Sahara Occidental.
Le nouveau round de négociations entre le Maroc et le Front
Polisario prévu en janvier semble d’ores et déjà compromis
malgré la tenue du XIIe congrès du mouvement
indépendantiste.
Le Front campe sur ses positions
La tenue du XIIe congrès du Front Polisario, un mouvement
qui revendique l’indépendance du Sahara occidental annexé
depuis 1975 par le Maroc, a remis sur le tapis ce conflit
vieux de plus de 30 ans et qui vit depuis plusieurs années
un statu quo dangereux. Avant même son lancement vendredi
dernier, une polémique a éclaté sur le lieu du congrès qui
s’est tenu cinq jours durant. C’est à Tifariti, à 550 km au
nord-est d’Al-Ayoun, « capitale » de la République Arabe
Sahraouie Démocratique (RASD, autoproclamée et non reconnue
par le Maroc), qu’a eu lieu le congrès. Pour les Sahraouis,
Tifariti fait partie des « territoires libérés du Sahara
occidental ». C’est en effet la deuxième fois depuis la
création du Polisario en 1973 que le mouvement
indépendantiste tient son congrès dans les « territoires
libérés » du Sahara occidental, après celui de 2003 ; les
précédents congrès ayant été tenus dans les camps des
réfugiés sahraouis près de la ville algérienne de Tindouf
(sud-ouest), où est basé le Polisario.
Or, pour le Maroc, Tifariti est une « zone tampon » et y
tenir ce congrès est une « violation caractérisée du
cessez-le-feu » conclu en 1991 sous l’égide de l’Onu.
En fait, Tifariti est située à quelque 70 km à l’est du «
mur de défense » érigé par l’armée marocaine dans les années
1980 pour repousser les attaques du mouvement
indépendantiste. Ce mur coupe en deux le Sahara occidental
sur plus de 2 000 km. L’Onu a délimité une zone tampon à
l’est de ce mur, large de 3 km, pour superviser le
cessez-le-feu. Tifariti est largement en dehors de cette
zone, estime le Polisario.
Mais au-delà du débat sur les limites de la « zone tampon »
ou encore sur ce que sont exactement les « territoires
libérés » du Sahara occidental, c’est toute la complexité de
cette question dans laquelle interviennent trois parties :
le Maroc, le Polisario et l’Algérie, qui refait surface.
Depuis 1991, le Maroc et le Polisario observent une trêve
supervisée par les Nations-Unies, qui maintiennent dans ce
territoire une force, la Minurso, pour l’organisation d’un
éventuel référendum d’autodétermination. Cependant, jusqu’à
ce jour, la tenue de ce référendum n’a pu avoir lieu, faute
d’un accord entre les deux parties sur la composition du
corps électoral devant y participer. Le statu quo qui dure
depuis 1991 a donc certes permis une cessation des
hostilités mais n’a pas donné lieu à une solution permanente
et durable à cette question.
D’où le
risque qui plane toujours d’une reprise des hostilités.
Or,
cette fois-ci, le ton a été vite donné. La lutte armée est «
un droit légitime des Sahraouis », a ainsi déclaré le
secrétaire général du Front Polisario Mohammed Abdelaziz. «
Nous menons une guerre de libération juste qui se poursuivra
jusqu’à la réalisation de ses nobles objectifs, quel que
soit le temps que cela prendra et quelles que soient les
manœuvres des colonialistes, et quelles que soient les
formes de lutte que les résolutions internationales
autorisent », a déclaré M. Abdelaziz dans un discours
rapporté par l’agence algérienne APS. Et d’ajouter : « Ces
résolutions légitiment notre combat pour défendre nos droits
par tous les moyens, par la résistance pacifique et par la
lutte armée ».
Le
congrès a aussi donné lieu à de nouvelles revendications
sahraouies pour le règlement de la question. M. Abdelaziz a
renouvelé l’appel du Polisario « à l’Onu, aux membres du
Conseil de sécurité et aux membres de l’Union européenne,
pour qu’ils assument leur entière responsabilité dans le
règlement du conflit du Sahara occidental sur des bases
justes et légales ». « Le conflit maroco-sahraoui ne pourra
trouver sa solution en dehors du cadre de l’Onu et de ses
résolutions appelant à la décolonisation du Sahara
occidental, ainsi qu’à l’application du droit à
l’autodétermination du peuple sahraoui », a-t-il dit.
Côté
marocain, les autorités ont largement critiqué la tenue du
congrès et la reprise de la lutte armée évoquée par le
Polisario. « L’initiative du mouvement indépendantiste
sahraoui menace la stabilité du Maghreb et les discussions
prévues le mois prochain entre les deux parties », souligne
Rabat dans une lettre adressée à Ban Ki-moon, secrétaire
général de l’Onu. « Le Maroc invite le secrétaire général à
prendre les mesures nécessaires pour faire face à ces
manœuvres dangereuses et provocantes qui menacent la paix et
la stabilité de la région. Ces machinations (...) sont
contraires au climat de confiance et de sérénité qui doit
prévaloir à ce moment crucial du processus de recherche
d’une solution politique négociée à cette crise régionale »,
estime Rabat.
Le Maroc
et le Polisario ont en effet engagé depuis juin des
négociations à Manhasset près de New York, sous les auspices
de l’Onu, pour tenter de définir le futur statut du Sahara
occidental. Une troisième série de discussions est prévue du
7 au 9 janvier prochain. En évoquant la lutte armée, le
Polisario semble vouloir mettre la pression pour obtenir des
résultats concrets lors de ce nouveau round .
Abir
Taleb