Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Lutte d’influence
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Iraq. Les troupes britanniques ont remis Bassorah aux forces de sécurité iraqiennes. Cette province du sud du pays risque toutefois de faire l’objet d’une lutte armée entre les partis chiites pour le contrôle de ses riches ressources pétrolières.

Lutte d’influence

Indice de l’amélioration relative de la situation sécuritaire dans le sud de l’Iraq, mais aussi d’un désengagement progressif des troupes britanniques depuis l’arrivée au pouvoir fin juin du premier ministre Gordon Brown, la région de Bassorah, au sud du pays, est passée en début de semaine sous l’autorité du gouvernement central, après avoir été sous contrôle britannique, avec comme enjeu pour les factions locales le contrôle de la zone pétrolière la plus riche du pays. La province, majoritairement chiite, est nettement plus peuplée et plus riche que les huit autres des 18 provinces iraqiennes dont le contrôle a déjà été rendu aux Iraqiens. C’est le principal centre d’exportation du pétrole iraqien et Bassorah est la deuxième ville du pays.

« La situation est excellente sur le plan de la sécurité à Bassorah », a commenté le général Mohan Al-Fraiji, chef des opérations de l’armée dans cette province de 2,6 millions d’habitants, frontalière de l’Iran et du Koweït. « Il n’y a pas de présence armée dans la ville. Les forces iraqiennes contrôlent la ville depuis longtemps », a-t-il ajouté. La province a été en grande partie épargnée par les conflits inter-confessionnels qui ont fait des dizaines de milliers de morts dans le centre de l’Iraq. Mais la ville de Bassorah a été le théâtre de sanglants affrontements entre factions chiites rivales, malfaiteurs et trafiquants. La police accuse les activistes d’imposer de stricts codes islamiques et de tuer des femmes censées avoir porté atteinte à l’honneur de leur famille.

Les derniers soldats britanniques ont quitté le 3 septembre le grand port sur le Chatt Al-Arab, à une cinquantaine de kilomètres des eaux du Golfe, et ils se sont cantonnés dans l’aéroport de la ville, à une quinzaine de kilomètres. En remettant dimanche le contrôle de la province elle-même, les Britanniques conclurent un processus de désengagement du Sud iraqien où ils avaient pris la responsabilité de quatre provinces après l’invasion de mars 2003. Ils ont déjà rendu celles de Mouthanna, Zi Qar et Missane.

Gordon Brown avait annoncé en octobre qu’il prévoyait ramener d’ici au printemps 2008 à 2 500 le nombre de soldats britanniques en Iraq, contre 5 000 actuellement déployés dans le Sud. Après le transfert, les troupes britanniques devraient fournir un soutien spécialisé aux forces iraqiennes, notamment dans la surveillance des frontières avec l’Iran. Quelque 500 militaires britanniques avaient quitté début septembre leur dernière base dans la ville de Bassorah, après sa prise de contrôle par les autorités iraqiennes, pour se replier sur une base aérienne à la sortie de la ville. A la mi-novembre, un général britannique en Iraq avait affirmé que les forces iraqiennes contrôlaient totalement Bassorah, et que le nombre d’attaques contre les forces britanniques et iraqiennes y avait considérablement diminué. « Le niveau actuel de la violence est suffisamment (bas) pour que les forces de sécurité iraqiennes prennent en charge » la sécurité de la province, avait expliqué le général Graham Binns, à la tête des forces de la coalition pour le sud-est de l’Iraq. Selon le général, le nombre d’attaques contre les forces britanniques et iraqiennes à Bassorah en novembre ne représentait que 10 % par rapport à août. Cette réduction est notamment due à l’amélioration des forces iraqiennes, et à la réduction des attaques de l’Armée du Mahdi, la milice du chef radical chiite Moqtada Al-Sadr, qui avait annoncé en août un gel pour six mois de ses activités contre les forces de la coalition.

 

Rivalité entre factions chiites

Le départ des troupes britanniques du sud de l’Iraq laisse le champ libre à une lutte d’influence, qu’ils n’ont su éviter et qui a pris ces derniers mois une tournure violente, entre les trois principaux partis chiites qui se disputent les richesses pétrolières de la région, cruciales pour le futur de l’Iraq. Le sud de l’Iraq produit plus de 70 % du pétrole du pays, et 80 % des exportations de brut iraqien se font par les terminaux de Bassorah. Les revenus pétroliers représentent plus de 90 % des ressources de l’Etat iraqien. Celui qui contrôle cette région possède une influence déterminante sur l’avenir du pays. Le gouverneur de la province, Mohammed Al-Waili, est affilié au parti Fadhila (la vertu), mais les deux autres grandes formations chiites, le Conseil Suprême Iraqien Islamique (CSII) et le mouvement sadriste, contestent sa légitimité et l’ont mis en minorité au conseil municipal.

Dans cette équation locale, le gouvernement de Nouri Al-Maliki — qui n’a plus la confiance ni du Fadhila, ni des sadristes — est considéré comme aligné sur son principal soutien, le CSII de Abdel-Aziz Hakim, qui dirige déjà sept des neuf provinces du sud du pays, au grand dam de Moqtada Al-Sadr. L’enjeu à Bassorah est le contrôle de la Southern Oil Company, qui exploite les champs de pétrole de la région, et les milliards de dollars de revenus qu’elle génère pour l’Etat iraqien mais également pour tous ceux qui localement sont liés à son fonctionnement. Pour se lancer dans la bataille, les trois formations chiites ont chacune une milice armée. Fadhila contrôle les puissants services de sécurité de la Southern Oil, le CSII peut compter sur ses partisans de la brigade Badr qui ont été intégrés dans l’armée et la police, et le mouvement de Moqtada Al-Sadr dispose de la redoutable Armée du Mahdi.

Un accord a été signé récemment entre ces formations armées qui se sont engagées à ne pas avoir recours à la force. « Les groupes politiques et les tribus se sont engagés à suivre les ordres », a assuré le chef de la police de Bassorah, le général Abdul Jalil. « Ils ont promis de rendre leurs armes lourdes et même de ne pas sortir dans les rues avec des armes légères. La période de la discorde est finie », a commenté Ali Al-Siaidi, un représentant du mouvement sadriste à Bassorah. Pour autant, les habitants de la ville et de la province ne sont pas rassurés par ces engagements. Ils souhaitent que les forces de sécurité iraqienne prennent le contrôle de la ville. Le gouvernement iraqien assure que les 30 000 soldats et policiers présents dans la région sont en mesure d’y maintenir la paix. Mais sans accord politique entre les forces locales, l’autorité de Bagdad a peu de chance d’y éviter un affrontement.

Hicham Mourad

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