Tabagisme.
L’industrie du tabac qui appartient à l’Etat est l’une des
plus florissantes et source de devises étrangères. Le
gouvernement arrive difficilement à concilier les deux
impératifs.
Entre santé et profit
«
25e » tel est le rang qu’occupe l’Egypte dans la liste
mondiale des pays exportateurs de tabac, participant ainsi
d’un taux de 7 % dans la production mondiale. Un rang avancé
si l’on sait que l’Egypte ne cultive pas ce produit.
Celui-ci est importé souvent comme matière brute, la feuille
grise du tabac, de l’Etat américain de Virginia, de la
Chine, de la Grande-Bretagne. Et c’est également dans ce
domaine que l’Egypte marque un autre record. Elle est la
sixième au niveau du monde dans l’importation du tabac.
Le tabagisme a sans doute des effets néfastes sur la santé,
mais dans le domaine de l’industrie il y a d’autres comptes
qui entrent en jeu. C’est rentable pour l’Egypte d’autant
plus qu’elle est régie essentiellement par la croissance de
la demande. Les consommateurs des cigarettes augmentent d’un
taux de 9 % par an. Fait frappant, le tabac, dans l’Union
des chambres de commerce, est inclus dans la catégorie des
denrées alimentaires. Quel paradoxe ! La nourriture une
source de vie, et la cigarette, qui va être selon les
spécialistes en 2030 la principale cause menant à la mort,
sous le même label.
Mais, c’est une réalité. Personne ne peut nier que les
cigarettes sont considérées en Egypte comme une denrée de
première nécessité, comme le sont le pain et le sucre. D’où
les arguments de ceux qui travaillent dans ce domaine pour
réclamer toujours d’activer cette industrie. Une
contradiction difficile à résoudre. Elle figure de toute
façon dans plusieurs genres d’industries. Mais le paradoxe
là est que le propriétaire est le gouvernement lui-même.
Puisque la seule compagnie chargée de l’industrie du tabac
en Egypte, détenant ainsi le monopole de cette industrie,
est la célèbre Eastern Company for Tobaco, à Guiza. Elle
dépend du secteur public, c’est-à-dire que la grande
majorité des actions est détenue par l’Etat et les autres
par des investisseurs.
Les cigarettes du peuple
Et c’est dans cette gigantesque usine, où travaillent plus
de 12 000 ouvriers, que se passe tout le processus de
fabrication de la cigarette. Commençant par le séchage de la
feuille du tabac, suivi des étapes différentes, chauffage,
hachement des racines, jusqu’à arriver à la forme
traditionnelle de la cigarette. 95 % de la production de la
compagnie porte « des genres populaires » avec un prix moins
cher pour être accessibles au plus large public.
Comme
Cleopatra, Cleopatra King Size, Belmont King Size et
Menthol.
Quant aux 5 % restant de la production ce sont « des genres
étrangers », qu’Al-Charqiya fabrique selon des accords de
coopération avec les compagnies internationales mères.
Marloboro, LM et Kent.
Une industrie dans un état de croissance perpétuelle. Les
chiffres l’indiquent bien. Eastern Company vient de déclarer
avoir réalisé cette année des revenus de 695 millions contre
508 millions l’année dernière enregistrant ainsi une
augmentation de 36,8 %. Et le gouvernement en profite bien.
Tout d’abord des gains proviennent des taxes douanières sur
les importations du tabac et les taxes considérables sur
chaque paquet de cigarettes.
Aujourd’hui, la question qui se pose est de savoir si avec
les mesures anti-tabagisme, l’industrie du tabac va être
influencée. la réponse est non. Puisqu’il est constaté que
le nombre de fumeurs a beaucoup augmenté après l’ajout de
l’expression sur la boite de cigarettes que « le tabac cause
le décès ».
Des difficultés en provenance de l’UE
C’est plutôt les mesures prises dernièrement par l’Union
Européenne (UE) de supprimer la subvention attribuée aux
cultivateurs du tabac afin de limiter le tabagisme en
Europe, qui bouleverse beaucoup l’industrie du tabac en
Egypte. Cela pourrait pousser les cultivateurs à s’orienter
vers d’autres matières plutôt subventionnées pour les
cultiver. Conséquence : le coût de l’importation va
augmenter. Cela pousserait les industriels du tabac à
chercher d’autres solutions pour conserver leur pactole. Ce
serait alors de cultiver le tabac en Egypte. Or, ceci est
interdit par la loi égyptienne .
En fait, la culture du tabac existait depuis longtemps. Elle
est apparue pour la première fois en Egypte en 1601. Le
gouvernorat du Fayoum a été le premier à le cultiver. La
culture du tabac avait connu ensuite une période d’expansion
à l’époque de Mohamad Ali en 1782. A cette époque, la
surface des terrains cultivés avait atteint 6 637 feddans au
niveau de toute l’Egypte. Cette culture avait pris fin cent
ans après, en 1892, après un décret du khédive Tewfiq. Ses
causes étaient purement politiques. Premièrement, pour
écouler le tabac turc sur le marché. Et ensuite pour
rembourser les dettes, d’après une recommandation
britannique, par des douanes sur le tabac.
La compagnie de Charqiya avait présenté, une semaine avant
le commencement de l’application de cette nouvelle loi, une
étude récente sur la culture du tabac causant ainsi un vif
débat au sein de la société. « Puisque l’Egypte permet la
fabrication du tabac, pourquoi pas permettre aussi sa
culture ? », s’interroge Mohamad Saïd, un comptable dans
Al-Charqiya. Les avantages, selon lui, c’est premièrement
d’économiser les devises dépensées dans l’importation du
tabac. Et même l’exportation du surplus de la production va
être une nouvelle source de devises. Cela permettrait aussi
de plus de 12 000 offres d’emploi. D’autre part, la culture
du tabac n’est pas du tout coûteuse. L’atmosphère aussi bien
que la nature du terrain en Egypte lui conviennent bien. Une
culture qui va être abondante, puisque les feuilles de tabac
prennent seulement 4 mois pour pousser. Ce qui donne plus de
chance de cultiver un autre produit. Selon des études du
centre agricole, le feddan (0,42 ha) pourrait donner de 700
à 1 000 kg de feuilles de tabac séché.
Des vues ambitieuses, « mais les inconvénients vont être,
sans doute, très graves. Notamment sur la santé, c’est de
cultiver la mort », comme le dit Ali Labbane, un député qui
a présenté beaucoup d’interrogations au Parlement sur ce
projet. Et d’ajouter : « Cela va rendre vains tous les
efforts déployés pour combattre le tabagisme».
De plus, pour certains, les conséquences vont devenir pires
pour l’économie et notamment pour la richesse agricole. Une
fois le tabac cultivé, beaucoup de paysans pourraient
substituer leur culture par celle du tabac bien rentable.
Labbane s’interroge si c’est la tendance du gouvernement : «
Quel est le lien entre les mesures sévères prises par le
gouvernement cette année contre les cultivateurs du coton en
élevant le prix des engrais de 30 % et les pressions menées
pour cultiver le tabac ? S’agit-il d’une manœuvre pour
convaincre les cultivateurs du coton afin de changer leur
activité et cultiver le tabac comme une alternative bien
rentable ? ».
En fait, dire que l’industrie du tabac ou même sa culture
sont rentables n’est qu’illusion. Il est au contraire un
fardeau sur l’économie égyptienne. Puisque le pays paye 545
millions de dollars par an pour le traitement des séquelles
sanitaires du tabagisme.
Aliaa
Al-Korachi