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Alimentation .
L’expert Moustapha Kamal Tolba, ex-directeurexécutif du
Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), se
montre inquiet sur la situation dans la région. Entretien à
l’occasion du récent lancement au Caire du quatrième rapport
GEO (Global Environment Outlook) de l’institution.
« La soif et la famine nous attendent si on ne passe pas à
l’action maintenant »
Al-Ahram
Hebdo : Les changements climatiques sont désormais admis par
tous. Que pouvons-nous craindre dans la région arabe et
jusqu’à quel point il est urgent d’agir ?
Moustapha Kamal Tolba :
Les changements climatiques accélérés par les activités
humaines menacent tout le monde. Mais le monde arabe a une
certaine particularité. Toutes les eaux douces viennent au
monde arabe hors de ses territoires. Le Nil nous vient de l’Ethiopie
et de l’Ouganda, le Tigre et l’Euphrate viennent de la
Turquie pour passer en Iraq et ainsi de suite. Le vrai
problème, c’est que le changement climatique va influencer
les quantités des pluies qui renouvellent
l’approvisionnement de ces fleuves et si par exemple l’Ethiopie
et l’Ouganda souffrent de manque d’eau, ces deux pays
commenceront à faire attention aux quantités d’eau dont
disposent l’Egypte et le Soudan. Ce qui rend notre situation
encore plus difficile, c’est que nous ne disposons pas de
méthodes pour évaluer la disponibilité future de l’eau. Nous
disposons seulement des résultats des Modèles de circulation
générale (GCM). Ces études sont faites par des experts
internationaux et sont des modèles globaux qui ne nous
donnent pas une lecture exacte de ce qui pourra se passer
dans la région. A mon avis, avant tout, il faut que la
région arabe ait le plus vite possible ses propres Modèles
de circulation régionale ou même nationale. Cela permettra
de savoir exactement ce qui va se passer et par conséquent
pouvoir prendre les mesures et les précautions nécessaires
et penser aux alternatives possibles.
— La question de la disponibilité de l’eau potable vous
inquiète. Que suggérez-vous à cet égard ?
— Le problème, c’est que la sécheresse et par conséquent la
pénurie d’eau va de pair avec la croissance démographique.
Dans beaucoup de pays du Moyen-Orient et d’Afrique, les
ressources en eau sont presque complètement exploitées et
les approvisionnements devront doubler dans les 30
prochaines années. Une consommation irresponsable a
contribué à abaisser régulièrement le niveau de la nappe
phréatique qui est une ressource peu renouvelée à cause de
la sécheresse. L’eau souterraine va donc finir un jour si on
continue à en abuser. Pire encore, la montée du niveau de la
mer menace de saliniser l’eau du Nil. Une situation de crise
de l’eau se présente donc. L’Egypte et le monde arabe
doivent mieux s’organiser. Aujourd’hui, l’équilibre entre
les besoins de l’homme et la quantité d’eau disponible dans
de nombreuses parties du Proche-Orient est épuisé ou en voie
de l’être. Face à une croissance démographique rapide
combinée à un développement économique et social qui dévore
les ressources hydrauliques, le fossé se creuse davantage.
Tout au long de la dernière décennie, la crise de l’eau a
atteint une ampleur inquiétante. Je ne vois devant moi que
le choix du dessalement de l’eau de mer. Malgré les
inconvénients de ce choix qui se résument au coût élevé et
l’importante consommation en électricité. Mais je suis sûr
que nous pourrons surmonter le problème du coût en élaborant
nos propres technologies de dessalement au lieu de les
importer de l’étranger. Nos voisins israéliens ont réussi à
fournir quotidiennement 100 millions de mètres cubes d’eau
dessalée à partir d’une seule station de dessalement. Nous
devons donc étudier cette solution et commencer à faire de
sérieuses avancées sur ce chemin.
— Plusieurs rapports internationaux, comme celui sur le
développement humain du Programme des Nations-Unies pour le
Développement (PNUD) 2007-2008, assurent que la sécurité
alimentaire est menacée. Pouvez-vous nous expliquer comment
?
— A vrai dire, la soif et la famine nous attendent, si on ne
passe pas à l’action maintenant. En effet, la sécheresse et
la pénurie d’eau vont aboutir à une baisse du potentiel
agricole. Le réchauffement global doit probablement avoir un
impact majeur sur le cycle hydrologique et, par conséquent,
sur l’agriculture irriguée. En Egypte, par exemple, il
n’existe pas d’autosuffisance en ce qui concerne les
récoltes agricoles. L’Egypte ne cultive pas suffisamment de
blé ni de maïs et compte fortement sur les importations des
Etats-Unis et d’autres pays étrangers pour compenser le
déficit. Mais maintenant, pour limiter la production de gaz
à effet de serre surtout automobile, il y a une importante
tendance mondiale à produire des combustibles biologiques ou
biofuel. C’est pourquoi les Américains et les Européens ont
demandé à leurs agriculteurs de cesser leurs exportations de
semences, car toutes ces quantités seront recyclées et
utilisées nationalement comme combustible biologique. Nous
devons donc être conscient de tout cela et remarquer les
changements mondiaux autour de nous pour pouvoir être à la
hauteur du problème, et plus important encore, pour pouvoir
trouver les solutions nécessaires.
Propos recueillis par
Dalia Abdel-Salam
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En bref
Manifestations
Plusieurs milliers de personnes ont défilé la semaine
dernière, dans les rues de Londres, Berlin ou encore
Stockholm pour demander aux gouvernements du monde entier de
prendre d’urgence des mesures permettant de contrer les
bouleversements du climat de la planète. Ces défilés
s’inscrivaient dans le cadre d’une campagne de
manifestations prévues dans le monde entier au moment où se
tenait, à Bali en Indonésie, la conférence climat des
Nations-Unies. Les manifestants à Londres s’élevaient à 7
000 personnes selon les organisateurs. En Suède, selon la
police, un millier de manifestants ont défilé dans le centre
de Stockholm, avec des banderoles comme « Faites l’amour,
pas du CO2 ». A Berlin, 1 500 personnes ont marché pour la
préservation du climat de la planète, selon les chiffres de
la police.
Coraux
Les
coraux meurent à cause du réchauffement climatique et les
experts ont lancé dernièrement à Bali un nouveau cri
d’alarme. « Les conséquences sont là et c’est vraiment
dramatique », a assuré Lida Pet Soede, directrice du
programme pour les coraux au Fonds mondial pour la nature (WWF).
En effet, la mort des coraux a des conséquences immédiates
sur la vie marine. « Les poissons ont besoin des structures
(coralliennes) pour se cacher, pour se nourrir et se
reproduire », souligne le Dr Soede. A terme, les êtres
humains sont donc également menacés. Conscients du danger,
six pays d’Asie du Sud-Est et du Pacifique ont lancé à Bali,
en marge de la conférence sur le climat de l’Onu, une
initiative commune contre la dégradation du « Triangle du
corail », qui rassemble la plus importante biodiversité
marine de la planète. « L’Initiative pour le Triangle du
corail » (CTI), soutenue par le WWF et l’ONG The Nature
Conservancy, vise à mettre en place un réseau de zones
marines protégées, à réduire les dégradations causées par
les industries de pêche, à promouvoir l’éco-tourisme et à
sensibiliser et aider les populations locales.
Inondations
Les risques d’inondations menaceront quelque 150
millions d’habitants des grandes villes côtières dans les
années 2070, contre 40 millions aujourd’hui, prévoit
l’Organisation pour la Coopération économique et le
développement (OCDE) dans un rapport diffusé dernièrement.
Ce risque est attribué aux changements climatiques, à
l’accroissement de la population et au développement urbain.
La valeur totale des biens et des infrastructures qui seront
menacés devrait atteindre 35 000 milliards de dollars, soit
9 % du PIB mondial, selon les estimations de l’OCDE.
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