Parlement.
Le premier ministre est appelé à s’expliquer devant le
Parlement pour répondre aux accusations visant son
gouvernement dans l’affaire des « pots-de-vin politiques ».
A l’heure des comptes
Face à la montée de la campagne menée par l’opposition, le
président de l’Assemblée du peuple, Fathi Sourour a dû céder
en invitant le chef du gouvernement Ahmad Nazif, à venir se
défendre devant le Parlement « au moment qui lui convient ».
L’affaire connue désormais sous le nom de « pots-de-vin
politiques » remonte à l’année dernière. D’après
l’opposition, le gouvernement aurait déboursé une somme de
100 000 livres égyptiennes aux députés issus du PND pour
monter des projets dans leurs circonscriptions respectives,
tout en ignorant les demandes similaires présentées par les
députés indépendants et de l’opposition. Cette histoire
risque de se répéter cette année encore, avec une
augmentation de cette somme qui passerait à 250 000 livres.
Le député indépendant Alaeddine Abdel-Moneim avait donné le
ton en présentant une interpellation à l’intention du
premier ministre, Ahmad Nazif, accusant le gouvernement de «
corrompre la vie politique » en versant des pots-de-vin aux
députés et en achetant indirectement les voix des électeurs.
Selon lui, un tel comportement justifierait le retrait de la
confiance du chef du gouvernement. D’autres opposants et
indépendants soulignent surtout qu’en excluant de la manne
gouvernementale les projets présentés par les députés de
l’opposition, ce système représente une pénalisation des
électeurs qui n’ont pas voté PND.
Dans un premier temps, Fathi Sourour avait contre-attaqué en
minimisant la portée de ces accusations basées uniquement
sur « des coupures de journaux » et non sur des documents
précis et fiables. Mais les accusations ont pris une
tournure plus directe après la publication de noms de
députés et de circonscriptions avec à l’appui les sommes
correspondantes.
De son côté, le ministre des Affaires parlementaires, Moufid
Chéhab, avait insisté sur le fait que les sommes débloquées
ne concernaient pas exclusivement les députés du PND, mais
tous les députés sans discrimination politique ou partisane.
A partir du moment où il était prouvé que les projets
nécessitaient un financement dans l’intérêt public. Une
condition que visiblement seuls les PND ont réussi à remplir
...
Cela dit, beaucoup de députés auraient utilisé ces sommes
dans de petits projets qui n’ont rien à voir avec le «
développement », d’autres auraient même versé des
assistances en liquide à des familles « qui veulent marier
leurs filles ; comme assistance aux frais médicaux d’une
personne malade, ou pour payer la scolarité des enfants ».
Quant aux dits projets, ils se limitaient souvent à
l’asphaltage de rues, la rénovation de mosquées ou
l’organisation d’excursions dans les centres de jeunesse.
Plus grave encore, certains députés avaient réorienté une
partie de la somme qui leur avait été allouée en faveur des
ONG où ils occuperaient des positions dans leurs conseils
d’administration. Les accusations vont bon train et ont
donné lieu à beaucoup de prises de bec entre leurs
diffuseurs et les députés de la majorité PND lors des
dernières sessions parlementaires.
Essayant de défendre le principe, le leader de la majorité
PND, Abdel-Ahad Gamaleddine, avait expliqué que « seuls les
députés qui ont approuvé le budget d’Etat présenté par le
gouvernement ont droit au soutien de ce dernier ». Ce à quoi
a répondu le député wafdiste Abdel-Alim Daoud : « Dans ce
cas-là, il ne faut pas appliquer la loi sur l’état d’urgence
à ceux qui ont voté contre ».
D’autres ont considéré la déclaration de Gamaleddine comme
un aveu reconnaissant l’infiltration du Parlement par le
pouvoir exécutif.
Tout en reconnaissant avoir obtenu du gouvernement des
millions de livres depuis le début de sa carrière
parlementaire, le député du PND Ibrahim Al-Gogari affirme
que tout dépend de la détermination des députés qui sont
prêts à lutter jusqu’au bout pour arracher les droits de
leur circonscription et de leurs électeurs. Il a rappelé son
collègue du Wafd Abdel-Alim Daoud, qui avait obligé le
gouvernement à débloquer des millions de livres pour régler
le problème d’eau potable dans sa circonscription de Kafr
Al-Cheikh en observant un sit-in l’été dernier au siège du
Parlement. « Peut-on dans ce cas considérer la réaction du
gouvernement comme un pot-de-vin ? », se demande Al-Gogari.
Mais l’affaire a toujours besoin d’être élucidée : Ces
sommes ont-elles oui ou non été débloquées ? A quels
députés, à quels montants et pour quoi faire ? Entre le «
oui », le « non » et le « oui mais », les déclarations
officielles sont loin d’être tranchantes.
« Au lieu de restituer ces millions de livres au Trésor
public et de punir les contrevenants, l’Assemblée du peuple
laissera-t-elle passer ces abus ? », se demande
l’éditorialiste Magdi Méhanna. C’est très probable, «
surtout que ces abus sont attribués aux députés de la
majorité qui peuvent classer l’affaire sans trop faire de
bruit », poursuit-il. La réponse sera en partie donnée par
le premier ministre lui-même dont l’intervention devant
l’hémicycle se fait attendre depuis des semaines.
Chérif
Albert