de plus de 30 ans et qui vit depuis plusieurs années un statu quo dangereux. Avant même son lancement vendredi dernier, une polémique a éclaté sur le lieu du congrès qui s’est tenu cinq jours durant. C’est à Tifariti, à 550 km au nord-est d’Al-Ayoun, « capitale » de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD, autoproclamée et non reconnue par le Maroc), qu’a eu lieu le congrès. Pour les Sahraouis, Tifariti fait partie des « territoires libérés du Sahara occidental ». C’est en effet la deuxième fois depuis la création du Polisario en 1973 que le mouvement indépendantiste tient son congrès dans les « territoires libérés » du Sahara occidental, après celui de 2003 ; les précédents congrès ayant été tenus dans les camps des réfugiés sahraouis près de la ville algérienne de Tindouf (sud-ouest), où est basé le Polisario.

Or, pour le Maroc, Tifariti est une « zone tampon » et y tenir ce congrès est une « violation caractérisée du cessez-le-feu » conclu en 1991 sous l’égide de l’Onu.

En fait, Tifariti est située à quelque 70 km à l’est du « mur de défense » érigé par l’armée marocaine dans les années 1980 pour repousser les attaques du mouvement indépendantiste. Ce mur coupe en deux le Sahara occidental sur plus de 2 000 km. L’Onu a délimité une zone tampon à l’est de ce mur, large de 3 km, pour superviser le cessez-le-feu. Tifariti est largement en dehors de cette zone, estime le Polisario.

Mais au-delà du débat sur les limites de la « zone tampon » ou encore sur ce que sont exactement les « territoires libérés » du Sahara occidental, c’est toute la complexité de cette question dans laquelle interviennent trois parties : le Maroc, le Polisario et l’Algérie, qui refait surface. Depuis 1991, le Maroc et le Polisario observent une trêve supervisée par les Nations-Unies, qui maintiennent dans ce territoire une force, la Minurso, pour l’organisation d’un éventuel référendum d’autodétermination. Cependant, jusqu’à ce jour, la tenue de ce référendum n’a pu avoir lieu, faute d’un accord entre les deux parties sur la composition du corps électoral devant y participer. Le statu quo qui dure depuis 1991 a donc certes permis une cessation des hostilités mais n’a pas donné lieu à une solution permanente et durable à cette question. D’où le risque qui plane toujours d’une reprise des hostilités.

Or, cette fois-ci, le ton a été vite donné. La lutte armée est « un droit légitime des Sahraouis », a ainsi déclaré le secrétaire général du Front Polisario Mohammed Abdelaziz. « Nous menons une guerre de libération juste qui se poursuivra jusqu’à la réalisation de ses nobles objectifs, quel que soit le temps que cela prendra et quelles que soient les manœuvres des colonialistes, et quelles que soient les formes de lutte que les résolutions internationales autorisent », a déclaré M. Abdelaziz dans un discours rapporté par l’agence algérienne APS. Et d’ajouter : « Ces résolutions légitiment notre combat pour défendre nos droits par tous les moyens, par la résistance pacifique et par la lutte armée ».

Le congrès a aussi donné lieu à de nouvelles revendications sahraouies pour le règlement de la question. M. Abdelaziz a renouvelé l’appel du Polisario « à l’Onu, aux membres du Conseil de sécurité et aux membres de l’Union européenne, pour qu’ils assument leur entière responsabilité dans le règlement du conflit du Sahara occidental sur des bases justes et légales ». « Le conflit maroco-sahraoui ne pourra trouver sa solution en dehors du cadre de l’Onu et de ses résolutions appelant à la décolonisation du Sahara occidental, ainsi qu’à l’application du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui », a-t-il dit.

Côté marocain, les autorités ont largement critiqué la tenue du congrès et la reprise de la lutte armée évoquée par le Polisario. « L’initiative du mouvement indépendantiste sahraoui menace la stabilité du Maghreb et les discussions prévues le mois prochain entre les deux parties », souligne Rabat dans une lettre adressée à Ban Ki-moon, secrétaire général de l’Onu. « Le Maroc invite le secrétaire général à prendre les mesures nécessaires pour faire face à ces manœuvres dangereuses et provocantes qui menacent la paix et la stabilité de la région. Ces machinations (...) sont contraires au climat de confiance et de sérénité qui doit prévaloir à ce moment crucial du processus de recherche d’une solution politique négociée à cette crise régionale », estime Rabat.

Le Maroc et le Polisario ont en effet engagé depuis juin des négociations à Manhasset près de New York, sous les auspices de l’Onu, pour tenter de définir le futur statut du Sahara occidental. Une troisième série de discussions est prévue du 7 au 9 janvier prochain. En évoquant la lutte armée, le Polisario semble vouloir mettre la pression pour obtenir des résultats concrets lors de ce nouveau round .

Abir Taleb

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