Al-Ahram Hebdo, Livres | Droit à la différence
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Etude. Leila Takla tente de piocher dans les origines de l’islam et du christianisme pour trouver un terrain d’entente. Une réflexion qui n’a pas eu l’écho mérité et sur laquelle l’Hebdo jette la lumière en ces jours de fêtes musulmanes et chrétiennes. 

Droit à la différence 

« Notre héritage commun chrétien et musulman ». Tel est le titre de l’étude de Leila Takla datant de 2006 dans laquelle elle essaye de réfuter ledit conflit des civilisations, voire de nier que les religions en soient les causes. Ou comme l’a signalé Ismaïl Séragueddine, directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie : « C’est un appel à la réflexion dans un monde qui ne cesse de devenir de plus en plus violent, un monde où priment les généralisations et les agressions, un monde où la tolérance et le pardon font défaut ». Et d’ajouter que « l’étude met l’accent sur la nécessité de focaliser notre attention sur notre héritage commun plutôt que de nous intéresser aux divergences ».

Selon M. Séragueddine, l’importance d’une telle initiative revêt une importance particulière en Egypte où les deux communautés doivent vivre en paix et harmonie et s’enrichir de leur diversité.

Les deux mots-clés dans l’étude sont la paix et les droits de l’homme. Le respect des droits de l’homme est indispensable pour maintenir la paix, en l’absence de laquelle ces droits sont violés. C’est sur cette équation que Takla fonde son travail pour ouvrir le chemin à la liberté de culte.

L’écrivaine souligne que de nos jours, le conflit n’est plus une confrontation entre deux entités militaires, l’ennemi étant devenu invisible et non identifié, il existe n’importe où et il est n’importe qui. Et dans la volonté d’esquisser le contour de cet ennemi fantôme, les gens sont tombés dans le piège des hypothèses du choc des civilisations et des religions. Cette hypothèse était renforcée par les événements qui ont lieu sur la scène mondiale et qui ont mené malheureusement à discréditer autrui. Pour un clan, autrui est tout chrétien matérialiste et injuste, pour l’autre c’est tout musulman terroriste. C’est en ce sens que, au lieu de culpabiliser les fauteurs de trouble, la religion est devenue pointée du doigt. La différence, notamment celle religieuse, s’est muée en source de conflit. Et si l’on admet que le fanatique peine à comprendre la religion de l’autre, le terroriste n’arrive pas à comprendre la sienne. Et chaque fois qu’on tente d’expliquer un conflit par la religion, on ne fait qu’aggraver cette tendance qui mérite d’être éliminée du fait qu’elle constitue une violation des droits de l’homme et une menace à la paix. Takla se pose deux questions auxquelles elle tente de trouver des réponses dans la religion : Est-ce que la guerre contre le terrorisme doit être une guerre contre l’islam ? Et est-ce que les divergences entre le christianisme et l’islam justifient la confrontation ?

Concernant la première interrogation, l’auteure souligne que la religion n’a rien à voir ni avec les fondamentalistes musulmans, ni avec les fanatiques chrétiens ni avec les sionistes juifs. Il nous incombe donc de lutter contre le terrorisme, abstraction faite de la religion sous le couvert de laquelle il se cache. Partant de ce postulat, elle avance des preuves à l’appui pour justifier son point de vue. Selon Takla, la guerre en Irlande n’est pas, comme il nous arrive de croire, entre protestants et catholiques, mais entre occupants et occupés. Le peuple irlandais, catholique et pauvre, combat la force d’occupation, protestante et riche pour accéder à la liberté, à l’indépendance et à l’égalité. C’est le cas également de ce qui se passe en Palestine, l’antagonisme n’oppose pas juifs versus musulmans, mais occupant et indigène, entre Israël, l’Etat hébreu et les Palestiniens, qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Sans développer l’aspect épistémologique de ces conflits, Takla rappelle seulement que même les croisades, même si leur nom revêt un caractère religieux, ont tué 80 prêtres et ont été appelées par les Arabes de l’époque les Etrangers ou Al-Férinja. Elles avaient donc des visées expansionnistes et non point religieuses.

Quant à la seconde interrogation, Takla a braqué la lumière sur les points de convergence entre le christianisme et l’islam, Jésus étant vénéré par tous les musulmans et le Coran y ayant référé. Les musulmans croient que Jésus a parlé au berceau, croient à ses miracles, sont convaincus que la Bible lui a été révélée et respectent la Vierge Marie qui est la seule femme à avoir une sourate dans le Coran qui porte son nom. Les versets relatifs à la naissance de Jésus sont très proches dans les deux livres. Bien plus, les deux religions accordent une place particulière à la notion de paix. « Certes, il existe des malentendus et des idées erronées concernant les deux religions, mais même si nous recensons certaines divergences, celles-ci ne justifient en aucun cas tout affrontement », souligne M. Séragueddine. Mais où est donc le problème ? Le problème réside dans la carence de la connaissance de l’autre, ce que l’on méconnaît, on le rejette. Mais c’est aussi la tendance de certains à opprimer et des autres à détruire. D’où la nécessité d’avoir une culture de paix et de justice. « Tous les pays sont importants, tous les peuples sont égaux, toutes les couleurs sont belles et toutes les religions sont formidables », conclut-elle .

Rania Adel

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