Grève. Les
fonctionnaires de l’Organisme des impôts fonciers ont mis fin cette semaine à
une grève de 12 jours pour réclamer une modification de leur statut
professionnel et salarial.
Les employés obtiennent gain de cause,
mais ...
Ils
ont persisté et ont obtenu gain de cause du moins selon les promesses du
gouvernement. Les 2 000 fonctionnaires des impôts fonciers ont mis cette
semaine famer une amélioration de leur statut. Les fonctionnaires qui avaient
campé devant le siège du Conseil des ministres refusaient de mettre fin à leur
mouvement avant qu’un compromis ne soit trouvé avec le gouvernement.
Tout a
commencé le 3 décembre dernier, quand les employés du département des impôts
fonciers décident d’engager un vaste mouvement de grève. Ils exigent une
modification de leur statut administratif et salarial. Le service des impôts
fonciers est rattaché aux municipalités depuis 1974. Les agents des impôts qui
y travaillent gagnent en moyenne cinq fois moins que ceux du ministère des
Finances. La principale revendication des employés était de bénéficier d’un
salaire équivalent à celui de leurs collègues du ministère qui reçoivent des
primes mensuelles équivalentes à 4 mois de salaires, alors que les primes des
employés des impôts fonciers dans les gouvernorats ne représentent que les
trois quarts du salaire mensuel. Les grévistes affichaient une autre
revendication, à savoir la démission d’Ismaïl Abdel-Rassoul, directeur de
l’Organisme des impôts fonciers.
Après
de longues tractations avec le gouvernement, le ministre des Finances, Youssef
Boutros-Ghali, qui avait au départ refusé tout compromis, a subitement changé
de position et a déclaré qu’il acceptait de modifier le statut des employés. Cependant,
ceci n’aura lieu qu’une fois le nouveau projet de loi sur les impôts fonciers
promulgué. Ce projet soumet tous les biens immobiliers à un nouvel impôt dont
les revenus seront destinés, selon le gouvernement, à améliorer les services
municipaux. Or, certaines instances au sein de l’Etat ont exprimé des réserves
sur ce projet réclamé par le ministre des Finances sur la base qu’il pourrait
provoquer une grogne au sein de la population. En procédant ainsi, Youssef
Boutros-Ghali a placé la balle dans le camp de l’Assemblée du peuple tenu
maintenant d’approuver le projet. Pour certains, il s’agit d’une manœuvre pour
gagner du temps. « Qu’est-ce que ce projet de loi vient faire avec le statut
des employés ? », demande le député indépendant Kamal Ahmad, qui dénonce une
manœuvre du ministre des Finances. « Ces employés ont été rattachés aux
municipalités par décret ministériel en 1974. Le gouvernement aurait pu les
réintégrer au ministère par un simple décret. La réalité est que Youssef
Boutros voulait absolument faire passer son projet de loi sur les impôts
fonciers. Il a mis la balle dans le camp du Parlement », ajoute le député. Selon
lui, l’Etat tente à tout prix de repousser les échéances. « Confronté à la
grogne sociale, l’Etat fait des promesses. Mais au moment de l’application, il
tergiverse », souligne Kamal Ahmad qui donne l’exemple du statut salarial des
enseignants. « L’Etat a promis de leur faire un cadre salarial spécial mais au
moment de l’appliquer, les fonds manquaient », souligne-t-il.
55 000
employés environ sont concernés. La plupart d’entre eux touchent des salaires
de misère. Leurs représentants affirment qu’ils poursuivront leur mouvement si
le gouvernement ne tient pas sa promesse. « Nous avons décidé de ne pas mettre
fin totalement à notre mouvement. Nous ne savons pas exactement quelles sont
les intentions du gouvernement. Trois réunions auront lieu après le grand
Baïram pour évaluer la situation et poursuivre les négociations avec les
responsables du ministère des Finances », annonce Mohamad Abdel-Kérim, employé
aux impôts fonciers de Ménoufiya. « Cela fait 14 ans que je travaille et mon
salaire mensuel est de 410 L.E. plus 179 L.E. de primes. Comment peut-on vivre
de la sorte ? », demande-t-il. Les grévistes ont annoncé qu’ils poursuivraient
la grève si leurs demandes n’étaient pas satisfaites. « Nous avons fixé la date
du 9 janvier prochain pour faire le point sur nos revendications. Soit on fera
la fête, soit on se remettra en grève », annonce Abdel-Kérim. Outre la
modification de leur statut, les grévistes demandent à ce qu’aucune poursuite
administrative ne soit engagée contre les employés qui ont mené le mouvement de
protestation.
Ce
n’est pas la première fois que les fonctionnaires des impôts fonciers se
mettent en grève. Deux autres mouvements de protestation avaient eu lieu au
mois d’octobre contre le gouvernement. Cette grève des employés des impôts
fonciers fait suite à une longue série de revendications salariales, de grèves
et de sit-in. Les employés de l’entreprise textile semi-publique d’Al-Mahalla
Al-Kobra s’étaient ainsi mis en grève en septembre dernier pour protester
contre les bas salaires, et le gouvernement avait accédé à leurs demandes. D’autres
mouvements similaires ont eu lieu à Kafr Al-Dawwar et au Caire. Face à cette
pression sociale, l’Etat essaie tantôt d’apaiser la tension en accédant aux
revendications des ouvriers, tantôt de gagner du temps.
« Il
est clair que l’Etat suit les conseils de la Sécurité qui recommande de ne pas
laisser dégénérer ces mouvements de protestation sociale sous peine de les voir
se transformer en révolte qui pourrait déstabiliser le pays », souligne Mohamad
Al-Sayed Saïd, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d’Al-Ahram. L’Etat craint de même que ces mouvements de grogne ne soient
exploités par certains mouvements politiques. Hussein Abdel-Razeq, secrétaire
général du parti du Rassemblement unioniste progressiste (RPU, gauche), met
l’accent sur l’absence de politique sociale. « Au lieu de trouver des solutions
radicales au problème, l’Etat continue à colmater les brèches. Mais soigner un
bouton de fièvre n’est pas soigner la fièvre », souligne Abdel-Razeq. En
l’absence d’une telle politique, il est probable que ces mouvements de
protestation vont se poursuivre au cours des prochains mois.
Ola Hamdi