Médicaments.
Les prix d’une trentaine de produits viennent d’augmenter.
Il s’agit de la quatrième hausse en quelques mois soulevant
une protestation publique, parlementaire et syndicale.
Un fardeau supplémentaire
Les pharmaciens se sont rassemblés samedi 15 décembre afin
de signer une lettre de protestation qui devrait être
envoyée au ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, dans
laquelle ils ont réclamé l’annulation de la dernière hausse
qui concerne les produits de 9 sociétés pharmaceutiques :
certains antibiotiques et de médicaments de maladies
cardiaques, pulmonaires et de cholestérol. Ils se plaignent
de la baisse du niveau de leurs ventes. En outre, de
nombreux députés ont présenté cette semaine des
interpellations au ministre de la Santé pour discuter de
cette augmentation.
Le ministère de la Santé est ainsi le premier accusé étant
l’instance responsable de la fixation des prix des
médicaments, puisque les compagnies pharmaceutiques ne
peuvent pas augmenter les prix sans l’autorisation du
ministère. En fait, la hausse des prix des médicaments passe
par plusieurs procédures : d’abord, la société
pharmaceutique doit présenter une demande au ministère
indiquant les noms des médicaments dont elle désire
augmenter les prix. Ensuite, une commission est formée par
le ministère chargé d’étudier la question ainsi que le taux
d’augmentation demandé. « Le ministère a approuvé cette
hausse en se référant aux prix des matières premières qui
ont enregistré récemment une augmentation mondiale de 20 %,
sans compter qu’il y a jusqu’à présent des matières
premières qui ne sont pas produites en Egypte, ce qui oblige
la plupart des compagnies à les importer de l’étranger »,
explique Ahmad Al-Hakim, de la compagnie pharmaceutique
Pfizer. Pour sa part, le ministère présente ses arguments.
Selon Ahmad Adel, du ministère de la Santé, les 30
médicaments dont les prix ont enregistré une hausse figurent
parmi la liste des produits pharmaceutiques qui n’ont connu
aucune hausse depuis leur mise en vente. « Depuis 1993
jusqu’à présent, ces médicaments ont gardé le même prix
malgré l’augmentation des prix des matières premières qui
entrent dans leur fabrication. Une augmentation de 10 %
durant 15 années n’est pas du tout considérable. D’autant
plus qu’il s’agit de médicaments de très grande qualité tels
que le Zithromax (antibiotique qui soigne la grippe en trois
jours) dont le prix est passé de 48 L.E à 55 L.E. », assure
Adel. Il fait allusion au monopole qu’exercent les sociétés
pharmaceutiques, car si le ministère refuse de leur
permettre un certain taux d’augmentation de prix, elles
peuvent purement et simplement arrêter la fabrication de ces
médicaments. « Le problème prendra une grande ampleur si ces
produits n’ont pas de substituts », lâche Adel.
Ces arguments n’ont calmé ni l’opposition ni les députés qui
pensent que les médicaments doivent être à la portée de tous
les citoyens. Hussein Abdel-Razeq, du parti du
Rassemblement, explique que les sociétés importatrices des
matières premières exercent un quasi-monopole sur le marché
et fixent à leur aise les prix. Elles importent les matières
premières à des prix bas de la Chine et de l’Inde et
réalisent de gros profits. « Il faut savoir que les sociétés
qui demandent d’augmenter les prix sont celles qui réalisent
déjà des bénéfices considérables. L’Etat ne le sait que
trop. Où est donc son rôle de protéger le simple citoyen de
cette avidité ? », s’indigne Abdel-Razeq.
Hamdi Hassan, député, propose pour sa part : « Les prix des
médicaments dans le monde entier sont contrôlés par l’Etat.
Dans chaque pays, il existe des comités spéciaux qui fixent
eux-mêmes les prix pour les sociétés. Nous ne sommes pas
contre l’augmentation des prix de certains médicaments, mais
il faut augmenter seulement ceux qui coûtent entre 5 et 10
L.E. Par contre, il faut diminuer les prix de certains
autres qui sont extrêmement chers et constituent un vrai
fardeau pour le citoyen », ajoute Hamdi Hassan.
En vue de protéger le citoyen de l’avidité des compagnies
pharmaceutiques, la solution selon Hamdi Al-Sayed, président
de la commission de la santé au Parlement, est d’accélérer
la promulgation de la loi sur l’assurance médicale qui
élargit le système d’assurance médicale à la totalité des
citoyens et qui contient une clause stipulant que l’assuré
pourrait payer le tiers du prix des médicaments et l’Etat
assumera le reste, comme c’est le cas dans plusieurs pays
européens. « C’est la mesure qui aurait dû être prise il y a
quelques années pour protéger les citoyens des conséquences
négatives que l’industrie pharmaceutique a subies à la suite
de l’application de la loi sur la propriété intellectuelle
appliquée en 2005. Cette loi a eu pour conséquence
l’augmentation des prix des médicaments, puisque les
compagnies nationales sont obligées de verser des droits de
propriété aux compagnies étrangères », assure Al-Sayed.
On s’attend à un débat houleux au Parlement sur cette
question. Reste à savoir qui des deux assumera ce fardeau
supplémentaire : le gouvernement ou le citoyen ?.
Mirande Youssef