Al-Ahram Hebdo,Dossier | Entre santé et profit
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Dossier

Tabagisme. L’industrie du tabac qui appartient à l’Etat est l’une des plus florissantes et source de devises étrangères. Le gouvernement arrive difficilement à concilier les deux impératifs.  

Entre santé et profit 

« 25e » tel est le rang qu’occupe l’Egypte dans la liste mondiale des pays exportateurs de tabac, participant ainsi d’un taux de 7 % dans la production mondiale. Un rang avancé si l’on sait que l’Egypte ne cultive pas ce produit. Celui-ci est importé souvent comme matière brute, la feuille grise du tabac, de l’Etat américain de Virginia, de la Chine, de la Grande-Bretagne. Et c’est également dans ce domaine que l’Egypte marque un autre record. Elle est la sixième au niveau du monde dans l’importation du tabac.

Le tabagisme a sans doute des effets néfastes sur la santé, mais dans le domaine de l’industrie il y a d’autres comptes qui entrent en jeu. C’est rentable pour l’Egypte d’autant plus qu’elle est régie essentiellement par la croissance de la demande. Les consommateurs des cigarettes augmentent d’un taux de 9 % par an. Fait frappant, le tabac, dans l’Union des chambres de commerce, est inclus dans la catégorie des denrées alimentaires. Quel paradoxe ! La nourriture une source de vie, et la cigarette, qui va être selon les spécialistes en 2030 la principale cause menant à la mort, sous le même label.

Mais, c’est une réalité. Personne ne peut nier que les cigarettes sont considérées en Egypte comme une denrée de première nécessité, comme le sont le pain et le sucre. D’où les arguments de ceux qui travaillent dans ce domaine pour réclamer toujours d’activer cette industrie. Une contradiction difficile à résoudre. Elle figure de toute façon dans plusieurs genres d’industries. Mais le paradoxe là est que le propriétaire est le gouvernement lui-même. Puisque la seule compagnie chargée de l’industrie du tabac en Egypte, détenant ainsi le monopole de cette industrie, est la célèbre Eastern Company for Tobaco, à Guiza. Elle dépend du secteur public, c’est-à-dire que la grande majorité des actions est détenue par l’Etat et les autres par des investisseurs.

 

Les cigarettes du peuple

Et c’est dans cette gigantesque usine, où travaillent plus de 12 000 ouvriers, que se passe tout le processus de fabrication de la cigarette. Commençant par le séchage de la feuille du tabac, suivi des étapes différentes, chauffage, hachement des racines, jusqu’à arriver à la forme traditionnelle de la cigarette. 95 % de la production de la compagnie porte « des genres populaires » avec un prix moins cher pour être accessibles au plus large public. Comme Cleopatra, Cleopatra King Size, Belmont King Size et Menthol. Quant aux 5 % restant de la production ce sont « des genres étrangers », qu’Al-Charqiya fabrique selon des accords de coopération avec les compagnies internationales mères. Marloboro, LM et Kent.

Une industrie dans un état de croissance perpétuelle. Les chiffres l’indiquent bien. Eastern Company vient de déclarer avoir réalisé cette année des revenus de 695 millions contre 508 millions l’année dernière enregistrant ainsi une augmentation de 36,8 %. Et le gouvernement en profite bien. Tout d’abord des gains proviennent des taxes douanières sur les importations du tabac et les taxes considérables sur chaque paquet de cigarettes.

Aujourd’hui, la question qui se pose est de savoir si avec les mesures anti-tabagisme, l’industrie du tabac va être influencée. la réponse est non. Puisqu’il est constaté que le nombre de fumeurs a beaucoup augmenté après l’ajout de l’expression sur la boite de cigarettes que « le tabac cause le décès ».

 

Des difficultés en provenance de l’UE

C’est plutôt les mesures prises dernièrement par l’Union Européenne (UE) de supprimer la subvention attribuée aux cultivateurs du tabac afin de limiter le tabagisme en Europe, qui bouleverse beaucoup l’industrie du tabac en Egypte. Cela pourrait pousser les cultivateurs à s’orienter vers d’autres matières plutôt subventionnées pour les cultiver. Conséquence : le coût de l’importation va augmenter. Cela pousserait les industriels du tabac à chercher d’autres solutions pour conserver leur pactole. Ce serait alors de cultiver le tabac en Egypte. Or, ceci est interdit par la loi égyptienne .

En fait, la culture du tabac existait depuis longtemps. Elle est apparue pour la première fois en Egypte en 1601. Le gouvernorat du Fayoum a été le premier à le cultiver. La culture du tabac avait connu ensuite une période d’expansion à l’époque de Mohamad Ali en 1782. A cette époque, la surface des terrains cultivés avait atteint 6 637 feddans au niveau de toute l’Egypte. Cette culture avait pris fin cent ans après, en 1892, après un décret du khédive Tewfiq. Ses causes étaient purement politiques. Premièrement, pour écouler le tabac turc sur le marché. Et ensuite pour rembourser les dettes, d’après une recommandation britannique, par des douanes sur le tabac.

La compagnie de Charqiya avait présenté, une semaine avant le commencement de l’application de cette nouvelle loi, une étude récente sur la culture du tabac causant ainsi un vif débat au sein de la société. « Puisque l’Egypte permet la fabrication du tabac, pourquoi pas permettre aussi sa culture ? », s’interroge Mohamad Saïd, un comptable dans Al-Charqiya. Les avantages, selon lui, c’est premièrement d’économiser les devises dépensées dans l’importation du tabac. Et même l’exportation du surplus de la production va être une nouvelle source de devises. Cela permettrait aussi de plus de 12 000 offres d’emploi. D’autre part, la culture du tabac n’est pas du tout coûteuse. L’atmosphère aussi bien que la nature du terrain en Egypte lui conviennent bien. Une culture qui va être abondante, puisque les feuilles de tabac prennent seulement 4 mois pour pousser. Ce qui donne plus de chance de cultiver un autre produit. Selon des études du centre agricole, le feddan (0,42 ha) pourrait donner de 700 à 1 000 kg de feuilles de tabac séché.

Des vues ambitieuses, « mais les inconvénients vont être, sans doute, très graves. Notamment sur la santé, c’est de cultiver la mort », comme le dit Ali Labbane, un député qui a présenté beaucoup d’interrogations au Parlement sur ce projet. Et d’ajouter : « Cela va rendre vains tous les efforts déployés pour combattre le tabagisme».

De plus, pour certains, les conséquences vont devenir pires pour l’économie et notamment pour la richesse agricole. Une fois le tabac cultivé, beaucoup de paysans pourraient substituer leur culture par celle du tabac bien rentable. Labbane s’interroge si c’est la tendance du gouvernement : « Quel est le lien entre les mesures sévères prises par le gouvernement cette année contre les cultivateurs du coton en élevant le prix des engrais de 30 % et les pressions menées pour cultiver le tabac ? S’agit-il d’une manœuvre pour convaincre les cultivateurs du coton afin de changer leur activité et cultiver le tabac comme une alternative bien rentable ? ».

En fait, dire que l’industrie du tabac ou même sa culture sont rentables n’est qu’illusion. Il est au contraire un fardeau sur l’économie égyptienne. Puisque le pays paye 545 millions de dollars par an pour le traitement des séquelles sanitaires du tabagisme.

Aliaa Al-Korachi

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Un fumeur en colère 

Il est plus ou moins habitué à se trouver en marge des personnes saines au sein de la société condamnant la cigarette. Dans l’administration où il travaille, il a soin de ne pas fumer dans un bureau déjà rempli de gens. Il va dans les couloirs et rencontre d’autres fumeurs invétérés comme lui. Dans la rue, c’est un peu plus simple. Aujourd’hui on lui parle de loi. Cela va-t-il changer quelque chose pour lui ? Sans doute pas. Mais il se révolte quand même. Fumer ce n’est guère bon pour la santé, c’est sûr. La cigarette est synonyme de mort, affiche-t-on partout, et en premier lieu sur les paquets de cigarettes. Cela ressemble à une chasse aux sorcières. Et il trouve des arguments contre. Du point de vue social et psychologique, fumer peut être un acte social. On se rencontre pour le faire. Il y a une chaleur nocive, mais c’en est une. De plus, au café c’est le narguilé. C’est un acte social par excellence. Un partage. Une occasion permettant de parler, de bavarder, d’échanger, de tuer le temps ... Une réflexion qui, reconnaît-il, peut tenir du paradoxe. Pourquoi ne pas communiquer sans cet intermédiaire nocif ? Et puis, il ne souhaiterait guère que ses enfants fument, si conciliant soit-il.

Mais le revoici de nouveau en colère. En fait, la campagne publique et les lois relèvent de l’hypocrisie pour lui. Non seulement pour la contrainte, mais aussi parce que question de santé, il y a pire. Le non-fumeur ne s’expose-t-il pas à une pollution atmosphérique qui s’accentue jour après jour ? Du smog comme on appelle au gaz d’échappement des voitures déglinguées qui circulent et qui appartiennent aux transports publics. Ne faudrait-il pas mener au départ campagne dans ce contexte ? Jusqu’à présent ni le ministère de l’Environnement ni celui de la Santé ni toute autre autorité n’ont donné de raisons plausibles concernant cette fumée étouffante. Et d’ailleurs toutes les promesses de solution, toujours très vagues, sont parties en fumée ...

De plus, on voit bien comment les ordures bordent les rues, même des quartiers dits huppés, dégageant toute sorte d’odeurs nauséabondes et nocives, attirant mouches et toutes sortes d’insectes. Le nouveau système est un échec patent du point de vue conception, gestion et application. Alors pourquoi s’acharner sur le fumeur ? Il faut tout d’abord balayer devant sa porte avant de proclamer la guerre à ceux qui fument la cigarette, les poussant sans doute à fumer autre chose. La réflexion colérique et subjective d’un fumeur qui se dit modéré.

Ahmed Loutfi

 

 




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