Al-Ahram Hebdo, Egypte | Un fardeau supplémentaire
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Egypte

Médicaments. Les prix d’une trentaine de produits viennent d’augmenter. Il s’agit de la quatrième hausse en quelques mois soulevant une protestation publique, parlementaire et syndicale.

Un fardeau supplémentaire

Les pharmaciens se sont rassemblés samedi 15 décembre afin de signer une lettre de protestation qui devrait être envoyée au ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, dans laquelle ils ont réclamé l’annulation de la dernière hausse qui concerne les produits de 9 sociétés pharmaceutiques : certains antibiotiques et de médicaments de maladies cardiaques, pulmonaires et de cholestérol. Ils se plaignent de la baisse du niveau de leurs ventes. En outre, de nombreux députés ont présenté cette semaine des interpellations au ministre de la Santé pour discuter de cette augmentation.

Le ministère de la Santé est ainsi le premier accusé étant l’instance responsable de la fixation des prix des médicaments, puisque les compagnies pharmaceutiques ne peuvent pas augmenter les prix sans l’autorisation du ministère. En fait, la hausse des prix des médicaments passe par plusieurs procédures : d’abord, la société pharmaceutique doit présenter une demande au ministère indiquant les noms des médicaments dont elle désire augmenter les prix. Ensuite, une commission est formée par le ministère chargé d’étudier la question ainsi que le taux d’augmentation demandé. « Le ministère a approuvé cette hausse en se référant aux prix des matières premières qui ont enregistré récemment une augmentation mondiale de 20 %, sans compter qu’il y a jusqu’à présent des matières premières qui ne sont pas produites en Egypte, ce qui oblige la plupart des compagnies à les importer de l’étranger », explique Ahmad Al-Hakim, de la compagnie pharmaceutique Pfizer. Pour sa part, le ministère présente ses arguments. Selon Ahmad Adel, du ministère de la Santé, les 30 médicaments dont les prix ont enregistré une hausse figurent parmi la liste des produits pharmaceutiques qui n’ont connu aucune hausse depuis leur mise en vente. « Depuis 1993 jusqu’à présent, ces médicaments ont gardé le même prix malgré l’augmentation des prix des matières premières qui entrent dans leur fabrication. Une augmentation de 10 % durant 15 années n’est pas du tout considérable. D’autant plus qu’il s’agit de médicaments de très grande qualité tels que le Zithromax (antibiotique qui soigne la grippe en trois jours) dont le prix est passé de 48 L.E à 55 L.E. », assure Adel. Il fait allusion au monopole qu’exercent les sociétés pharmaceutiques, car si le ministère refuse de leur permettre un certain taux d’augmentation de prix, elles peuvent purement et simplement arrêter la fabrication de ces médicaments. « Le problème prendra une grande ampleur si ces produits n’ont pas de substituts », lâche Adel.

Ces arguments n’ont calmé ni l’opposition ni les députés qui pensent que les médicaments doivent être à la portée de tous les citoyens. Hussein Abdel-Razeq, du parti du Rassemblement, explique que les sociétés importatrices des matières premières exercent un quasi-monopole sur le marché et fixent à leur aise les prix. Elles importent les matières premières à des prix bas de la Chine et de l’Inde et réalisent de gros profits. « Il faut savoir que les sociétés qui demandent d’augmenter les prix sont celles qui réalisent déjà des bénéfices considérables. L’Etat ne le sait que trop. Où est donc son rôle de protéger le simple citoyen de cette avidité ? », s’indigne Abdel-Razeq.

Hamdi Hassan, député, propose pour sa part : « Les prix des médicaments dans le monde entier sont contrôlés par l’Etat. Dans chaque pays, il existe des comités spéciaux qui fixent eux-mêmes les prix pour les sociétés. Nous ne sommes pas contre l’augmentation des prix de certains médicaments, mais il faut augmenter seulement ceux qui coûtent entre 5 et 10 L.E. Par contre, il faut diminuer les prix de certains autres qui sont extrêmement chers et constituent un vrai fardeau pour le citoyen », ajoute Hamdi Hassan.

En vue de protéger le citoyen de l’avidité des compagnies pharmaceutiques, la solution selon Hamdi Al-Sayed, président de la commission de la santé au Parlement, est d’accélérer la promulgation de la loi sur l’assurance médicale qui élargit le système d’assurance médicale à la totalité des citoyens et qui contient une clause stipulant que l’assuré pourrait payer le tiers du prix des médicaments et l’Etat assumera le reste, comme c’est le cas dans plusieurs pays européens. « C’est la mesure qui aurait dû être prise il y a quelques années pour protéger les citoyens des conséquences négatives que l’industrie pharmaceutique a subies à la suite de l’application de la loi sur la propriété intellectuelle appliquée en 2005. Cette loi a eu pour conséquence l’augmentation des prix des médicaments, puisque les compagnies nationales sont obligées de verser des droits de propriété aux compagnies étrangères », assure Al-Sayed.

On s’attend à un débat houleux au Parlement sur cette question. Reste à savoir qui des deux assumera ce fardeau supplémentaire : le gouvernement ou le citoyen ?.

Mirande Youssef

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