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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Environnement

Alimentation . L’expert Moustapha Kamal Tolba, ex-directeurexécutif du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), se montre inquiet sur la situation dans la région. Entretien à l’occasion du récent lancement au Caire du quatrième rapport GEO (Global Environment Outlook) de l’institution.

« La soif et la famine nous attendent si on ne passe pas à l’action maintenant »

Al-Ahram Hebdo : Les changements climatiques sont désormais admis par tous. Que pouvons-nous craindre dans la région arabe et jusqu’à quel point il est urgent d’agir ?

Moustapha Kamal Tolba : Les changements climatiques accélérés par les activités humaines menacent tout le monde. Mais le monde arabe a une certaine particularité. Toutes les eaux douces viennent au monde arabe hors de ses territoires. Le Nil nous vient de l’Ethiopie et de l’Ouganda, le Tigre et l’Euphrate viennent de la Turquie pour passer en Iraq et ainsi de suite. Le vrai problème, c’est que le changement climatique va influencer les quantités des pluies qui renouvellent l’approvisionnement de ces fleuves et si par exemple l’Ethiopie et l’Ouganda souffrent de manque d’eau, ces deux pays commenceront à faire attention aux quantités d’eau dont disposent l’Egypte et le Soudan. Ce qui rend notre situation encore plus difficile, c’est que nous ne disposons pas de méthodes pour évaluer la disponibilité future de l’eau. Nous disposons seulement des résultats des Modèles de circulation générale (GCM). Ces études sont faites par des experts internationaux et sont des modèles globaux qui ne nous donnent pas une lecture exacte de ce qui pourra se passer dans la région. A mon avis, avant tout, il faut que la région arabe ait le plus vite possible ses propres Modèles de circulation régionale ou même nationale. Cela permettra de savoir exactement ce qui va se passer et par conséquent pouvoir prendre les mesures et les précautions nécessaires et penser aux alternatives possibles.

— La question de la disponibilité de l’eau potable vous inquiète. Que suggérez-vous à cet égard ?

— Le problème, c’est que la sécheresse et par conséquent la pénurie d’eau va de pair avec la croissance démographique. Dans beaucoup de pays du Moyen-Orient et d’Afrique, les ressources en eau sont presque complètement exploitées et les approvisionnements devront doubler dans les 30 prochaines années. Une consommation irresponsable a contribué à abaisser régulièrement le niveau de la nappe phréatique qui est une ressource peu renouvelée à cause de la sécheresse. L’eau souterraine va donc finir un jour si on continue à en abuser. Pire encore, la montée du niveau de la mer menace de saliniser l’eau du Nil. Une situation de crise de l’eau se présente donc. L’Egypte et le monde arabe doivent mieux s’organiser. Aujourd’hui, l’équilibre entre les besoins de l’homme et la quantité d’eau disponible dans de nombreuses parties du Proche-Orient est épuisé ou en voie de l’être. Face à une croissance démographique rapide combinée à un développement économique et social qui dévore les ressources hydrauliques, le fossé se creuse davantage. Tout au long de la dernière décennie, la crise de l’eau a atteint une ampleur inquiétante. Je ne vois devant moi que le choix du dessalement de l’eau de mer. Malgré les inconvénients de ce choix qui se résument au coût élevé et l’importante consommation en électricité. Mais je suis sûr que nous pourrons surmonter le problème du coût en élaborant nos propres technologies de dessalement au lieu de les importer de l’étranger. Nos voisins israéliens ont réussi à fournir quotidiennement 100 millions de mètres cubes d’eau dessalée à partir d’une seule station de dessalement. Nous devons donc étudier cette solution et commencer à faire de sérieuses avancées sur ce chemin.

— Plusieurs rapports internationaux, comme celui sur le développement humain du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) 2007-2008, assurent que la sécurité alimentaire est menacée. Pouvez-vous nous expliquer comment ?

— A vrai dire, la soif et la famine nous attendent, si on ne passe pas à l’action maintenant. En effet, la sécheresse et la pénurie d’eau vont aboutir à une baisse du potentiel agricole. Le réchauffement global doit probablement avoir un impact majeur sur le cycle hydrologique et, par conséquent, sur l’agriculture irriguée. En Egypte, par exemple, il n’existe pas d’autosuffisance en ce qui concerne les récoltes agricoles. L’Egypte ne cultive pas suffisamment de blé ni de maïs et compte fortement sur les importations des Etats-Unis et d’autres pays étrangers pour compenser le déficit. Mais maintenant, pour limiter la production de gaz à effet de serre surtout automobile, il y a une importante tendance mondiale à produire des combustibles biologiques ou biofuel. C’est pourquoi les Américains et les Européens ont demandé à leurs agriculteurs de cesser leurs exportations de semences, car toutes ces quantités seront recyclées et utilisées nationalement comme combustible biologique. Nous devons donc être conscient de tout cela et remarquer les changements mondiaux autour de nous pour pouvoir être à la hauteur du problème, et plus important encore, pour pouvoir trouver les solutions nécessaires.

Propos recueillis par
Dalia Abdel-Salam

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En bref

Manifestations
Plusieurs milliers de personnes ont défilé la semaine dernière, dans les rues de Londres, Berlin ou encore Stockholm pour demander aux gouvernements du monde entier de prendre d’urgence des mesures permettant de contrer les bouleversements du climat de la planète. Ces défilés s’inscrivaient dans le cadre d’une campagne de manifestations prévues dans le monde entier au moment où se tenait, à Bali en Indonésie, la conférence climat des Nations-Unies. Les manifestants à Londres s’élevaient à 7 000 personnes selon les organisateurs. En Suède, selon la police, un millier de manifestants ont défilé dans le centre de Stockholm, avec des banderoles comme « Faites l’amour, pas du CO2 ». A Berlin, 1 500 personnes ont marché pour la préservation du climat de la planète, selon les chiffres de la police.

Coraux
Les coraux meurent à cause du réchauffement climatique et les experts ont lancé dernièrement à Bali un nouveau cri d’alarme. « Les conséquences sont là et c’est vraiment dramatique », a assuré Lida Pet Soede, directrice du programme pour les coraux au Fonds mondial pour la nature (WWF). En effet, la mort des coraux a des conséquences immédiates sur la vie marine. « Les poissons ont besoin des structures (coralliennes) pour se cacher, pour se nourrir et se reproduire », souligne le Dr Soede. A terme, les êtres humains sont donc également menacés. Conscients du danger, six pays d’Asie du Sud-Est et du Pacifique ont lancé à Bali, en marge de la conférence sur le climat de l’Onu, une initiative commune contre la dégradation du « Triangle du corail », qui rassemble la plus importante biodiversité marine de la planète. « L’Initiative pour le Triangle du corail » (CTI), soutenue par le WWF et l’ONG The Nature Conservancy, vise à mettre en place un réseau de zones marines protégées, à réduire les dégradations causées par les industries de pêche, à promouvoir l’éco-tourisme et à sensibiliser et aider les populations locales.

Inondations
Les risques d’inondations menaceront quelque 150 millions d’habitants des grandes villes côtières dans les années 2070, contre 40 millions aujourd’hui, prévoit l’Organisation pour la Coopération économique et le développement (OCDE) dans un rapport diffusé dernièrement. Ce risque est attribué aux changements climatiques, à l’accroissement de la population et au développement urbain. La valeur totale des biens et des infrastructures qui seront menacés devrait atteindre 35 000 milliards de dollars, soit 9 % du PIB mondial, selon les estimations de l’OCDE. 

 




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