Etude.
Leila Takla tente de piocher
dans les origines de l’islam et du christianisme pour
trouver un terrain d’entente. Une réflexion qui n’a pas eu
l’écho mérité et sur laquelle l’Hebdo jette la lumière en
ces jours de fêtes musulmanes et chrétiennes.
Droit à la différence
«
Notre héritage commun chrétien et musulman ». Tel est le
titre de l’étude de Leila Takla
datant de 2006 dans laquelle elle essaye de réfuter ledit
conflit des civilisations, voire de nier que les religions
en soient les causes. Ou comme l’a signalé Ismaïl
Séragueddine, directeur de la
Bibliothèque d’Alexandrie : « C’est un appel à la réflexion
dans un monde qui ne cesse de devenir de plus en plus
violent, un monde où priment les généralisations et les
agressions, un monde où la tolérance et le pardon font
défaut ». Et d’ajouter que « l’étude met l’accent sur la
nécessité de focaliser notre attention sur notre héritage
commun plutôt que de nous intéresser aux divergences ».
Selon M. Séragueddine,
l’importance d’une telle initiative revêt une importance
particulière en Egypte où les deux communautés doivent vivre
en paix et harmonie et s’enrichir de leur diversité.
Les deux mots-clés dans l’étude sont la paix et les droits
de l’homme. Le respect des droits de l’homme est
indispensable pour maintenir la paix, en l’absence de
laquelle ces droits sont violés. C’est sur cette équation
que Takla fonde son travail pour
ouvrir le chemin à la liberté de culte.
L’écrivaine souligne que de nos jours, le conflit n’est plus
une confrontation entre deux entités militaires, l’ennemi
étant devenu invisible et non identifié, il existe n’importe
où et il est n’importe qui. Et dans la volonté d’esquisser
le contour de cet ennemi fantôme, les gens sont tombés dans
le piège des hypothèses du choc des civilisations et des
religions. Cette hypothèse était renforcée par les
événements qui ont lieu sur la scène mondiale et qui ont
mené malheureusement à discréditer autrui. Pour un clan,
autrui est tout chrétien matérialiste et injuste, pour
l’autre c’est tout musulman terroriste. C’est en ce sens
que, au lieu de culpabiliser les fauteurs de trouble, la
religion est devenue pointée du
doigt. La différence, notamment celle religieuse, s’est muée
en source de conflit. Et si l’on admet que le fanatique
peine à comprendre la religion de l’autre, le terroriste
n’arrive pas à comprendre la sienne. Et chaque fois qu’on
tente d’expliquer un conflit par la religion, on ne fait
qu’aggraver cette tendance qui mérite d’être éliminée du
fait qu’elle constitue une violation des droits de l’homme
et une menace à la paix. Takla
se pose deux questions auxquelles elle tente de trouver des
réponses dans la religion : Est-ce que la guerre contre le
terrorisme doit être une guerre contre l’islam ? Et est-ce
que les divergences entre le christianisme et l’islam
justifient la confrontation ?
Concernant la première interrogation, l’auteure
souligne que la religion n’a rien à voir ni avec les
fondamentalistes musulmans, ni avec les fanatiques chrétiens
ni avec les sionistes juifs. Il nous incombe donc de lutter
contre le terrorisme, abstraction faite de la religion sous
le couvert de laquelle il se cache. Partant de ce postulat,
elle avance des preuves à l’appui pour justifier son point
de vue. Selon Takla, la guerre
en Irlande n’est pas, comme il nous arrive de croire, entre
protestants et catholiques, mais entre occupants et occupés.
Le peuple irlandais, catholique et pauvre, combat la force
d’occupation, protestante et riche pour accéder à la
liberté, à l’indépendance et à l’égalité. C’est le cas
également de ce qui se passe en Palestine, l’antagonisme
n’oppose pas juifs versus musulmans, mais occupant et
indigène, entre Israël, l’Etat hébreu et les Palestiniens,
qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Sans développer
l’aspect épistémologique de ces conflits,
Takla rappelle seulement que
même les croisades, même si leur nom revêt un caractère
religieux, ont tué 80 prêtres et ont été appelées par les
Arabes de l’époque les Etrangers ou
Al-Férinja. Elles avaient donc des visées
expansionnistes et non point religieuses.
Quant à la seconde interrogation, Takla
a braqué la lumière sur les points de convergence entre le
christianisme et l’islam, Jésus étant vénéré par tous les
musulmans et le Coran y ayant référé. Les musulmans croient
que Jésus a parlé au berceau, croient à ses miracles, sont
convaincus que la Bible lui a été révélée et respectent la
Vierge Marie qui est la seule femme à avoir une sourate dans
le Coran qui porte son nom. Les versets relatifs à la
naissance de Jésus sont très proches dans les deux livres.
Bien plus, les deux religions accordent une place
particulière à la notion de paix. « Certes, il existe des
malentendus et des idées erronées concernant les deux
religions, mais même si nous recensons certaines
divergences, celles-ci ne justifient en aucun cas tout
affrontement », souligne M.
Séragueddine. Mais où est donc le problème ? Le
problème réside dans la carence de la connaissance de
l’autre, ce que l’on méconnaît, on le rejette. Mais c’est
aussi la tendance de certains à opprimer et des autres à
détruire. D’où la nécessité d’avoir une culture de paix et
de justice. « Tous les pays sont importants, tous les
peuples sont égaux, toutes les couleurs sont belles et
toutes les religions sont formidables », conclut-elle
.
Rania
Adel